Quel vin boira-t-on dans 20 ans ?

Château d’Yquem annonce sa conversion au bio tandis que le vignoble d’Angleterre a doublé en dix ans. Lors de leur salon international Vinexpo, les professionnels bordelais ont réuni experts de tous bords lors d’un 1er symposium sur l’avenir du vin face aux aléas climatiques. Résumé des changements qui attendent l’amateur de vin d’ici 20 ans et la sélection Singulars de flacons pour s’y préparer.

Face aux dérèglements climatiques, les politiques et les scientifiques se rejoignent pour dire qu’il faut agir vite et surtout ne pas croire que des moyens techniques permettront de lutter « plus tard ». « Dans la perspective la plus pessimiste, la surface du globe aujourd’hui adaptée à la viticulture pourrait baisser de 73%. Dans le meilleur des cas elle fléchirait de 62% » déclare Patricia Espinosa, en charge des questions climatiques à l’ONU.

Quel vin boira-t-on dans 20 ans ?

Des effets déjà visibles en viticulture

Les changements climatiques affecteront grandement les vins que nous boirons demain. Ses effets sont déjà visibles : la Champagne et l’Alsace vendangent un mois plus tôt qu’à la génération précédente, la Nouvelle Zélande qui s’est fait une réputation avec ses vins blancs frais et vifs vinifie maintenant des sauvignons au style diamétralement opposé avec des parfums puissants de fruits exotiques. Le réchauffement induit une avancée de la date des vendanges, mais aussi et même malgré cela, l’augmentation du degré alcoolique des vins, la baisse de leur acidité – indispensable pour assurer l’équilibre avec l’alcool.

Quel vin boira-t-on dans 20 ans ?

Quelles solutions ?

Des recherches sont menées pour trouver des modes de gestion de la vigne qui ralentissent la maturation ou des porte-greffes différents. Mais lorsque ce type d’opération ne suffit pas il faut aussi envisager de trouver des cépages différents ou de déplacer des plantations à plus haute altitude ou dans des zones plus septentrionales (pour l’hémisphère nord, l’inverse pour l’hémisphère sud). La question actuelle est de savoir comment le style des vins va changer, en bien parfois, en mal parfois. Une raréfaction des ressources en eau est certaine si l’irrigation devient indispensable.

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Photo © Isabelle Bachelard

Retrouver des cépages anciens

Le groupe Torres, grand producteur en Espagne et au Chili a mené un travail exemplaire pour retrouver des cépages existants mais oubliés. Par tous les moyens possibles y compris les petites annonces, ils ont recensé les pieds de vigne « inconnue ». Pas moins de 54 variétés ont ainsi été redécouvertes et étudiées. Certaines résistent à la sécheresse, d’autres à la chaleur. Aujourd’hui Torrès se consacre aux 6 qui semblent affirmer un potentiel réel, comme la forcada. Elle arrive à maturité un mois plus tard que le chardonnay !

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Château Rioublanc domaine bio au nord de Saint-Émilion en appellation bordeaux mais certifié bio. Photo © Isabelle Bachelard

Bordeaux aussi

En matière de conscience écologique et de biodiversité, on pense d’abord aux vignobles qui sont les plus adaptés climatiquement à l’agriculture biologique et connus pour tels comme le Languedoc, persuadé que le Bordelais se croit au dessus de tout et reste accroché à des traditions plus ou moins « chimiques ». Ce n’est plus du tout le cas. Bordeaux a rattrapé son retard et frôle les 7% de vins bio quand la moyenne française est de 10%. Avec Château Guiraud à Sauternes qui a ouvert la voie, les crus classés prestigieux s’y mettent et Château d’Yquem vient d’annoncer sa conversion au bio. Des dizaines de domaine bordelais se sont discrètement transformés et proposent aujourd’hui des vins francs, bios et très abordables (à retrouver dans notre sélection), avec un climat atlantique bien plus difficile à gérer que le climat méditerranéen.

Quel vin boira-t-on dans 20 ans ?

Alexandre Lartigue, producteur du Château La Guillaumette et jeune vigneron enthousiaste pour l’écologie a produit une cuvée 2017 gourmande, fraîche et très accessible. Photo © Isabelle Bachelard

Devenir durable

Allan Sichel, le président du CIVB, Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, explique les effets du réchauffement climatique en le comparant à la température du corps humain. Lorsqu’elle monte de 37 à 38°, on souffre mais en augmentant son hydratation on parvient plus ou moins à faire ce qu’on a à faire. Mais lorsqu’elle monte de deux degrés, on devient incapable de travailler et il faut se mettre au lit. Eduardo Chadwick, un des plus importants producteurs du Chili (Vinedo Chadwick, Errazuriz) et Jose Benitez, directeur de l’interprofession des vins d’Espagne voient dans le défi climatique « une occasion pour la viticulture de progresser en baissant ses consommations », pour devenir durable.

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Photo © Isabelle Bachelard