Cordoue, de Mezquita en patios

Successivement terre romaine, wisigoth, arabes et chrétienne, Cordoue recèle un patrimoine unique avec la Mezquita. Elle offre également un visage plus intimiste avec les nombreux patios de son centre historique. Découverte de lieux, hôtels et restaurants gastronomiques connus et moins connus…

Il est des monuments dont la première vision reste à jamais gravée dans la mémoire. La Mezquita, la mosquée cathédrale de Cordoue, est l’un d’entre eux. Non pour son extérieur quoi que la vue que l’on en a depuis la rive opposée du Guadalquivir avec le vieux pont romain en avant plan ne manque pas de charme. Mais pour son intérieur au double visage qui plonge d’abord le visiteur dans ce qui fut jadis la seconde plus grande mosquée au monde avec une forêt de 856 colonnes surmontées d’une double rangée d’arcades en brique rouge et pierre blanche joyau de l’art omeyyade avant de le surprendre par une flamboyante cathédrale où se mêlent gothique, plateresque et baroque.Une juxtaposition de styles architecturaux étonnante et pour le moins anachronique qui de manière étonnante ne nuit ni à l’un ni à l’autre. Bien au contraire, la magie opère et chacun est rehaussé, mis en valeur par l’autre.

Cordoue, de Mezquita en patios

La Mezquita. Photo © Office Espagnol du Tourisme

A ne plus savoir où donner de l’oeil

Ceci étant, tout le monde n’est pas de cet avis. Découvrant la cathédrale aménagé au coeur de la mosquée, Charles Quint aurait déclaré « Vous avez détruit ce que l’on ne voyait nulle part pour construire ce que l’on voit partout. »

Cordoue, de Mezquita en patios

Mezquita Mirhab. Photo © Office Espagnol du Tourisme

Une fois le premier choc passé, au fur et à mesure que l’on y déambule, ce monument unique au monde dévoile en détail ses secrets. D’un côté l’origine romaine et wisigoth des colonnes de marbre, de granit, d’onyx et de jaspe, leurs chapiteaux antiques ou paléochrétiens, le toit peint que la double rangée d’arcade en plein cintre ou en fer à cheval à permis de surélever pour une meilleure luminosité, les calligraphies coufiques et les mosaïques byzantines décorant le mirhab. De l’autre les stalles de style churrigueresque en marbre et en acajou du choeur, le retable en bois sculpté, la coupole de 15 m de diamètre posée à la croisée de la nef et du transept.

Cordoue, de Mezquita en patios

Mezquita : la Cour des Orangers. Photo © Office Espagnol du Tourisme

La vieille ville vue dans haut

Pour apprécier tous ces trésors, allez y tôt le matin avant que les nombreux groupes de touristes ne débarquent et ne troublent la sérénité des lieux. Il en va de même pour la Cour des Orangers où les Musulmans faisaient jadis leurs ablutions avant de pénétrer dans l’édifice. La surplombant, l’ex minaret devenu clocher offre depuis son sommet une vue remarquable sur le coeur historique de la ville et ses monuments à qui a le courage de gravir ses 54 mètres. L’Alcazar de los Reyes Christianos, austère forteresse égayée de jardins et d’une chapelle recelant des mosaïques romaines bâtie par les rois chrétiens dans le style mudéjar sur la résidence de leurs prédécesseurs wisigoths et arabes après la reprise de la ville et qui servit ensuite de siège à l’Inquisition. Le pont romain dont l’origine remonte au 1e siècle et sur l’autre rive du Guadalquivir la Torre de la Calahorra, ouvrage du 14eme siècle érigé pour défendre son accès et le port voisin qui abrite aujourd’hui un musée sur l’époque médiévale à Cordoue.

Cordoue, de Mezquita en patios

Museo Patios de Cordoba. Photo © Office Espagnol du Tourisme

Patios secrets

La juderia, ancien quartier juif, l’un des plus bels exemples d’architecture civile du temps d’Al Andalus, le prospère royaume musulman fondé par les Omeyyades. Un dédale de ruelles tortueuses et de placettes pavées que bordent des maisons d’un blanc éclatant rehaussées de bleu ou de jaune sur le pourtour des fenêtres et du rouge de géraniums s’épanouissant sur des balcons en fer forgé. Le charme fou du lieu se ressent en fin d’après-midi, une fois le gros des touristes parti, une fois l’agitation disparue, et encore plus une fois la nuit tombée sous l’éclairage dispensé par les réverbères alors que l’air du soir se rafraîchit et se remplit de subtils parfums. Car derrière les portes en bois se cachent de multiples patios, un art de vivre indissociable de Cordoue. Abondamment fleuris, ordonnés autour de puits ou de fontaines, ils sont entretenus avec soin par leurs propriétaires, avec amour même. Une tradition héritée des Romains et des Arabes.

Cordoue, de Mezquita en patios

Casa Calle Cabezas. Photo © Office Espagnol du Tourisme

Printemps, saison des fêtes

Cet univers secret dont l’on peut de temps à autre avoir une image furtive à travers une porte entre-baillée se dévoile une fois l’an, au printemps, à l’occasion du Festival des Patios pendant lequel des dizaines sont ouverts au public. En dehors de cette semaine là, il est possible d’en voir quelques-uns en allant dans la maison abritant le Centre d’Interprétation du Festival des Patios Cordoba et dans des demeures ouvertes aux visites comme le Palacio de Viana, la Casa Andalusi ou la Casa de las Cabezas.

Cordoue, de Mezquita en patios

Une des confréries religieuses de Cordoue arpentant les rues de la ville lors de la semaine sainte, célébrée au mois de mars et d’avril. Photo © Thierry Joly

La Semaine Sainte est bien entendu est un autre temps fort de l’année, comme dans toute l’Andalousie, et les confréries religieuses de la ville organisent près de 40 processions. Moins célèbres que celles de Séville, Grenade ou Malaga, elles sont tout aussi spectaculaires et convoient la même atmosphère de dévotion et de ferveur populaire en présentant l’avantage d’être moins courues par les touristes.
Mais Cordoue n’est pas figée dans le passé. Au nord de la vieille ville, l’enfouissement de lignes de chemins de fer a, dans les années 2000, permis la création d’un nouveau paseo jalonné de fontaines et un Centre d’Art Contemporain à l’architecture très futuriste est sorti de terre dans une boucle du Quadalquivir.

Cordoue, de Mezquita en patios

Une rue de Cordoue. Photo © Thierry Joly

Haut lieu de la gastronomie andalouse

Pour le plus grand plaisir des papilles, l’effervescence est également d’actualité côté culinaire. De tout temps réputée pour sa cuisine, Cordoue est depuis quelques années l’une des villes les plus en vue de la scène gastronomique espagnole. Plusieurs chefs ayant fait leur preuve dans tout le pays sont en effet revenus s’installer sur leur terre natale et y proposent une cuisine basée sur les produits régionaux de saisons’inspirant de son histoire et réinterprétant les plats traditionnels. Citons Celia Jiménez, Paco Morales et Kisko Garcia. Autre nouveauté, la récente naissance du mercado Victoria, un marché gastronomique réunissant charcuterie, pâtisseries, bars et restaurants de différents types. S’y ajoutent, en particulier dans la juderia, quantité d’établissements existant de longue date où déguster les classiques cordobans tels que le ragout de queue de bœuf, l’agneau au miel et le salmorejo, variation plus crémeuse du gazpaccho avec oeuf et jambon.