Culture

Ballades pour aimer le jazz (I) : Coltrane, Davis, Mirabassi, Pieranunzi

Auteur : Ezéchiel Le Guay
Article publié le 20 avril 2020 à 12 h 58 min – Mis à jour le 20 avril 2020 à 13 h 53 min

Pour beaucoup, le jazz est un continent méconnu. Certains en connaissent bien quelques rives, d’autres en apprécient de somptueuses pépites mais sans (trop) oser s’y aventurer. C’est l’objet de cette anthologie subjective. Premiers pas avec John Coltrane, Miles Davis, Giovanni Mirabassi, Enrico Pieranunzi.

Pour débuter notre ballade découverte du jazz , voici quatre premières œuvres-clés choisies pour leur émotion esthétique éclairée par une écoute réfléchie, issues de deux univers bien différents ;

  • John Coltrane (1946-1967) et Miles Davis (1944-1975) deux géants du patrimoine musical. Leurs ballades ont été enregistrées en 1959, l’année la plus célèbre dans l’histoire du jazz (il faudra y revenir),
  • Giovanni Mirabassi (né en 1970) et Enrico Pieranunzi (né 1949) portent un jazz vivace moins orthodoxe qui ose se mélanger avec d’autres styles de musiques.

Naima, de John Coltrane (Giant Steps, 1960)

Cette ballade très émouvante a été écrite par Coltrane pour sa première femme qu’il surnommait Naima. Elle fait partie de l’album le plus emblématique de Coltrane, Giant Steps. Le thème est joué au saxophone. Il donne, dès les premières notes, une grande impression de sérénité. Après cette exposition tout en finesse, Wynton Kelly improvise au piano (1:22). Le jeu est simple et épuré. Il rentre parfaitement dans l’esprit romantique du morceau. Coltrane revient ensuite (2 :46) et conclut en rejouant le thème. De nouveau, il nous fait rentrer dans son intimité en faisant preuve d’un jeu très délicat. C’est sublime. En 1963, il déclarera que ce morceau est sa « meilleure composition ».

Blue in Green, de Miles Davis (Kind of Blue, 1959)

Ce morceau magnifique fait partie de l’un des plus célèbres albums du jazz, Kind of Blue. Il est attribué à Miles Davis alors qu’en réalité, il a été composé par Bill Evans.
Dès les premiers accords joués au piano par Bill Evans, toute l’ambiance feutrée du morceau se crée. Le tempo est très lent. La trompette de Miles arrive ensuite (0:19) pour jouer le thème. Les improvisations se succèdent en s’accordant à l’esprit si magique de cette musique. Il est étonnant de constater que ce morceau se compose de relativement peu d’accords puisqu’il tient sur 10 mesures (très inhabituel, on en compte généralement 32). Malgré cela, il ne donne jamais la sensation de se répéter. Au contraire, on a envie de l’écouter ; encore et encore.

Howl’s Moving Castle, de Giovanni Mirabassi (Prima o poi, 2005)

La veille de l’enregistrement du disque Prima o poi, le pianiste italien Giovanni Mirabassi découvre au cinéma le dernier film de Miyazaki : Le Château Ambulant (Studio Ghibli). Il est saisi par la beauté du thème qu’il décide de retranscrire et d’enregistrer le lendemain. Ce morceau est donc une réécriture en jazz d’une composition originellement écrite pour un film d’animation.
Après l’exposition en douceur du thème, il commence à improviser. Une impressionnante fluidité se dégage de ses phrases qui abondent de notes sans pour autant tomber dans la logorrhée. Voilà précisément ce qui est admirable dans son jeu : il sait se retenir quand il le faut, ne pas en dire trop, marquer des pauses et repartir pour mieux amplifier le swing qu’il cherche à créer. C’est léger et raffiné.

For my True Love, d’Enrico Pieranunzi (Wandering, 2009)

Enrico Pieranunzi est un pianiste italien injustement méconnu dont le jeu et les compositions témoignent d’une finesse incroyable. Dans ses enregistrements, l’influence de la musique classique, celle de Bach et Debussy notamment, se fait ressentir.
Ce morceau se situe justement à mi-chemin entre le jazz et le classique. Il joue seul. À la main droite, il répète très souvent la même note. À la main gauche, il joue sous forme d’arpèges (séries de notes émises successivement qui, considérées ensemble, forment des accords). Le tout est d’une grande simplicité. « Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les meilleures ? » se demandait Miles Davis.

Références discographiques

  • John Coltrane, Giant Steps, 1960
  • Miles Davis, Kind of Blue, 1959
  • Giovanni Mirabassi, Prima o poi, 2005
  • Enrico Pieranunzi, Wandering, 2009
  • John Coltrane, Giant Steps, 1960
  • Miles Davis, Kind of Blue, 1959
  • Giovanni Mirabassi, Prima o poi, 2005
  • Enrico Pieranunzi, Wandering, 2009

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