Culture

La Goulue, Reine du Moulin Rouge, femme fantasque et terriblement humaine

Auteur : Patricia de Figueiredo 
Article publié le 22 juillet 2020

[Femme libérée (I)] De l’icône immortalisée par Toulouse Lautrec, on connait le surnom La Goulue associé pour toujours au Moulin Rouge et au Cancan. Mais que sait-on vraiment de Louise Weber (1866-1929), cette fille de blanchisseuse, née à Clichy ? Maryline Martin consacre une biographie documentée à une affranchie qui nous plonge dans les beaux jours du Vieux Montmartre. 

Louise Weber dit La Goulue (1869-1929), danseuse française du Moulin-Rouge.

« La Goulue a longtemps été considérée comme une vicieuse dénuée d’intelligence. Une version qui ne correspond pas à la réalité des archives et que je souhaitais rendre publique avec cette biographie. » avertit l’auteure, la journaliste littéraire Maryline Martin. Sa biographie, qui sort en poche aux Éditions du Rocher, retrace avec émotion et précision la vie tumultueuse de la première « Reine du Cancan ». S’inspirant de son journal intime, elle dresse dans ce récit vivant loin des stéréotypes, le portrait d’une femme libre, moderne, en avance pour son époque.

La danse : une vocation

La goulue © Roger-viollet Moulin Rouge

Née en 1866, Louise est le 4e enfant d’une famille modeste ; une mère blanchisseuse et un père charpentier qui finira par tomber d’un toit. Très vite la gamine ne se voit pas prendre les traces de sa mère, même si elle travaille pour gagner de l’argent. C’est la danse qui l’attire et sa rencontre avec Valentin le désossé au Moulin de la Galette va la convaincre à 16 ans qu’elle est faîte pour danser.
Ces débuts professionnels ont lieu à l’Élysée Montmartre en 1884. Elle prend aussi des cours de danse avec Grille d’Egoût et c’est là qu’elle met au point le ‘coup de cul’ inventant le ‘Cancan naturaliste’ pour attirer les regards :
« Sans se courber, afin de ne pas déranger l’axe de son corps et en soutenant le regard de Lucienne (Grille d’Égoût, ndr), Louise pince l’étoffe de chaque côté à hauteur du genou, la remonte vivement à la taille avec un léger tour de reins, décrit Maryline Martin dans la biographie qu’elle lui consacre. D’un coup sec de la jambe droite, la danseuse vient lever la dentelle inférieure du jupon blanc à hauteur de la main, pour s’en emparer entre pouce et index, le bras franchement étendu. Dans un mouvement synchrone, l’autre main saisit la garniture de l’autre bord, ramène sur le ventre une poignée de batiste chiffonnée. »

La Goulue vers 1889. Photographie anonyme. Paris, Bibliothèque Marguerite Durand.

Pendant 6 ans, elle est la reine du Moulin Rouge

Ni vénal ni cocotte, la bravache collectionne les conquêtes, bouscule les interdits : une femme ne peut pas entrer seule dans un lieu public ? elle entrera avec un « bouc mâle en laisse » au Moulin Rouge. C’est l’époque où les femmes commencent à s’émanciper avec prudence. En cela Louise Weber est en avance sur son temps. Elle se moque du « qu’en dira-t-on »
Elle danse avec Valentin le désossé, devient la muse de Toulouse-Lautrec et fait les beaux jours de Montmartre. Grille d’Égout, la Môme fromage… C’est toute une époque qui est croqué avec gourmandise.
Le 8 octobre 1889 le Moulin Rouge est inauguré, quelques mois après la Goulue est en haut de l’affiche. Elle multiplie les amants et amantes, sans distinctions de classe sociale. Elle devient même la maîtresse du Prince de Galles après l’avoir interpellé directement sur scène.

De reine à ruine

Après la renommée du Moulin rouge, elle se tourne vers le monde forain et devient dompteuse de fauves. C’est l’époque des expositions universelles, les fêtes foraines sont plébiscitées. Il faut du sensationnel : Lions, panthères et même hyènes ! Elle épouse un forain, divorce en épouse en deuxième. Mais peu à peu les excès, d’alcool notamment, la font glisser. Elle se fait mordre sévèrement par un de ses fauves pas assez dressé. La mort de son unique fils achèvera sa décrépitude.
La Goulue n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Elle décédera en 1929 sans argent comme beaucoup de femmes artistes de son époque.

Pour poursuivre l’évocation du Moulin rouge

Maryline Martin, La Goulue, Reine du Moulin rouge, Éditions du Rocher, 2019 en poche 2020
Sortie en poche le 20 août. 8,90 €. 230 p.

Pour aller plus loin, notre sélection :

  • Le Moulin Rouge en folies, Quand le cabaret le plus célèbre du monde inspire les artistes, de Francesco Rappazini, éditions du Cherche Midi.
  • Le Moulin Rouge,  du journaliste Jacques Pessis et du regretté directeur du théâtre de la Michodière, Jacques Crépineau. Un superbe livre illustré riche en recherches, témoignages et iconographies. 1990 Éditions Hemé, ressorti chez La Martinière en 2002.

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