Culture

La plénitude immobile de la peinture colorée de Jeff Kowatch

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 23 février 2022

En mixant subtilement les techniques, Jeff Kowatch réussit à associer le mouvement et la profondeur de la couleur pour créer un espace pictural méditatif. L’exposition Breath que la Galerie La Forest Divonne Paris lui dédie jusqu’au 26 mars – éclairée par la conversation entre le californien de Bruxelles et Jeanette Zwingenberger organisée le 8 mars à 19h30 – permet de mieux se plonger dans ses grands espaces gestuels aux couleurs irradiantes sensuelles. Presque gourmandes.

Jeff Kowatch, The Innocent Traveler, 2020, oil on linen, expo Breath, Photo Galerie La Forest Divonne

Une dynamique de couleurs irradiantes

Face à la cohérence du parcours de Jeff Kowatch, et surtout devant ses vastes surfaces colorées où le réel se dilue pour une dynamique de couleurs irradiantes, sa pratique – longtemps intensive – de la méditation – apporte une clé de compréhension importante, autant que son appropriation des techniques ancestrales de peinture à l’huile où il est passé maître.
Pour aboutir à ces glacis virtuoses, par couches très fines si caractéristique de la peinture flamande, le peintre américain vivant à Bruxelles reprend une recette utilisée notamment par Rembrandt : il oxyde l’huile de lin sur son toit pendant des mois, jusqu’à ce qu’elle devienne sirupeuse comme un miel, conférant à ses toiles cet aspect ciré tout à fait fascinant.

Jeff Kowatch, Ma muse m’amuse, Oilbars on Dibond, expo Breath, Photo Galerie La Forest Divonne

Le gestuel absorbé dans un processus créatif très long

« Chaque tableau demande un à trois ans de travail pour une centaine de couches successives, sans épaisseur, avec des temps de séchage et de ponçage nécessaires », rappelle Virginie Boissière, directrice de la Galerie La Forest Divonne parisienne pour décrire ces vastes espaces teintés de couleurs aussi subtiles, et douces à l’œil qu’au toucher. On trouve bien un lien entre la technique des peintres flamands anciens et la grande tradition des abstraits américains, de Mark Rothko à Brice Marden, sans oublier l’Ostendais James Ensor à qui l’Américain rend hommage dans une Sortie du Christ à Bruxelles tout aussi carnavalesque et colorée que le modèle ensorien

Man Jok, ou plénitude immobile

Jeff Kowatch, De Dans, 2019, oil on linen, expo Breath, Photo Galerie La Forest Divonne

Man Jok, le nom coréen qui a été donné à l’artiste né à Los Angeles en 1965 lors de son initiation à la pratique de la méditation signifie « plénitude immobile », c’est un état recherché par Kowatch et un fil conducteur éthique de sa vie comme dans ses œuvres : « Je suis presque devenu un maître zen, mais je me suis questionné : qu’est-ce que je veux être, un maître zen ou un peintre ? »

« Tous mes tableaux à l’huile commencent avec beaucoup d’énergie, d’improvisation, mais le résultat final ne rend pas cela visible, ce qui me décevait toujours. Le processus rend le résultat plus méditatif, on perd le geste initial. Alors j’ai entamé cette autre série sur Dibond [en aluminium, travaillés avec des bâtons à l’huile, créés en 1988 par Sennelier] » décrit l’ancien fou de théâtre qui assume pleinement la diversité de sa création et de sa personnalité.

Jeff Kowatch, Les desmoiselles dans l’avion, Oilbars on Dibond, expo Breath, Photo Galerie La Forest Divonne

Des énergies très différentes

Heureusement, au lieu de se retirer dans les émerveillements intérieurs de la méditation en pleine conscience, l’artiste épicurien– grand gastronome et gourmet – a choisi de persévérer pour notre plus grande fascination dans sa recherche, toujours renouvelée d’un point d’équilibre sur la toile.
Cet équilibre serein et suspendu entre le mouvement et l’équilibre, cet équilibre fragile entre les couleurs et la composition installe dans un silence tranquille des instants suspendus aspirant tout le corps du regardeur, tant il semble absorbé par les vastes surfaces qui s’expriment dans la plénitude colorée de ses œuvres.

Jeff Kowatch, Rome in July, 2021, Oil on Linen Photo Galerie La Forest Divonne

Peinture lumineuse et tranquille

« Jeff Kowatch témoigne d’une recherche aussi exigeante qu’originale : celle de la musique du monde. Tantôt tonitruante et féroce ; tantôt délicate dans ses polyphonies. Un monde de lumière qui évoque aussi bien le Monet tardif et ses nymphéas féeriques que le Rothko mystique qui dénoue dans ses champs de couleurs pures la diversité d’un monde voué au seul spirituel. » éclaire Michel Draguet, Directeur général des Musées Royaux des Beaux -Arts dans un magnifique texte intitulé « Plénitude et mascarade colorées ».

L’œuvre au corps, 6 chefs correspondent avec 6 artistes

Si comme le dit joliment l’autrice Ryoko Sekiguchi « goûter est un acte qui permet d’assimiler le monde extérieur dans notre corps », pourrait-on s’aider de notre palette gustative pour fusionner davantage avec une œuvre ?
Est-il possible d’amplifier notre ressenti physique et psychique d’une peinture ou d’une sculpture en goûtant son interprétation culinaire ?

Avec L’Œuvre au corps du 19 mai au 18 juin 2022 à Paris et à Bruxelles, la Galerie La Forest Divonne a proposé à six grands chefs étoilés, de travailler avec des six artistes contemporains dont Jeff Kowatch, en leur posant cette question : quelle est la saveur de cette œuvre ? « L’objectif n’est pas de proposer à un chef de reproduire dans l’assiette l’œuvre de l’artiste, insiste Jean de Malherbe, directeur de la Galerie La Forest Divonne Bruxelles en association avec Swenden Studio, mais d’en donner l’émotion à ressentir, par tous les moyens à sa disposition : le goût, la texture, le parfum, les couleurs, la température et la composition. Le projet se fonde sur la correspondance entre les sens : les synesthésies, qui ouvriront le champ des émotions ouvertes par les œuvres en leur associant l’expérience physique du corps. »

Jeff Kowatch, Canson Quintet in Red Flat, 2019 Galerie La Forest Divonne Photo OOlgan

Côté cuisine, cette expérience inédite rassemble sur réservation à Paris :

  • Alain Passard, chef du restaurant l’Arpège*** et Jean-Bernard Métais (1954) sculpteur français,
  • Bruno Verjus, chef du restaurant Table* et Guy de Malherbe (1958), artiste-peintre français,
  • Adeline Grattard, cheffe du restaurant Yam’Tcha* et Valérie Novello (1971), artiste-plasticienne française.

et à Bruxelles:

  • Christophe Hardiquest, chef du restaurant Bon Bon**, et Rachel Labastie, artiste plasticienne française,
  • Karen Torosyan, chef du restaurant Bozar* et Jeff Kowatch, artiste peintre californien.
  • Nicolas Decloedt, chef du restaurant Humus & Hortense* et Tinka Pittoors, artiste plasticienne d’Anvers.

La rencontre de l’art et du goût !

Pour suivre Jeff Kowatch

Le site de Jeff Kowatch

Agenda

Partager

Articles similaires

Le carnet de lecture de Julien Chauvin, violoniste et chef Le Concert de la Loge

Voir l'article

Le carnet de lecture de Claire Vigarello, romancière, Où naissent les héroïnes

Voir l'article

Le carnet de lecture du Quatuor Anches Hantées, 20 ans de clarinettes complices

Voir l'article

La Factory Avignon de Laurent Rochut engage 28 spectacles au Off d’Avignon

Voir l'article