Culture

Le Carnet de lecture de Denis Pascal, pianiste, DA du Festival Tons Voisins

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 8 octobre 2020

Soliste, chambriste, professeur, Denis Pascal libère et partage la force subversive de la pure beauté. Les questionnements qu’elle impose et les réponses éthiques qu’elle engage sont aux yeux de ce pianiste éloquent aussi indispensables que bouleversants. Le directeur artistique du Festival Tons Voisins du 14 au 17 octobre à Albi  nous apprend à se concentrer sur l’essentiel. Il faut le suivre dans toutes les formes de dialogue musical qu’il engage à hauteur d’homme. 

Denis Pascal, pianiste, DA du Festival Tons Voisins © DR

Un interprète rare et engagé.

Rare parce que ces concerts et sa discographie très concentrée sur quelques grands phares Schubert, Debussy, et Liszt sont toujours longuement mûris. A l’évidence, le natif d’Albi préfère la profondeur à l’esbroufe, la méditation à l’urgence.

En témoignent les verbatims intimes dans les livrets qui accompagnent ses deux magnifiques Cd consacrés à Schubert. Ils brossent en creux sa conviction d’interprète :  « S’il est un mystère dans la vie d’un interprète c’est bien celui de son attachement à certaines œuvres, celles qu’il a lues très jeune puis à différents moments de sa vie, surpris d’y reconnaître une partie de lui-même, ou du moins une résonance familière, une partie de ses préoccupations imaginée par un autre : le mystère des solitudes partagées. Ces œuvres ensuite jouées, deviennent alors un remède aux questions qui le taraudent, une réponse rassurante » (Schubert [vol.2])

Engagé parce que Denis Pascal conçoit d’abord la musique un partage, comme interprète, comme professeur depuis avril 2011 au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Enfin comme directeur artistique du Festival Tons Voisins qu’il anime depuis prés de 15 ans dans sa ville natale, Albi. Cette édition 2020 bousculée par le COVID dédiée à Beethoven, pour le 250é de sa naissance, Pascal Denis l’a maintenu du 14 au 17 octobre, avant tout comme un devoir salutaire et exemplaire « pour rouvrir les scènes et le cœur du public, en offrant ce qui nous a tant manqué durant ces derniers mois : la rencontre et l’échange. »

Une dynamique commune à ses activités, l’humilité de l’artiste

Ce qui rend unique cet artiste inspiré, c’est la conscience de jouer son existence face à ce qui le dépasse, cette prise de risque de « disparaître afin de laisser parler cette musique de notre condition d’hommes, mieux que nous ne pourrons jamais le faire, de l’indicible question de l’amour, de l’amitié et de la vie » comme il l’écrit dans le livret de son premier Schubert.

Le paradoxe de l’interprète

Loin d’être une posture, cette éthique bouleversante au sens propre et figuré constitue le sel et l’ aiguillon du travail de cet artiste au jeu si pénétrant : ” Apercevoir une part de nous-mêmes chez Schubert, c’est le lire sans peur, de cœur à cœur, en oubliant qu’il s’agit d’un chef d’œuvre. Découvrir Schubert c’est savoir d’abord ignorer son nom.” Un seul conseil : cherchez à mieux connaitre celui de Denis Pascal.

Il vous apprendra à vous concentrer sur l’essentiel. Il faut pénétrer toutes les formes de dialogue musical qu’il engage à hauteur d’homme. A commencer par son carnet de lecture.

Carnet d’écoute de Denis Pascal

Kiri Side Track. André Prévin, Kiri Kanawa. Toujours fasciné par l’élégance et la sensualité de Kiri Kanawa, et l’absolue réussite  cet enregistrement ,avec à ses côté André Previn, qui est toujours aussi transparent d’un gout parfait malgré le difficile croisement Lyrique/jazz, pour moi l’essence même du chant et surtout un immense plaisir à chaque réécoute. Ce Cd me suis régulièrement depuis 20ans.

Debussy. Images, Children’s Corner, Benedetti Michelangeli (DG). Fondateur pour moi,  Le paradoxe c’est que je ne veux plus l’écouter! c’est mon premier choc discographique, un enregistrement qui accompagna mes jeunes années au piano. C’est vraiment la découverte d’ un espace nouveau, du mystère Debussy, de l’infini dans le Livre 2 et le temple lunaire!  Il demeure un catalyseur, un déclencheur…

Bach, Gyorgy Sebok Les enregistrements 45 tours , Liszt et Bach du Grand pianiste Hongrois sont autant de lumière. Sebok (1922-1999) était populaire dans les années 1960 en France et Erato commençait à publier ses premiers CD , ils ont bercé ma petite enfance alors que je ne pratiquais aucun instrument, je remercie mes parents , le hasard de la vie a fait que je le rencontre  et qu’il devint mon mentor à 20 ans aux Etats-Unis, Hasard….?

Madame de Lafayette. Princesse de Clèves. Il faut bien avoir aimé pour ressentir  les frissons contenus de ce roman,  Nemours rencontre la princesse brièvement dans son jardin dans une province qui  censée protéger les protagonistes de la passion et de la perdition, vertiges de l’amour et du renoncement, délices de leur  l’écriture un de mes plus beau moment de lecture, un trouble absolu après avoir relu le chapitre encore et encore le dernier chapitre.

Antonin Artaud. Lewis. Le Moine. Si l’on tient compte des relectures, c’est certainement le livre que j’ai le plus lu plus de 6 fois, véritable compagnon de mon adolescence,   dans les deux versions d’ailleurs, celle de Lewis original premier roman Gothique: Romantique  à la fin du XVIIeme,  relativement sec et naïf,   c’est donc  la version d’Antonin Artaud, poète halluciné, qui ravive la description d’une Espagne catholique monstrueuse et délirante, qui m’a fait le plus rêver, m’éloigner de l’insondable ennui de la vie courante, passer des nuits à lire et relire.

C’est  l’essayiste Tzvetan Todorov dans son essai “Introduction à la littérature fantastique” qui m’aura donné l’idée de me plonger dans cette réécriture.

Pour suivre Denis Pascal et le Festival Tons Voisins

Le site de Denis Pascal

Discographie (sélective)

  • Schubert [vol.2], Sonate D. 959 ; Quatre impromptus D. 899, La Música,2020
  • Schubert [vol. 1], Sonate D.960, Sonate D.784, La Música, 2017
  • RAVEL À GAVEAU: Quatre œuvres majeures créées à l’historique Salle Gaveau à l’occasion des concerts organisés par la Société Musicale Indépendante (SMI). Accompagné de
    David Lively, piano – Aurélien Pascal, violoncelle – Svetlin Roussev, violon, La Música, 2019
  • CHOPIN, Concertos pour piano n° 1 & 2, Denis Pascal, Francois-Xavier Roth, Orchestre Les Siècles, Polymnie, Naïve, 2008
  • DEBUSSY, Images, Eloquentia, 2008
  • DEBUSSY, Rêverie, Images, Children’s corner, Le petit Nègre, Berceuse, Arabesques, Polymnie, 2012
  • FRANZ LISZT, Intégrale des Rhapsodies hongroises, Polymnie, 2000

Festival Tons Voisins Albi
du 14 au 17 octobre 2020

BEETHOVEN – WAGNER PROGRAMME

■ Mercredi 14 octobre à 20h30 – Puygouzon, Église de Labastide Dénat
Printemps – BEETHOVEN⎜STRAUSS
Avec Mathilde Caldérini flûte, Marie-Paule Milone violoncelle et mezzo, Denis Pascal piano

■ Jeudi 15 octobre à 18h00 – Albi, Grand Théâtre – Grande Salle
Avec Denis Pascal piano, Alexandre Pascal violon, Marie-Paule Milone violoncelle

■ Jeudi 15 octobre à 21h00 – Albi, Grand Théâtre – Grande Salle
BEETHOVEN⎜RACHMANINOV
Avec Aurélien Pascal violoncelle, Adam Laloum piano

■ Vendredi 16 octobre à 18h00 – Albi, Théâtre des Lices
Symphonies et concertos de Chambre – BEETHOVEN⎜SCHUBERT
Avec Alexandre Pascal, Anne Gravoin violons, Manuel Vioque Judde Alto, Damien Ventula violoncelle, Laurène Durantel contrebasse, Mathilde Caldérini flûte, Damien Fourchy hautbois, Amaury Viduvier clarinette, Marceau Lefèvre basson, Manuel Escauriaza cor,
Samuel Bismut, Denis Pascal, Jeanne Bleuse, Nathanaël Gouin, pianos

■ Vendredi 16 octobre à 21h00 – Albi, Église Saint-Jean de Rayssac
BEETHOVEN⎜BRAHMS⎜SCHUMANN
Avec Alexandre Pascal, Anne Gravoin, violons, Manuel Vioque-Judde, alto, Damien Ventula violoncelle, Marie-Paule Milone contralto et violoncelles, Laurène Durantel contrebasse, Amaury Viduvier clarinette, Marceau Lefèvre basson, Manuel Escauriazza cor, Denis Pascal piano

■ Samedi 17 octobre à 11h00 – Albi, Théâtre des Lices
Bagatelles – BEETHOVEN⎜SCHUMANN⎜BRAHMS
Avec Julian Boutin alto, Alexandre Pascal violon, Laurène Durantel contrebasse, David Guerrier cor, Nathanaël Gouin, Samuel Bismut, Jeanne Bleuse, piano

■ Samedi 17 octobre à 18h00 – Albi, Théâtre des Lices
A ma bien aimée éloignée – BEETHOVEN⎜SCHUMANN
Avec Marc Labonnette baryton, Liya Petrova, Anne Gravoin  violons, Julian Boutin alto, Aurélien Pascal violoncelle, Denis Pascal, Nathanaël Gouin, piano

■ Samedi 17 octobre à 21h00 – Albi, Théâtre des Lices
Heritage – BEETHOVEN⎜SCHUBERT
Avec Marc Labonnette baryton, Timothée Hudrisier piano
Liya Petrova violon, Manuel Vioque Judde alto, Aurélien Pascal violoncelle, Laurène Durantel contrebasse, Amaury Viduvier clarinette, Marceau Lefèvre basson, David Guerrier cor

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