Culture
Hommage à Gene Hackman 1930-2025, comédien, géant d'Hollywood
Le décés de Gene Hackman (1930-2025) dans des circonstances pour le moins surprenantes auront fait couler autant d’encre que son parcours conséquent (80 films) et prestigieux (deux Oscars, deux Palmes d’or). Cette sortie de scène pathétique est à l’inverse de la dramaturgie puissante – non sans ambivalence – qu’il insufflait à ses rôles peut être illustrée par trois de ses films parmi les moins connus: Les Charognards, La Fugue ou L’Heure magique. Constituant pour Calisto Dobson de bonnes surprises cinématographiques, à même de vous donner envie de redécouvrir les chefs d’œuvres d’un des derniers géants d’Hollywood.
Un caméléon se fondant dans ses rôles
Hack en anglais peut avoir de multiples traductions, en particulier celle de pirater. Gene Hackman qui vient de mourir dans des circonstances pathétiques pour le moins invraisemblables était le genre d’acteur à se fondre dans un personnage en y fusionnant sa propre personnalité. La possession de ses rôles nous semblait sans effort.
Son physique d’une bonhomie commune avait le pouvoir de révéler un caractère tout autant inquiétant qu’un comportement rassurant.
Cette caractéristique des grands acteurs capables de passer de l’ombre à la lumière et vice versa sans que cela ne nous paraisse impensable, voire ridicule.
La crédibilité d’un Américain ordinaire
Le véritable épanouissement d’un acteur réside dans l’honnêteté : envers le rôle et envers soi-même.
Gene Hackman
Sans revenir sur son parcours conséquent et prestigieux, pas loin de 80 films, deux Oscars, (French Connection, de William Friedkin en 1971 et Impitoyable, de Clint Eastwood en 1992) et deux Palmes d’or consécutives, ce qui situe le niveau de qualité de ses choix (L’Épouvantail, de Jerry Schatzberg en 1973 et Conversation secrète, de Francis Ford Coppola en 1974), revenons sur trois de ses films parmi les moins connus qui méritent une attention particulière.
Les Charognards, (The Hunting Party) de Don Medford (1971)
En 1971, juste avant sa consécration dans le rôle de Jimmy Popeye Doyle, flic déterminé sans affect qui lui vaudra son premier Oscar, sous la direction du méconnu Don Medford, il tourne Les Charognards un genre de western spaghetti à l’anglaise.
Il campe un richissime propriétaire terrien dont la femme (Candice Bergen) est enlevée par une bande de soudarts dont le meneur (Oliver Reed), compte réclamer une forte rançon. Le personnage de Gene Hackman est un homme dont le besoin de domination n’a pas de limites. Entouré d’acolytes censé l’accompagner à une partie de chasse (le titre original étant The Hunting Party), lancé à la poursuite des kidnappeurs de sa femme rien n’arrêtera sa vindicte.
Surtout que son épouse (malheureuse et frustrée dans un mariage sans enjeu si ce n’est un confort matériel à peine réconfortant), se retourne contre lui et tombe dans les bras de son ravisseur. Le ton du film, parfois brutal, aux relents sadiques est parfaitement incarné par le personnage de Gene Hackman. Ce dernier bien avant son rôle de shérif implacable dans Impitoyable peaufine sa carrure de brute aux allures bonhommes. Les Charognards demeure bien plus qu’une curiosité dans sa carrière. (Disponible sur la plateforme de flux Amazon en vf et vo sans sous-titres)
La Fugue (Night Moves), d’ Arthur Penn (1975)
Quatre ans plus tard, outre son apparition hilarante en aveugle dans le pastiche inénarrable de Frankenstein par Mel Brooks (Frankenstein Junior), il reprend son rôle de flic bourru dans le mésestimé French Connection 2 de John Frankenheimer. Et surtout il retrouve Arthur Penn pour lequel il avait incarné le frère de Clyde Barrow (Warren Beatty), dans le fameux Bonnie et Clyde avec la divine Faye Dunaway.
Dans la grande tradition du film noir américain, Hackman incarne un détective privé. Le réalisateur de Little Big Man, lui offre l’occasion de se frotter aux légendaires incarnations du genre de Humphrey Bogart à Paul Newman pour faire court. Sa bonhomie lasse fait des miracles dans ce rôle. Relativement mis de côté, La Fugue fait pourtant partie des films souvent classés parmi les œuvres qui méritent d’être redécouvertes. Dix ans plus tard, il tournera à nouveau avec Arthur Penn dans Target en père casanier ex espion de la CIA aux côtés de Matt Dillon.
L’Heure magique, (Twilight) de Robert Benton (1998)
En 1998, c’est avec Paul Newman dans l’un de ses derniers rôles, qu’il interprète un acteur de renom à la retraite. Réalisé par Robert Benton, (co-scénariste de Bonnie et Clyde), L’Heure magique (Twilight en vo), reste un film tout autant intéressant que les deux précédents.
Robert Benton, cinéaste peu reconnu est l’auteur des Saisons du cœur avec Sally Field, de la très chouette comédie policière oubliée Nadine avec Kim Basinger ou encore de La Couleur du mensonge avec Anthony Hopkins d’après La Tache de Philip Roth. Le film raconte la relation ambigüe entre le couple de stars formé par Gene Hackman et Susan Sarandon et leur homme à tout faire Paul Newman.
Sur le ton d’une comédie dramatique virant au film noir Gene Hackman se trouve au sommet de son art.
Tout en nuance, son personnage est tour à tour charmant, ignoble, affligé ou encore suscitant même de la compassion par sa faiblesse de caractère. Son face à face avec Paul Newman ne relève en rien d’un numéro de duettistes, bien au contraire l’un comme l’autre serait comme les deux faces d’une même pièce dont l’une devra trancher pour l’autre.
Peu de films mineurs, mais des pépites
Nous pourrions aligner plusieurs autres exemples de rôles interprétés par Gene Hackman comme étant dignes d’être réévalués. Le jeu d’un acteur de ce calibre ayant toujours un intérêt.
Les films qualifiés de « mineurs » au regard d’une carrière construit avec plus grands réalisateurs du moment (de Walter Hill à Richard Brokoks) finissent par révéler des qualités insoupçonnées.
Quoi qu’il en soit, Les Charognards, La Fugue ou L’Heure magique sont dignes à eux seuls de vous fournir une bonne surprise cinématographique. Et de vous aiguilloner à découvrir la filmographie d’un des derniers géants d’Hollywood.
Auteur de l'article

Gene Hackman, romancier
Auteur de cinq romans, dont trois coécrits avec l’archéologue sous-marin Daniel Lenihan.
- 1999 – Wake of the Perdido Star, (avec Daniel Lenihan), New York, Newmarket Press, publié en 1999, L’Étoile perdue
- 2004 – Justice for None (avec Daniel Lenihan), New York, St. Martins Press
- 2008 – Escape from Andersonville: A Novel of the Civil War (avec Daniel Lenihan), New York, St. Martin’s Press
- 2011 – Payback at Morning Peak: A Novel of the American West, New York, Simon & Schuster
- 2013 – Pursuit, New York, Pocket Books
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