L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

A peine installé dans sa toute nouvelle cave de Nuits-Saint-Georges, Thibault Liger-Belair, vigneron perfectionniste, se réjouit de disposer enfin d’un outil de travail et d’élevage adapté aux crus qu’il exploite en Côte-de-Nuits et en Beaujolais. Ce Bourguignon, parfois frondeur, qui produit des vins splendides et d’une élégance rare, veut avant tout faire parler les grands terroirs qu’il aime et respecte.

Si Bordeaux nous a habitué à construire de nouveaux chais plus ou moins modernes, il est rare de découvrir une cave flambant neuf en Bourgogne. C’est le cas avec la nouvelle base de Thibault Liger-Belair, qui ne se trouve ni au coeur d’un village, ni en bordure de vignes, mais au bout d’une rue résidentielle de Nuits-Saint-Georges. Avant même d’y être accueilli par un vigneron souriant – car il commence à respirer dans son nouvel espace – on découvre avec étonnement une immense fleur métallique, une « smartflower » inventée en Autriche distribuée par EDF ENR. Ses pétales mobiles suivent le tracé du soleil telle une fleur de girasol, afin d’emmagasiner la lumière et la transformer en énergie.

L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

La « Smartflower », inventée en Autriche, distribuée par EDF ENR, assure la production d’une électricité verte. Photo © Isabelle Bachelard

Une construction moderne avec des matières vivantes

D’emblée le ton est donné, le vigneron bio a voulu que son chai soit aussi léger en empreinte carbone que doux au contact de ses vins. Il produit son électricité mais refuse qu’un réseau entoure sa cave et en transforme l’ambiance. Avec six sondes plongées à 60 mètres sous terre, il puise ce qu’il faut en géothermie pour chauffer et rafraîchir les locaux. Il s’éclaire aux leds qui divisent par dix la consommation. Mais avant tout il a veillé à tout isoler, avec laine de mouton, 20 cm de vide puis laine de roche.

L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

Thibault Liger-Belair dans ses nouvelles installations ultra-modernes. Photo © Pierre d’Ornano

Une logique de terroirs

Parisien de naissance, Thibault Liger-Belair passait ses vacances dans la maison de Nuits-Saint-Georges, là où sa famille était installée comme négociant dès 1720. Adolescent, il découvrit les parfums du vin issu de pinot noir et ses différents terroirs dans la cave d’un voisin vigneron. Dès 16 ans il décida que son avenir serait dans les vignes. Après 9 générations d’élevage et de commerce de vin, il est finalement devenu la 1ère génération de vignerons !

Son obsession ? Les terroirs. Qu’il en soit propriétaire ou pas ne compte guère puisqu’il est dans une logique de lieu et peut acheter des raisins qui ont poussé en respectant ses méthodes de culture. Il précise : « Je veux des lieux-dits individuels, je ne veux pas mélanger des vins issus de calcaire avec des vins sortis de l’argile, même si c’est dans le même village ». On est loin de la viticulture d’il y a vingt ou trente ans où les Bourguignons étiquetaient les crus les plus connus et assemblaient le reste.

L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

Bouteille de Clos Vougeot 2006 du domaine Thibault Liger-Belair © DR

« Je ne cherche pas à signer mes vins, mais plutôt à faire en sorte qu’on reconnaisse les sols dont ils sont issus »

On ressent cette précision en dégustant fût par fût les 2017 en cours d’élevage sous chêne. Le Vosne-Romanée Aux Réas présente une intensité formidable, des parfums de groseille et framboise. Et surtout en bouche, quelle complexité, alors que les raisins poussent plein sud, sur seulement dix centimètres de terre ! Il explique que c’est le calcaire qui donne ce côté un peu abrasif, et non le tanin, qui participe à l’équilibre structurel de ce vin. Le Vougeot, né au plus près du mur du clos, impressionne par sa puissance et sa fermeté, admirablement compensés par un grain fin et des tanins fruités. Le vin le plus original est sans doute le Richebourg, la plus vieille parcelle du domaine, plantée en 1931, la seule qu’on ait pris la peine de tailler même pendant la guerre. Il emplit la bouche avec une intensité qui grandit en s’amplifiant pendant si longtemps. Quant au Moulin à Vent La Roche, issu de granit et de sable roses, il séduit par ses parfums intenses, avec cette texture gourmande et cette longueur qui rappellent la grandeur des Moulin de jadis, avant la dictature de la macération carbonique. Les vignes de 90 ans et la vendange entière pour moitié n’y sont pas pour rien.

L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

Pied de vigne expérimentale, planté sur une micro-parcelle attenante au nouveau chai. Photo © Isabelle Bachelard

L’avenir est dans le matériel végétal

Une partie du vignoble est travaillé en biodyanmie et les vins sont certifiés bio. Le domaine, repris en 2001 par Thibault Liger-Belair (ne pas confondre avec le Domaine du Comte Liger-Belair à Vosne-Romanée) comprend environ 17 hectares, moitié en propriété sur Nuits, Vosne et Gevrey, moitié en achats de raisins sur Chambolle et Corton. Ceci pour la Côte d’Or, puisque Thibault Liger-Belair, qui a fait ses études entre Beaune, Davayé (en Mâconnais) et Belleville-sur-Saône (en Beaujolais) apprécie tout autant les terroirs du Beaujolais, où il exploite 5 ha (Beaujolais et Chénas) et 14 ha en Moulin-à-Vent.

L’avenir de la Bourgogne et du Beaujolais (2) : Thibault Liger-Belair

Thibault Liger-Belair faisant déguster le millésime 2017. Photo © Isabelle Bachelard

Quid de la chimie ?

C’est sur ce vignoble à cheval sur le Rhône et la Saône & Loire que Thibault Liger-Belair a connu une reconnaissance médiatique involontaire, lorsqu’il a refusé d’appliquer un traitement contre la flavescence dorée imposé dans un département et non dans l’autre. En tant que vigneron bio, il a assumé seul ses responsabilités au tribunal afin de faire passer le message sans empêcher les autres vignerons de travailler : « On comprend 20% de ce qui se passe dans le sol et on nous fait croire qu’on a une solution et en plus elle est chimique. »

« On est arrivé au bout du système de greffage »

Le problème crucial aujourd’hui est que les vieilles vignes ne sont pas éternelles. Celles qui ont 50 ans ou 60 ans continuent de produire tandis que celles qui ont 15 ans se meurent avant d’atteindre la maturité. « La dégénérescence vient de la pépinière mal faite, porte d’entrée de maladies et source de l’affaiblissement général du matériel végétal » déclare tristement Thibault Liger-Belair. Il pallie la situation en s’adressant à des pépiniéristes biodynamiques, Lilian Bérillon et Hebinger, qui soignent les vignes mères en les palissant, afin qu’elles soient traitées et exposées au vent comme au soleil, au lieu de les laisser couchées au sol. Il poursuit : « Je pense qu’on est arrivé au bout du système de greffage, qui était considéré comme provisoire il y a plus d’un siècle … ».