Culture

Le carnet de lecture de Bruno Buijtenhuijs, auteur, interprète et multi-instrumentiste

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 16  janvier 2023

Oiseleur de groupes vocaux, Bruno Buijtenhuijs s’est fait une spécialité jubilatoire, le « tout est permis en chant français théâtralisé » avec le parti pris de faire rire ou d’en rire. Entre deux spectacles du Barber Shop Quartet, en nouvelle formation depuis 2012 qui part cette année pour une tournée mondiale de trois ans, le multi-instrumentiste arrangeur prolifique est revenu à Paris avec Drôle de Jam, un quintet bien déjanté passant les grands standards du jazz à sa moulinette swing et française. C’est punchy, bravache et euphorisant au Théâtre de L’Essaïon, jusqu’au 30 janvier.

Un maître dans une solide tradition vocale

Si la formation remonte aux troubadours (répertoire des Anymous 4) et aux madrigaux de la renaissance (The Hilliard ensemble), le quartet vocal s’est épanoui comme un genre de variétés à part entière au début du XXe siècle pour prendre toute son envergure depuis les années 40 : des Quatre Barbus, (1938 à 1969) au Pow Wow (depuis 1992) sans oublier les mythiques Les Frères Jacques (de 1946 à 1982) ! Le Barber Shop Quartet, lui prend son envol en 2000.

Après plusieurs remaniements, sa dernière composition – Bruno Buijtenhuijs (ténor), Marie-Cécile Héraud (soprano) Rachel Pignot (Alto), Xavier Vilsek (Basse) – renoue avec le succès depuis 2012 multipliant les opus, remaniant une magnifique recette : le « tout est permis en chant français théâtralisé » qui associe « un artifice vocal ponctué de saynètes, de mimes, de bruitages drolatiques façon cartoon ».

Pourquoi tant de passion pour la forme du quatuor /quintette vocal ?

Bruno Buijtenhuijs : Mêler les voix est un art particulier. Il n’est nul besoin de posséder un organe exceptionnel. C’est une alchimie mystérieuse. Il faut arriver à créer une pate sonore agréable à l’oreille ayant un caractère propre. On y parvient pas toujours. Aussi, quand vous trouvez les bonnes personnes avec qui la magie opère, le plaisir est immense. Je n’ai pas de préférence quant au nombre de personnes, on peut créer de magnifiques harmonies avec trois voix comme le faisait le trio Esperanza. J’aimerais un jour explorer la richesse d’harmonies à 6 ou 7 voix.

Un mix subtil et tonic

Pour réussir le cocktail, il faut une technique irréprochable, combinant les voix de façon à la fois rigoureuse et débridée. Et une dynamique de chansons parfaitement orchestrée. C’est ici que le savoir-faire d’auteur de Bruno Buijtenhuijs intervient.
Le multi-instrumentiste n’a pas son pareil pour arranger, réinterpréter, détourner les textes qu’il préfère en français et les notes pour de joyeux cocktails. Ses complices lui font confiance pour s’embarquer au sens propre et figuré sur tous les registres, passant du poétique au grivois, du skat aux imitations en tout genre. C’est tellement punchy que le public en oublie les époques et les genres musicaux pour des programmes pétillants comme le bon vin hors d’âge !

Vous donnez vous une limite à l’arrangement du répertoire ? 

Bruno Buijtenhuijs. En fait, je ne suis pas certain d’avoir bien cerné les contours de la question. Je réponds donc peut être à côté…
Toutefois, on peut dire que la limite s’impose d’elle-même. C’est une question de compétence. Je peux m’amuser avec les codes du jazz parce que je connais cette musique, que je l’aime et que j’ai la sensation que je suis capable de la jouer correctement.
Je ne me sentirais pas légitime de détourner la musique classique ou le rock. 

Pourquoi le jazz,
qui fut à sa naissance cet art si populaire et joyeux,
est-il devenu une musique élitiste ?

Il ne nous appartient pas de résoudre cette énigme.
Mais il nous appartient de remédier à cette situation navrante.
Bruno Buijtenhuijs.
Note d’intention de Drôle de Jam.

En passant au Quintet de Drôle de Jam, Bruno Buijtenhuijs a simplement démontré que plus on est nombreux plus on jubile et on rit.
Chapô l’artiste !

#Olivier Olgan

Le Carnet de Lecture de Bruno Buijtenhuijs

Une vie française, de Jean Paul Dubois.

J’ai adoré ce livre écrit avec style dans une belle langue.
C’est fluide et délié. Le talent d’un conteur qui parvient à transformer en épopée une vie somme toute assez banale.
Un auteur que j’aime.

Les cabanes à livres

J’achète régulièrement des livres, mais je suis fan des cabanes à livres. Cela me permet de relire des classiques, de tenter des auteurs vers qui je ne serais pas allé spontanément.
J’ai lu un magnifique livre d’Ismaël Kadaré récemment grâce aux cabanes à livres mais j’ai oublié le titre…

Tout San Antonio et tout Marcel Aymé

Je pense avoir lu tout San Antonio et tout Marcel Aymé. J’en suis réduit à les relire. Toujours autant de plaisir.
Une admiration sans bornes pour les contes du chat perché.

Le musée d’Orsay

Un conseil: allez-y un jour lors d’une exposition exceptionnelle. Munch par exemple. Tout le monde se précipite dans les salles consacrées et vous avez le reste du musée pratiquement pour vous tout seul. J’aime particulièrement Van Gogh et Le Douanier Rousseau. Je trouve leurs tableaux touchants et sincères.

Ego Système, de Raphaël Calandro

Une  comédie musicale a cappella écrite par Raphaël Calandro. C’est très bien écrit et magnifiquement interprété. Les affres d’un trentenaire qui s’interroge sur sa vie. Sujet bateau mais quand le talent est là…

N’oubliez pas les paroles

D’accord, c’est peut être pas très culturel, mais c’est la seule émission que je regarde régulièrement. Je complète mes lacunes en matière de chansons populaires. J’aime bien Nagui en plus. Je prends du plaisir à suivre le parcours des candidats.

 

Les mots fléchés

Je fais énormément de mots fléchés. C’est un loisir intellectuel qui prend de plus en plus de place dans ma vie. J’en suis au niveau 6. Je réussis les grilles de Michel Valène et Thierry Larsan… Quand même!!!! C’est pas rien. Les M’Bappé des mots fléchés!

Les Double Six

Musicalement, une énorme influence. Une découverte d’adolescent qui m’a accompagné toute ma vie.
Une inspiration directe pour mon nouveau projet, Drôle de Jam.

Pour suivre Bruno Buijtenhuijs

Barber Shop QuartetBruno Buijtenhuijs (ténor) Marie-Cécile Héraud (soprano) Rachel Pignot (Alto), Xavier Vilsek (Basse) 

Drôle de Jam. jusqu’au 30 janvier 23, les Lundis, 21h, Théâtre de L’Essaïon, 6, rue Pierre au lard, 75004 Paris
de et à la guitare Bruno Buijtenhuijs, collaboration artistique d’Agnes Boury Avec : Rachel Pignot (chant), Julie Costanza (chant), Franck Richard (Contrebasse), Geoffroy Boizard (Guitare)

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