Culture

Le carnet de lecture de Dominique Dimey, autrice, actrice et chanteuse.

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 27 décembre 2022

Sollicité par Singular’s après son émouvant spectacle Bernard Dimey père et fille, Dominique Dimey a confié un carnet de lecture, aussi sensible que poétique, à l’image de cet hommage tendre à son père, chantre montmartrois et parolier un peu anar, au Théâtre de l’Essaion jusqu’au 18 janvier 23. Celle qui s’est découverte par hasard « fille de » s’est fait un nom avec un répertoire reconnu des enfants et son engagement pour le respect des droits de l’enfant.  

Fille de père inconnu

Dominique Dimey rend hommage à Bernard Dimey, Père et fille (Théatre de l’Essaïon) Photo Bernard Legoff

Après son spectacle au Théâtre de l’Essaion, vous ne connaitrez probablement qu’une identité de Dominique Dimey : celle qu’elle s’est découverte à 20 ans, par hasard en « montant » à Paris, après l’essentiel de son existence à Issoudain auprès de sa mère née d’un père « inconnu ».

C’est en effet la force incroyable et le ressort plutôt improbable de son récit intime. Dominique se découvre « fille de » à la suite d’un remarquable concours de circonstances : la fascination pour ce chantre montmartrois qu’elle découvre sur scène à Pleyel, la faconde d’un littérateur qui la prend sous son aile sans arrière-pensée, la générosité tonitruante d’un pilier de bar et d’amitiés, la révélation par une coïncidence de dates et de lieux, et enfin l’aveu d’une mère…

Ce père « inconnu », c’est Bernard Dimey (1931-1981) un littérateur hors du temps et des conventions. Une fois, sa fille aux talents en pleine éclosion révélée, l’écrivain, poète et parolier ne va avoir de cesse de rattraper le temps perdu et de partager dans l’urgence tout ce qui le fait vivre.  Cette identité « surprise », Dominique la projette avec tact, sans fard nourrie des textes et des poèmes de son père, qu’elle chante portée par les notes délicates de Laurent Derache à l’accordéon (en alternance avec Charles Tois au piano).

Comédienne chanteuse caméléon

Dominique Dimey, fille de Bernard Dimey mais aussi chanteuse à succés auprès des enfants photo DR

Pourtant comme toute artiste, Dominique Dimey a d’autres identités : une enfance heureuse auprès de ses grands-parents, une précocité pour la scène actrice et un gout prononcé pour le chanson. Sa formation artistique entre la MLC Belle-Isle de Châteauroux où sa maman était enseignante et le Conservatoire de Tours en font une comédienne polyvalente. Elle enchaîne les rôles notamment, à la télévision (Entre Terre et mère, Arsène Lupin, Le Bonheur des dames, …)

Mais c’est comme chanteuse compositrice qu’elle trouve son identité propre. En 1986, le prix René Jeanne des Jeunes Talents de la Sacem confirme les talents de celle qui chante et joue ce qu’elle ressent, et veut surtout laisser une trace personnelle. Bonjour les Bébés, la série de dessin animé qu’elle crée pour France 3 en tant qu’auteure et réalisatrice constitue le creuset d’un magnifique élan pour donner une place aux enfants. En chansons, mais pas uniquement !

Engager auprès des enfants en général et de la convention en particulier

Dominique Dimey nous a confié les ressorts intimes de son engagement auprès du jeune public: « Mon enfance et mon adolescence particulière ont certainement beaucoup influencé mon intérêt pour la protection de l’enfance, et des droits des enfants dans le monde et je peux dire que là où je me sens le mieux, c’est vraiment avec les enfants. Depuis des années , j’ai consacré ma carrière au jeune public, et à travers les concerts, les rencontres, les ateliers, j’ai compris que je pouvais aider les enfants à parler à raconter , à oser dire, parce qu’il y avait l’écoute et la confiance. Se confier, être en confiance est la base de mes relations avec les enfants. »

Un joli patrimoine de chansons jeune public

Avec plus de 13 albums enregistrés, Dominique Dimey n’est ni la « fille de », ni la filleule d’Anne Sylvestre ; elle s’est construit un répertoire bien à elle, bien connu des enfants, comme J’ai dit à mon enfance, Chanson pour un arbre,  Touche pas ma planète, ou encore Des voix pour planète.

Plus que jamais je crois à l’importance de l’écoute, de la parole et du regard des adultes vers les enfants.
Je crois que l’attention, l’amour que l’on peut porter aux plus petits dès leur naissance et même avant leur naissance,
est  la force la plus puissante dont l’humanité dispose pour faire un monde meilleur demain.
Et en cela je rejoins la convention des droits de l’enfant qui devrait être respecté par tous les pays qui l’ont ratifiée.

Dominique Dimey

Sa notoriété est engagée pour servir de belles causes, comme ambassadrice de l’UNICEF ou du Défi de la Terre, toutes ayant comme objectif le respect des droits de l’enfant dans le monde, à travers la diffusion de la « Convention relative aux droits de l’enfant »

Autant dire, ce qui fait vivre Dominique Dimey dépasse désormais largement son histoire personnelle. C’est au fond, le plus bel hommage que cette chanteuse engagée peut rendre à la mémoire de ce père poète.

Le carnet de lecture de Dominique Dimey

Une expo Gardien Party

Un concept original qui a répondu à ces questions que je me suis souvent posée en allant au musée : À quoi pensent les gardiens de musée ? Que regardent ils ? Que voient-ils ? Aiment-ils les expositions qu’ils surveillent et qu’en gardent ils ensuite ?
Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen, les auteurs de cette expo-spectacle, sont partis à la rencontre des gardiens de musée dans le Monde entier, et ils en ont restitué le récit, la vie routinière, la vie intime, en invitant à témoigner sur scène six agents de surveillance de tous horizons. C’est surprenant, et profondément humain.

 

Un livre , une folie  passionnelle pour deux auteurs … et pour le prix d’un ! Romain Gary/ Emile Ajar.  

Déjà cette double identité me parle, moi qui ai vécu 20 ans sous une identité, et qui me suis retrouvée d’un coup, sans n’avoir rien demandé à personne, avec une autre, ….celle de la fille de Bernard Dimey.

Romain Gary pour tout le monde c’est avant tout La promesse de l’aube, ce livre qui nous emporte dans cette passion incontrôlée pour cette mère courageuse, par qui Romain Gary est devenu « quelqu’un », mais j’avoue, avoir pleuré, vibré pour Les cerfs-volants une ode à l’espoir et à l’amour, qui résonne tellement fort aujourd’hui sur le plan des idées de liberté de solidarité.

Et puis Émile Ajar m’a emmené dans un univers loufoque presque surréaliste avec des personnages singuliers, comme Michel Cousin dans Gros -câlin, qui s’achète un python, pour combler sa peur de la solitude, son besoin d’affection et nous emmène dans un univers poétique drôle et tendre.

Une pièce de théâtre… le théâtre que j’aime avec un auteur, de vrais comédiens, une mise en scène forte mais invisible…

Marie des Poules, gouvernante chez George Sand, avec une excellentissime Béatrice Agenin mis en scène par Arnaud Denis, texte de Gérard Savoisien. Le parcours de la vie d’une femme, qui devient la gouvernante de George Sand mais aussi l’objet sexuel et amoureux du fils de George Sand, et qui nous parle de l’humiliation, du courage de s’affirmer, de sortir de son rang de paysanne pour prétendre à la culture, à un monde fermé ..le combat d’une femme comme tant d’autres aujourd’hui dans le monde, en Afrique, en Asie, en Iran….

Un autre livre… d’amour, d’un amour sublimé par deux géants des années 1944

Albert Camus et Maria Casarès se croisent lors d’une soirée ; lui, vient de publier son roman L’étranger ; elle, est une comédienne passionnée. Ils fréquentent les milieux intellectuels et artistiques de l’époque, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, les théâtres et les clubs de jazz. « Tu me vertiges » (titre que je trouve magnifique) l’autrice Florence M. Forsythe raconte cette relation tonitruante, passionnelle, c’est émouvant, plein de vie et ça donne tellement envie de relire Camus et de revoir les films avec Maria Casarès.

Une émission de radio Les pieds sur terre France Culture

Une émission rare et remarquable. C’est tout le charme et la force de la radio et la magie de la voix. Des reportages sans commentaire, des histoires vraies comme celle que je raconte dans mon spectacle, et dans la plupart des chansons que j’écris pour le jeune public.
Des tranches de vie bouleversante, des moments de vérité partagés qui nous parlent de nous, la sincérité, le naturel, l’authenticité… l’Humanité… tout ce que j’aime !

Et puis je ne peux faire l’impasse sur…

Un livre pour enfants, avec ce livre merveilleux sur Louis Braille qui devient aveugle à l’âge de trois ans à la suite d’un accident, et qui décide de trouver le moyen de déchiffrer ce que ses yeux ne peuvent voir… bouleversant.

Et bien sûr, les livres de mon père Bernard Dimey.

Une œuvre complète avec de grands poèmes qui conduisent au plus profond de l’âme humaine et qui sont pour moi des espaces, des lieux d’apaisement, de replis, des pays où je me sens en paix où je me pose comme dans le poème Parce que je t’aime.

…Parce que je t’aime, il faudra que tu viennes avec moi,
sur des routes baignées de soleil et de lune,
le jour après la nuit, au long des chemins creux
qui dessinent les nervures du monde….

https://youtu.be/BgBm-vXGAeE

Et aussi mes amis Albert Jacquard, Stéphane Hessel, Hubert Reeves, que je lis encore et encore, et ma marraine de scène Anne Sylvestre, que j’écoute encore et encore, et qui font partie de ma vie.

Pour suivre Dominique Dimey

Partager

Articles similaires

Le carnet de lecture de Salomé Gasselin, viole de gambe

Voir l'article

Le carnet de lecture de Bruno Buijtenhuijs, auteur, interprète et multi-instrumentiste

Voir l'article

Le carnet de lecture de Dimitri Naïditch, pianiste, improvisateur et compositeur

Voir l'article

Le carnet de lecture de janvier 23 de Patricia de Figueiredo, romancière : Le Touze, Rault, Bonnefoy, Poignet

Voir l'article