Culture

Le Carnet de lecture de Marie-Laure de Bello-Portu et Armand Cohen, Opera a Palazzo

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 29 octobre
2021

Plus que trois représentations de La Traviata (2, 3 et 16 décembre) par la troupe d’Opera a Palazzo à la Fondation Dosnes-Thiers, spectacle dont Singulars a rendu compte dés juin à la sortie du cloisonnement. Depuis toutes les promesses d’une plongée immersive dans l’univers de l’opéra (public restreint et en tenue de soirée, diner par un chef étoilé) sont tenues. A l’issue de cette première saison, Marie-Laure de Bello-Portu et Armand Cohen, les fondateurs fous d’Opera a Palazzo nous confient leur expérience et leur carnet de lecture.  

Ils le reconnaissent volontiers, il fallait être fous pour lancer l’ ambition de l’opéra immersif – le mélomane est à quelques mètres des chanteurs, dans un cadre qui rappelle l’intrigue – quelques jours après la sortie du deuxième confinement. 6 mois plus tard, cette promesse musicale accompagnée du luxe délicat d’une réception préparée par un chef étoilé et avec les chanteurs a trouvé son public. Les deux fondus d’Opéra nous en disent plus, reconnaissant que ‘cette nouvelle production est sans doute le projet professionnel qui nous apporte le plus de satisfaction par sa dimension humaine et artistique’.

Plus que trois représentations de La Traviata (2, 3 et 16 décembre) en 2021, quels enseignements tirez-vous de cette première saison tant bousculée par le COVID et y en aura-t-il une autre ?

L’année a été effectivement très bousculée : reports de répétitions pour cause de COVID de la metteuse en scène qui est restée bloquée en Italie, reports successifs de la date de la première liés aux horaires du couvre-feu, jauge limitée et distanciation dans des espaces réduits, attentisme du public pour retourner dans les salles depuis la rentrée, etc.

Le Carnet de lecture de Armand Cohen et Marie-Laure de Bello-Portu, fondateurs d’ Opera a Palazzo devant la Fondation Dosnes-Thiers

Malgré tout le premier enseignement que nous tirons de cette saison est que ce format d’opéra est plébiscité :

  • par les convives, qu’ils soient amateurs d’opéra ou non. Tous nous ont dit vivre des émotions qu’ils n’avaient jamais ressenties,
  • par les artistes qui sont ravis de retrouver un esprit de troupe et d’avoir la possibilité de se produire régulièrement dans une œuvre aussi exceptionnelle que La Traviata de Verdi.

Il n’y a donc pour nous aucun doute qu’il faut poursuivre cette aventure même si elle est compliquée à équilibrer financièrement à court terme à cause de la pandémie et de l’absence significative de touristes. Des soirées privatisées par des entreprises, des cabinets de conseils, des associations ou des clubs qui souhaitent offrir à leurs collaborateurs, leurs clients ou leurs membres une expérience unique en France, nous permettent de compenser en partie les coûts de lancement.
Nous avons donc de nouvelles dates pour les trois premiers mois de 2022. Elles figurent en annexe.

La promesse très élitiste (public restreint à 40 personnes, immergées à côté des artistes, et cocktail avec un chef étoilé dans les jardins de la Fondation Dosne-Thiers) peut-elle évoluer pour permettre de démocratiser l’opéra ?

La réponse est oui, sans aucun doute.

La Traviata Violetta Armelle Khourdoïan invite Christophe Poncet de Solages et le spectateur dans son salon Opera a Palazzo Photo Olivier Olgan

Avec Opera a Palazzo nous avons constitué une véritable troupe d’artistes de talent ce qui nous permet d’envisager de nombreuses possibilités de diffusion de l’opéra auprès d’un large public.
Nous avons d’ores et déjà donné le 24 juillet La Traviata dans le format réduit d’Opera a Palazzo sur la scène du Théâtre Basse Passière (un petit théâtre de 100 places dans le Perche) avec un prix de places à 18 euros a été un tel succès que la propriétaire du théâtre a programmé une soirée de gala le 18 décembre durant laquelle seront chantés des arias de plusieurs grands opéras par une soprano, un ténor et un baryton, accompagnés par une pianiste. Ils sont tous membres permanents de la troupe Opera a Palazzo. Le prix des places est de 20 euros.

Le secret des fondateurs d’Opera à Palazzo est de parier sur la dimension immersive tout en luxe et volupté.

En association avec la propriétaire du Théâtre Basse Passière, nous envisageons de lancer au printemps un festival d’opéra de 2 ou 3 jours en espérant recevoir l’appui des pouvoirs publics locaux.
Nous envisageons également d’utiliser la partition réduite de La Traviata d’Opera a Palazzo pour la diffuser dans des petits théâtres en région parisienne et en province. Cette réduction permettant par sa durée (1h30) et sa qualité de séduire non seulement les amateurs d’opéra mais également des publics moins avertis parfois effrayés par la longueur d’une œuvre.
Enfin, nous n’avons pas oublié notre objectif de faire venir une à deux fois par mois des collégiens en matinée pour des sessions de 45 minutes d’introduction à l’opéra.
Nous espérons ouvrir les portes de l’opéra, dépasser les frontières culturelles, franchir les barrières imaginaires de l’Opéra, devenir des passeurs de culture, les investissements effectués pour lancer Opera a Palazzo pouvant être utilisés pour réduire le coût de diffusion dans des lieux ouverts à un large public.

Selon votre regard averti comme fondateurs de Music Opera Events et du guide Musique et Opéra autour du monde, l’Opéra post covid a-t-il évolué et que pensez-vous de son avenir ? 

Autre acte autre salle Le père de son amant oblige La Traviata à renoncer à son amour Photo Olivier Olgan

Il est évidemment encore difficile d’apprécier les conséquences durables que la pandémie aura sur le spectacle vivant en général et sur l’opéra en particulier.
Il parait probable cependant que même si les amateurs retrouvent l’envie d’aller dans les salles, ce qui n’est pas encore le cas, le télétravail qui éloigne des grandes villes et la découverte du streaming pourraient réduire le nombre de spectateurs disposés à payer des billets chers pour assister à des opéras ou des concerts. Les productions comprenant des stars internationales pourraient peut-être faire exception.
Si cette prévision devait se confirmer, cela permettrait sans doute à des productions moins coûteuses d’être données dans des théâtres plus proches des spectateurs qui ne vivent pas tous dans des grandes villes. N’oublions pas que le spectacle vivant procure à l’évidence des émotions incomparables avec celles vécues lorsqu’on écoute un disque ou qu’on assiste à une représentation en streaming.

Le Carnet de lecture de Marie-Laure de Bello-Portu et Armand Cohen

Nos coups de cœur ont souvent été guidés par notre éducation ou ont été tout simplement le fruit du hasard.

Mon père Javier Bello-Portu, chef des orchestres de San Sebastian et de Santa Cecilia de Pampelune en Espagne me disait toujours « il faut écouter Carmen au moins une fois par an ». En 1980, quand j’ai eu la chance d’assister à l’Opéra de Paris à une représentation de Carmen avec Teresa Berganza, Placido Domingo, Katia Ricciarelli et Ruggero Raimondi, cet enseignement est devenu une règle de vie que nous suivons Armand et moi. Lorsque cela est possible, nous assistons à une représentation.

Sinon, nous écoutons l’enregistrement Deutsche Grammophon de Claudio Abbado, réalisé en 1977 au Festival d’Edimbourg avec quasiment la même distribution.

Cette nécessité de trouver les lieux où écouter notre œuvre préférée ou nos artistes favoris nous a d’ailleurs amené à lancer en 1995 le Guide Musique et Opéra Autour du monde qui présente chaque année depuis lors la saison de plus de 400 salles de concert et maisons d’opéra de plus de 35 pays.

Il y a plus de 30 ans, nous avons déniché dans un marché aux puces près de notre maison de campagne un 33 tours de La Favorita de Donizetti, enregistré au Maggio Musicale Fiorentino avec Giulietta Simionato. Nous l’écoutions tous les week-ends et avons depuis lors gardé l’habitude de le passer régulièrement. Il est plus difficile de voir cette œuvre rarement programmée sur scène et pourtant elle contient des passages de bel canto vraiment émouvants.

Nous écoutions également les études de Chopin par le jeune Pollini dans l’enregistrement sorti chez Deutsche Grammophon en 1973 . Tout est là, l’évidence, la fougue et l’incroyable génie de Chopin porté par un très grand artiste déjà au sommet de son art alors qu’il n’avait qu’une trentaine d’années. Ce 33 tours fait également partie de notre histoire intime car il a été la berceuse de nos trois fils pendant leur petite enfance.

S’agissant de piano, comment ne pas évoquer des disques que nous écoutons aussi très régulièrement ? Nous avons découvert les Variations Goldberg par Glenn Gould dans la fameuse version parue en 1981 chez CBS, très peu de temps après sa mort. Ce disque tellement parfait nous a nourri puis nous avons découvert son tout premier enregistrement du chef-d’œuvre de Bach de 1955. C’est incroyable de voir le chemin parcouru et la maturation d’un artiste face à une œuvre monumentale. Ecouter les deux versions est toujours un grand moment !

Nous avons eu la chance d’assister à une représentation du Requiem de Mozart avec la soprano Ileana Cotrubas et la direction de mon père Javier Bello-Portu, un véritable choc. Depuis, grâce à la profondeur et à la force de l’écriture de Mozart, le Requiem est devenu notre musique de méditation. L’interprétation baroque nous a permis de souvent redécouvrir le chef-d’œuvre et si nous devions ne retenir qu’une version, nous choisirions l’enregistrement de Leonardo García Alarcón paru chez Ambronay en 2013 pour son équilibre parfait.

Enfin, ce qui a sans doute le plus marqué notre vie professionnelle est la découverte, par hasard d’une version en format réduit de La Traviata à Venise au Palais Barbarigo Minotto. Nous avons été tellement surpris et émus, très au-delà des émotions vécues dans une maison d’opéra, que nous avons décidé de proposer cette expérience à Paris.

Propos recueillis le 19 novembre 2021

Pour suivre Opéra à Palazzo

Le site d’Opéra a Palazzo

Prochaines dates à 19h30 : 2, 3, 16 décembre 21 Réservation opera-palazzo.com Contact +33 1 88 32 05 31

Le programme (3 heures)

  • accueil à l’Hôtel Dosne Thiers à partir de 19h00
  • visite de la Fondation a lieu à 19h15 et 19h30
  • dans le Salon vert, représentation de la Traviata à 19h45
  • entracte avec dégustation de caviar accompagnée d’une coupe de champagne.
  • cocktail dans les salons de la Fondation, avec les artistes.
  • Soirée réservée à 40 invités en tenue de soirée
  • Catégorie Prestige : 350 €

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