Culture

Le carnet de lecture de Raphaël Pidoux, violoncelliste, Trio Wanderer, Octuor Talents et Violon’celles

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 13 octobre 2022

La réputation de Raphael Pidoux n’est plus à faire grâce à l’immense rayonnement du Trio Wanderer qu’il développe depuis 35 ans avec ses complices, Vincent Cor et Jean-Marc Phillips-Varjabédian. Loin d’être dans sa tour d’ivoire, le pédagogue du CNSMD de Paris a créé l’Octuor Talents et Violon’celles, en se donnant une double mission, permettre à des jeunes talents de disposer des instruments de qualité, et de gagner en expériences. Il est sur scène à leurs côtés le 14 octobre à l’ Abbatiale St-Yved de Braine. Le violoncelliste confie à Singulars sa passion de transmettre.

 

Raphael Pidoix du Trio Wanderer à l’l’Octuor Talents et Violon’celles. Photo Marco Borggreve

Se donner le temps de vivre

Echanger avec Raphael Pidoux, plutôt difficile à attraper tant le violoncelliste est actif, c’est partager un moment avec un musicien heureux, jouissant de sa « pleine maturité ».  Comme partenaire du Trio Wanderer, avec plus de trente ans de réussite musicale. « Avec Vincent Cor et Jean-Marc Phillips-Varjabédian, nous en profitons pleinement. Nous avons toujours autant de plaisir de jouer ensemble et d’avoir le temps de vivre ». et comme aiguillon de Talents et Violon’celles. « C’est l’occasion de se réinventer. Cela m’excite de faire rêver les mécènes, il y a encore tellement de choses à faire en France. »

Faire vivre les instruments avec des jeunes talents

Sa dynamique de conviction qu’il y a une énergie positive collective à saisir permet de comprendre pourquoi le musicien anime Talents et Violon’celles. Au départ, en 2010,  l’indignation s’impose au professeur au CNSMD de Paris « Il est indécent que de jeunes musiciens à cordes aient du mal à trouver de beaux instruments pour embrasser la carrière, se présenter aux concours et trouver leur son. Plus particulièrement les violoncellistes, plus difficile à acquérir qu’un violon, pas moins de 30 000 euros sont nécessaires. » Grace à ses mécènes privés, et notamment le plus actif d’entre eux, Joel Rousseau,  l’association désormais Fonds de dotation dispose désormais de plus de soixante-dix instruments qu’elle prête pour « aider à jouer sur des grands instruments, ainciens, mais aussi commandés à des grands luthiers français » insiste Pidoux. Il n’oublie pas de rappeler depuis en direction de mécènes qui disposent de ces trésors qu’ « un instrument pas joué se meurt, sonnant de moins en moins bien. »

Partager l’ expérience de jouer collectivement

Logiquement,  du prêt la création d’une formation s’est imposée : travailler  avec les meilleurs musiciens qui bénéficient d’un prêt d’ instruments est apparu comme une évidence, pour « les aider à gagner en expériences en début de carrière, se familiariser avec le public, d’étendre leur réseau professionnel… Il faut comprendre l’Octuor Talents et Violon’celles comme un incubateur de talents. Les 35 Conservatoires de musique de Région (CNR) qui fonctionnent en réseau nous proposent leurs talents âgés entre 15 et 16 ans que nous allons accompagner pendant plusieurs années. »
Mais en croyez pas qu’il ne s’agit que de transmission pédagogique. Raphael Pidoux y voit d’abord une véritable dynamique de plaisir dans le travail d’épanouissement collectif, au cœur de sa raison d’être musicien. « Vous ne pouvez pas savoir à quel point il est jouissif d’offrir leurs premières émotions sur scène à ces talents ! »

Une affaire de famille

L’ Octuor Talents et Violon’celles propose une aide complète, du travail de musique collective sur scène avec orchestre (comme celui de Colonne et son chef Jean Jacques Kantorow) ou avec ce véritable « chœur de chambre » où chaque interprète peut faire jouer les multiples « voix » du violoncelle.

Pour élargir son répertoire, la formation peut compter sur le talent d’arrangeur du père de Raphaël Pidoux, Roland Pidoux, immense musicien aussi bien comme musicien d’orchestre (Opéra de Paris, Orchestre National de France) que de chambre avec le Trio Pasquier. « Grâce à lui, confie Raphael qui ne cache pas sa reconnaissance filiale, l’ensemble peut pratiquement tout jouer sans orchestre. D’autant que mon père distribue remarquablement les thèmes et les acrobaties pour chacun, dans un vrai travail de quatuor. Le mariage des sons et le travail sur les vitesses et les coups d’archet sont passionnants. »

Une leçon et une éthique de vie

Raphael est fier de son « équipe de foot de rêve » avec ses titulaires, ses remplaçants, …. De concerts en enregistrement, Il est convaincu qu’il faut casser le mythe  du génie inné, souvent très individualiste et coupé de toute écoute des autres.  L’éthique de prendre le temps de murir, celle que le violoncelliste vit avec gourmandise avec le Trio Wanderer est selon lui le principal enseignement qu’il faut transmettre, sans oublier une constante évidence « de servir la musique au lieu de se servir. » et cela vaut pour tous, n’hésitez pas à soutenir son bon fonds. Il est confiant dans le meilleur, Raphaël.

Le carnet de lecture de Raphaël Pidoux

Bach. St Mathieu, Aria Erbame Dich (Herreweghe)

Mes parents sont musiciens. Dans mon enfance, le dimanche, je suivais souvent ma mère, qui m’emmenait à ses concerts de musique baroque à la conciergerie.  Je la revois jouant du rebec, accompagnée de Jean Claude Veilhan et  de Jean-Claude Malgoire faisant sonner bombardes et cromornes…J’étais émerveillé par les sons, par le répertoire…
J’ai gardé de ces moments, l’amour de la musique baroque et du continuo.
Et bien sûr, le lien indéfectible à la musique de Bach. Ses cantates et ses passions que j’ai longuement écoutées lorsque j’étais adolescent.

Imitating Albeniz, Shchedrin. Daniil Shafran, cello

J’aime la frénésie et l’âpreté de cette interprétation, J’aime l’intensité du jeu de Shafran et aussi la façon dont le pianiste participe à la narration. Shafran n’est pas un violoncelliste que j’écoute particulièrement mais un jour, par hasard, je suis tombé sur cet extrait, et j’ai été captivé. J’aime ces moments ou sans m’y attendre, je me retrouve captif d’une oeuvre ou de l’interprétation d’un musicien.

Shel Silverstein The Missing Piece Meets the big O.

Les dessins parlent d’eux-même…

Soie d’ Alessandro Baricco. Un livre tout en délicatesse, qui m’a fait voyager un jour ou j’avais une assez longue escale entre deux concerts…

Les liaisons dangereuses, Cyrano de Bergerac : le panache à la française!

Rêves dansants Sur les pas de Pina Baush, d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann

C’est un merveilleux film sur la transmission. Le lien entre Pina et ses danseurs. Entre les chorégraphes et les jeunes adolescents. La richesse du chemin qui conduit à la représentation. Les extraits des différentes versions du  spectacle  « Kontakthof » : version interprétée par des danseurs professionnels, par des personnes âgées ou par des adolescents. A chaque fois que je les regarde, je suis ému. Je les trouve également belles. Ce sujet de la transmission touche quelque chose de très important pour moi,  qui pourrait se résumer encore plus simplement par le plaisir de partager. C’est quelque chose qui me porte dans différents projets et particulièrement dans l’aventure de Talents et Violoncelles.

Bajirao Mastani – Sanjay Leela Bhansali

J’aime la truculence de certains films de Bollywood. Leur façon de mélanger sans inhibition modernité et tradition. J’aime ce mélange de codes et d’exubérance, cette profusion énergique, joyeuse, dansante et colorée. Et ces histoires pleines de grands sentiments.

Christina Pluhar- encore. L’arpeggiata

En parlant de joie cela m’évoque l’énergie qui se dégage de cet extrait. J’aime voir les artistes jouer. Sur scène parfois, quand on est reliés par l’amour de la musique, par la joie de partager avec le public, les talents de chacun sont comme galvanisés et nous pouvons vivre des grands moment de grâce ou de joie. Ce moment de musique me met chaque fois le sourire aux lèvres.

Pour suivre Raphael Pidoux

Le site Octuor Talents et Violon’celles – Maison Talents & Violon’celles 62 rue de Rome 75008 Paris : Mécéné depuis 2022 par Joël Rousseau, les jeunes musiciens qui le composent actuellement, Emmanuel AcureroRafaèl ArreghiniYanis BoudrisNoé DrdakEliott LeridonLéo Ispir et Soni Siecinski, bénéficient du prêt d’instruments issus du fonds de Talents & Violon’celles. La grande majorité de ces violoncelles a été construite par des luthiers contemporains, avec le financement de généreux mécènes, sur proposition de Talents & Violoncelles.

14 octobre, 20h, F. Schubert – G. Bizet – A. Dvorak – R. Hahn, Raphaël Pidoux, direction Octuor Talents et Violon’celles, Abbatiale St-Yved de Braine, Festival de Laon : programme tout entier guidé par des références littéraires. De Carmen (Mérimée) au Chant des esprits au-dessus des eaux de Schubert (Goethe), en passant par Reynaldo Hahn et même Dvorak, dont la symphonie du Nouveau monde fait référence à l’histoire de Hiawatha (H. Longfellow), un ensemble unique de violoncelles pour un projet d’excellence.

Le Trio Wanderer 

  • 22 octobre, 19h, Franck : Trio op. 1 n°1, Liszt : Tristia, Saint-Saëns : Trio op. 92, Marseille
  • 10 novembre, 20h, Rachmaninov : Trio n°1, Schumann : Trio opus 63, Beethoven : Trio opus 97 « Archiduc », Avignon
  • 13 novembre, 11h, Mendelssohn : Trio op. 49 | Chostakovitch : Trio op. 67, Théâtre des Champs Elysées, Paris, Concert du Dimanche Matin – Jeanine Roze Production

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