Culture

Le carnet de lecture de Stéphane Roux, metteur en scène de Camille, Camille, Camille, de Sophie Jabès

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 3 octobre 2022

Du théâtre que le comédien n’a jamais quitté, à la télévision en passant par le cinéma et le doublage , Stéphane Roux est un artiste polyvalent et parfois caméléon. Dans son spectacle Perrault ça cartoon, il incarnait pas moins de 30 personnages. Il triomphe actuellement dans la pièce Glenn, naissance d’un prodige de et mise en scène par Ivan Calbérac (au Petit Montparnasse). Séduit par la pièce de Sophie Jabès, il met en scène Camille, Camille, Camille au CRESCO – Théâtre de Saint-Mandè les 11 et 12 octobre à 20h30.

Un caméléon polyvalent

Stéphane Roux 2019 Photo Agents-associes.com

Dans son métier Stéphane Roux aime les défis et sait les relever. L’acteur se retrouve aussi bien au cinéma (de Robert Altman à Diane Kurys (Sagan), en passant par Christophe Barratier (L’Outsider) ou Yohan Charrin (Mise au Vert) qu’au théâtre (Perrault ça cartoon), sans oublier le doublage (Ratatouille, 2017) et pour ce sociétaire de la Ligue d’Improvisation Française LIFI)  de mémorables battles.

Cette curiosité active tient à sa formation atypique, grâce à un père concepteur -rédacteur, professeur de philosophie et cofondateur de l’Ecole Française de Yoga : deux licences de Droit des Affaires et d’Information et Communication, et en 1990 un diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris en parallèle du Cours Raymond Girard. Il débute au Théâtre dès 1992 dans des textes de Jean Vauthier (Badadesques) et Laszlo Gyurko (Electre, Mon amour). Du rôle principal de la série Mais où se cache Carmen Sandiego en 1996 aux apparitions dans Paradis d’Enfer (2008), Scènes de Ménages (2017) et Plus Belle la Vie (2020), Stéphane Roux se rend populaire à la télévision.

La fidélité au théâtre

Stéphane Roux ne quitte pourtant jamais les planches comme acteur et comme metteur en scène. Celui qui déjà dans Perrault ça cartoon se métamorphose en pas moins de 30 personnages de dessins animés) incarne plusieurs proches du pianiste canadien dans la pièce Glenn, naissance d’un prodige de et mise en scène par Ivan Calbérac (au Petit Montparnasse), salué par la critique depuis sa création mi-septembre.

Un coup de cœur pour la pièce de Sophie Jabès

Comme à son habitude, quand la comédienne Virginie Bosc lui parle de mettre en scène la création de « Camille, Camille, Camille » dédiée à Camille Claudel (1864-1943) pour le 80e anniversaire de sa mort, Stéphane Roux donne son accord. « J’ai tout de suite eu un coup de cœur pour cette pièce » avoue-t-il recommandant une mise en scène dépouillée. Un jeu de miroirs fait se répondre les différentes Camille que Sophie Jabès fait dialoguer à trois moments de sa vie, jeune, mûre et internée. « C’est aussi une projection mentale. Il n’y a pas de statues sur scène mais des projections de statues, parfois sur les comédiennes, parfois dans la salle. Je cherche à faire travailler l’imaginaire du spectateur » Un jeune danseur permet d’évoquer les différentes figures masculines.

« Camille Claudel incarne le pire cauchemar d’une femme artiste, abandonnée par sa famille et rejetée par l’homme qu’elle aimait. Son talent ne sera reconnu que bien après sa mort, grâce à la persévérance de Reine-Marie Claudel, la petite-fille de Paul » explique l’auteure. Une voix, trois voix. Une âme, trois âmes. Au cœur de l’être. Ancrée dans la chair pourtant. Au-delà du temps. L’indicible qui se donne à voir. Au creux des larmes et du sang de celles et ceux pour qui la création triomphe du noir de la souffrance. Encore et toujours l’éternel moment. »

Gageons que Stéphane Roux saura nous plonger au cœur de ce destin à la fois si créatif et si gâché par les biens pensants.

Le carnet de lecture de Stéphane Roux

Voici donc les trois spectacles qui m’ont le plus marqué, à une époque où j’ignorais totalement que je deviendrais un comédien.

Hamlet, (de Shakespeare bien sûr !) dans la mise en scène de Patrick Chéreau.

Extraordinaire version, avec une distribution grandiose : Gérard Desarthe, Nada Strancar, Wladimir Yordanoff, entre autres…
Le sol de la grande Halle de la Villette tremblait, je me demandais ce qu’il se passait… et soudain je vis jaillir, de dessous les gradins où j’étais assis, un magnifique chevalier recouvert d’une armure flamboyante et juché sur un pur-sang : c’était le spectre ! 
J’étais comme un enfant projeté au milieu d’un film…

Le Mahabharata, (le plus long texte du monde, adapté par le brillantissime Jean-Claude Carrière) monté par Peter Brook, peut-être le meilleur metteur en scène au monde, dans la salle au cachet si unique des Bouffes du Nord !

Une troupe internationale, multi-ethnique, 11h30 de spectacle, avec deux entractes. 
Mes parents, férus de philosophie indienne (mon père est l’un des fondateurs de l’Ecole Française de Yoga), nous avaient emmenés, mon petit frère et moi, vivre cette aventure artistique unique. 
Certes, j’ai un souvenir cuisant des longues heures passées assis sur un maigre coussin. 
Mais la fascination de cet univers, la richesse du texte, le voyage musical, la fraternité qui se dégageait de cette troupe qui pourtant racontait une guerre fratricide… Tout cela m’a durablement marqué. 

Le Tigre, de et par Dario Fo, au Théâtre de l’Est Parisien.

J’avais 11 ans et notre professeur de Français du Collège Henri IV nous avait obligés à prendre un abonnement à la saison du TEP. 
Ce dimanche-là, l’immense Dario Fo – au propre comme au figuré – nous narrait, en Italien surtitré, ce récit initiatique, avec moult digressions lui permettant d’égratigner l’actualité et les personnalités publiques de ce milieu des années 70.  La salle était tellement comble que des spectateurs étaient assis autour de lui sur la scène, tels des enfants assistant à l’heure du conte. 
Je buvais du petit lait. Et je pleurais de rire…

Pour suivre Stéphane Roux

Sur acteurs de théâtre

Agenda

Théâtre : Camille, Camille, Camille, de Sophie Jabès – MS : Stéphane Roux
Les 11 et 12 octobre à 20h30 au CRESCO – Théâtre de Saint-Mandè, 4 avenue Pasteur 94160 Saint-Mandé.
Tel : +33 1 46 82 85 00 – infoscresco@mairie-saint-mande.fr

Avec : Sylvia Amato, Laurence Breheret, Virginie Bosc, Victor Mizrahi avec la voix d’André Dussolier, et la complicité d’Antoine Nouel, arrière-petit-neveu de Camille Claudel

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