Culture

Le temps lent de Julian Charrière rapproche les espaces entre l’homme et la nature

Auteur : Marc Pottier, Art Curator basé à Rio de Janeiro
Article publié le 12 juillet 2022

[Découvrir les artistes d’aujourd’hui] Les recherches multidisciplinaires de Julian Charrière mettent en lumière les tensions qui animent le rapport entre l’homme et Nature. Avec l’anthropocène en tête, cet artiste de terrain explore les liens inextricables entre la civilisation humaine et le paysage, entre l’éphémère et le passage du temps. Son œuvre d’alerte aussi percutante que poétique embrasse la photographie, la sculpture, la vidéo, l’intervention et l’installation. De nombreuses expositions permettent d’en découvrir la diversité : d’Artocène 2022, Charmonix-Mont-Blanc (> 17 juillet), à Novacène à Lille 3000 (>2 oct) en passant par la Biennale de Venise (> 27 nov).

Un artiste archéologue ou géologue

« Je pense qu’aujourd’hui, il est urgent de réapprendre à appréhender le monde à travers la lentille du temps lent, et le regard d’un morceau de gneiss (roche métamorphique de la croûte continentale) pourrait nous aider à calibrer notre vision du monde afin de mieux comprendre et d’accommoder des échelles de temps disparates. » déclare Julian Charrière pour qui le rapport à l’espace, au monde qui nous traverse et que nous traversons est essentiel dans sa démarche. « J’utilise certaines méthodes scientifiques, mais je me décrirais davantage comme un archéologue ou un géologue« , complète-t-il. « Je vais sur le terrain et je m’inspire de ce que je vois, puis je ramène les choses en studio et je travaille. »

Explorer et rapprocher les liens entre nature, culture et temps

Julian Charrière, And Beneath It All Flows Liquid Fire, 2019, Uncombed, Unforeseen, Unconstrained, Parasol Unit, Biennale di Venezia, Conservatorio di Musica Benedetto Marcello, Venice, Italy, 2022, Copyright the artist; VG Bild-Kunst, Bonn, Germany Photo by Jens Ziehe

Cette recherche pluridisciplinaire utilise des objets et des images pour explorer et rapprocher les liens entre l’activité humaine, l’écologie, l’environnement et le temps.  Entre deux voyages lointains, l’artiste franco-Suisse né à Morges en 1987, revient à Berlin où il est aujourd’hui basé pour y réaliser des compositions ou installations, alternant ou associant des substances biologiques et terrestres. Elles soulignent comment les systèmes écologiques peuvent présenter des traces d’énergie humaine. Que ce soit sous la forme de bulles de CO2 millénaires, libérées par la fonte des glaces, ou de diamants utilisés pour les têtes de forage pétrolières, le carbone fait partie d’un des éléments de la palette originale d’un artiste précoce et militant.
Son atelier est un laboratoire, une plateforme d’échanges et de recherches transdisciplinaires, où il ambitionne de garder une qualité poétique, esthétique et sculpturale, comme c’est le cas aujourd’hui dans l’exposition « Uncombed, Unforeseen, Unconstrained » au Conservatorio di Musica Benedetto Marcello de Venise.

Avec le thème de l’entropie, la projection de Julian Charrière, « And Beneath It All, Flows Liquid Fire » (2019), montre une fontaine en feu. C’est un enregistrement d’une performance montrée à Lugano, en Suisse, qui met en scène une tension entre l’impulsion verticale de la flamme et la tendance de l’eau de la fontaine à rechercher le niveau le plus bas. Les flammes s’élèvent des bassins à plusieurs niveaux d’une fontaine néoclassique pour former un bûcher dans la nuit. Des anneaux débordants de liquide brûlant tombent en cascade, en éclaboussures rythmiques. L’artiste décrit une fois de plus un des paradoxes de l’homme ‘civilisé’ qui met le feu à son œuvre.

Tous les moyens sont bons pour signaler nos paradoxes écologiques

Avec lui il faut s’attendre à toutes les surprises et il semble n’avoir pas de limites pour alerter le public sur les causes qu’il entend défendre. Ainsi, l’année dernière dans la Sierra Nevada, il a enroulé des couvertures d’aluminium comme des boucliers autour des bases de troncs de séquoias géants pour les protéger des incendies de forêt de plus en plus intenses et erratiques.  Il veut ainsi pointer du doigt notre ambivalence ; comment nous sommes la fois coupables et protecteurs : contribuant paradoxalement au réchauffement climatique et luttant aussi pour sauvegarder des écosystèmes compromis.

Comment nous voyons et construisons notre monde

Pour l’exposition chez Sean Kelly Gallery en 2020, Charrière a présenté Towards No Earthly Pole aux côtés de sculptures : Empire (2019), un traîneau inuit apparemment enfoncé dans le sol de la galerie, et Not All Who Wander Are Lost, de 2019 : une nouvelle série de sculptures comprenant gros rochers reposant sur des échantillons qui ont été forés dans les roches elles-mêmes.

Julian Charrière, Not All Who Wander Are Lost, 2019, Uncombed, Unforeseen, Unconstrained, Parasol unit, La Biennale di Venezia, Conservatorio di Musica Benedetto Marcello, Venice, Italy, 2022 Copyright the artist; VG Bild-Kunst, Bonn, Germany

Ces œuvres font référence aux phénomènes géologiques des « erratiques » – des pierres et des roches transportées sur de vastes distances par les glaciers, déposées de manière déroutante dans des champs vides après la fonte des glaciers. Un deuxième film, Et sous tout, coule un feu liquide, met en scène une fontaine ornementale néoclassique remplie non pas d’eau mais de flammes qu’on retrouve aujourd’hui à la Biennale de Venise et à l’exposition Utopia à Lille3000. « C’est un projet qui reflète la façon dont nous voyons notre monde et construisons notre monde » déclare Charrière.
« Not All Who Wander Are Lost » (2019) qui parle du paradoxe des blocs erratiques glaciaires : des pierres transportées sur de grandes distances par le mouvement des glaciers et exposées par la fonte, indiquant les forces géologiques. Une série de rochers perforés par des trous de forage cylindriques reposent sur leurs propres noyaux. A ces grands résidus du temps profond, Julian Charrière applique la technique du carottage pour marquer les pierres de la trace agressive d’une logique ‘extractivisme’ qui suit aujourd’hui le sillage du recul glaciaire

Un artiste toujours en expédition.

Ancien élève de l’artiste islandais danois Óliafur Eliasson (1967-) dont l’œuvre explore la relation existante entre la Nature et la technologie, Julian Charrière souligne aussi la chance qu’il a eu d’avoir au Lycée comme professeur l’artiste suisse hors normes Massimo Furlan (1965-) dont le travail se situe entre la performance et le théâtre. Ce dernier lui a appris la liberté de gommer les limites entre les genres.
« Massimo a donc été ma porte dérobée dans ce monde. Très tôt, j’ai compris qu’être un artiste me donnerait la liberté de travailler différents sujets sans être lié à une seule discipline. » confie-t-il.  « Ma pratique en tant qu’artiste est très diversifiée. D’un côté, il y a le studio à Berlin, structure stable et organisée. De l’autre, je travaille beaucoup sur le terrain, cela peut être au Groenland, en Éthiopie, en Sicile…. Partout mais toujours en contact étroit avec le paysage, le territoire, les matières brutes. »

« Mon espace de réflexion est quelque part dehors » JC

« En étudiant, j’ai appris que dans les années 1960 des artistes ont revendiqué comme de l’art le fait de marcher, d’autres le fait de creuser avec des pelles mécaniques et des bulldozers au milieu du désert. Un moment important pour moi a été la venue d’Ólafur Eliasson à l’école d’art dans laquelle j’ai passé quatre ans à Berlin. Je savais déjà qui il était, car j’avais vu des photos de sa fameuse installation, ‘The Weather Project’ pour le Turbine Hall de la Tate Modern de Londres (2003). L´idée était vraiment la construction d’une communauté artistique – presque un peu dans un esprit années 1960, un peu hippie.
Nous avons aussi voyagé en tant que classe avec mes amis. Après le printemps arabe, nous avons circulé en voiture de la Jordanie à l’Éthiopie. En route, nous essayions toujours de créer quelque chose qui témoignerait du voyage – une œuvre d’art, un journal, un carnet de voyage, une traduction de nos déplacements dans des espaces. Mon espace de réflexion est quelque part dehors. Je m’engage avec le paysage – la plupart du temps, j’ai une intuition. Il s’agit de savoir où l’endroit résonne vraiment et a sa propre voix. Ensuite, j’essaie de cristalliser ou de précipiter cette intuition dans un projet artistique
 ».

Transcender les lieux en les sortant des représentations

« Tout le monde pense connaître le pôle Nord, le pôle Sud, la région arctique. Nous avons été en quelque sorte surexposés à un certain type d’images qui nous racontent ces endroits, et ces images créent une réalité visuelle que nous partageons, une projection culturelle biaisée et subjective, un tissu narratif flexible et subjectif toujours réinventé selon les lieux, temps et cultures. Je dirais qu’en tant qu’artiste, j’aime appréhender l’art comme un outil pour parler de grandes abstractions, et celles-ci peuvent être des échelles de temps ou le changement climatique par exemple. L’art a la possibilité de rendre compte de choses que l’on ne peut normalement pas appréhender, qui transcendent une simple connaissance ou compréhension raisonnée. » confiait-il en 2021 lors d’un interview pour le Prix Marcel Duchamp.

Julian Charrière, Weight of Shadows, 2021, Pure Waste, 2021, Touching the Void, 2021, Weight of Shadows, Prix Marcel Duchamp, Centre Pompidou, 2021 Copyright the artist; VG Bild-Kunst, Photo by Jens Ziehe

Réfléchir sur les conséquences ambiguës de la corruption humaine

Les œuvres de Charrière opèrent parfois comme un postulat géophysique d’un processus qui aurait pu se produire, ou qui pourrait se produire, du moins selon une certaine logique esthétique du matériau et des sites en question. Ils vont parfois dans la direction opposée, d’une expérience de la vie réelle à sa distillation dans un objet ou une forme visuelle.
La plus ambitieuse à cet égard était sa présentation pour le Prix Marcel Duchamp 2021 impliquant la fabrication d’un diamant grâce à la technologie émergente de séquestration du carbone, à partir de l’air capturé au-dessus du Groenland combiné avec du carbone extrait du souffle humain. En mettant sous une forme tangible le cycle du carbone atmosphérique et le sens intangible de l’interférence humaine sur celui-ci, la valeur arbitraire du diamant permettait de réfléchir à nouveau sur les conséquences souvent ambiguës de la corruption humaine des processus planétaires.

La question du déplacement dans le paysage

L’une des œuvres d’art qui l’a le plus marqué est la célèbre Spiral Jetty (1970) de l’artiste américain, Robert Smithson (1938-19773) qui fut un des fondateurs du Land Art.  Rappelons que l’œuvre sculpturale est formée une digue de 457m de long en pierres de basalte sur une eau légèrement rougeâtre, qui s’enroule dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.  Au rythme de l’évaporation de l’eau et de la résurgence de la forme, la spirale est une allégorie de la Création. Symbole universel lié au culte solaire et à l’infini, l’œuvre est en mouvement perpétuel. « Ayant lu ses écrits au début de mes études, j’aimais son engagement un peu agressif avec le paysage, tout en parlant d’écologie et de durabilité. J’ai apprécié son approche presque fitzcarraldienne, intervenir dans l’immensité du désert nord-américain. » dit Julian qui pense que nous sommes le premier animal qui se perd à essayer de faire en sorte que notre environnement s’adapte à nous.

Il est urgent de donner une nouvelle acuité au regard

Pour lui comme pour les artistes du Land Art, la question du déplacement est centrale. Ils ne cessent de se déplacer pour explorer de nouveaux espaces où travailler et pour repousser en même temps les limites de l’art. Julian Charrière, à l’image de son mentor Smithson, va trouver dans l’idée d’entropie et de désordre croissant, qu’il est urgent de donner une nouvelle acuité au regard. Il invente une autre manière de regarder le paysage, cette réalité symbolique de toutes les érosions, physiques comme intellectuelles.
Dès lors, l’art réaffirme sa présence au cœur du désastre.

« Mon travail est politiquement engageant, sans être foncièrement politiquement engagé. » JC

« J’espère que si vous vous rendez dans un musée, c’est pour être déstabilisé, interpellé, stressé d’une certaine manière par des choses que vous ne connaissez pas, que vous essayez de comprendre et de leur donner un sens. Nous avons tous un rôle à jouer dans la transformation de la société. Je pense que bien souvent les artistes sont des pionniers, que leur travail et leur présence contribuent à changer la société, mais dans une temporalité très différente. L’art en tant qu’agent de transformation est plus lent. Aujourd’hui l’accès à l’information est si rapide qu’il a un effet débilisant. Au lieu de réfléchir, de s’interroger, nous demandons tout à nos téléphones, à Google. Les algorithmes remplacent peu à peu notre aptitude à réfléchir. Avec une exposition, on est dans l’incertitude. L’art est un agent de co-création de la réalité dans laquelle la société évolue : co-créer avec de nouveaux acteurs. Nous ne sommes qu’une infime partie, surtout à l’heure actuelle, dans un monde qui devient de plus en plus visuel, et dans lequel les arts se démocratisent. Aussi l’art devient de plus en plus important. » complète Julian Charrière.

Le lieu du partage de la temporalité entropique, du pouvoir structurant de la survie.

« L’esprit humain et la Terre sont constamment en voie d’érosion ; des rivières mentales emportent des berges abstraites, les ondes du cerveau ébranlent des falaises de pensée, les idées se délitent en blocs d’ignorance et les cristallisations conceptuelles éclatent en dépôts de raison graveleuse. » affirmait Robert Smithson dans ‘Une sédimentation de l’esprit : Earth projects

Si l’érosion physique et mentale existe, Julian Charrière nous convainc qu’une autre poétique existe et nous invite à sortir de toute attitude nostalgique. En produisant des images et des ‘objets’ l’artiste invente des dispositifs et des œuvres protéiformes qui, s’inscrivant dans le processus global de dégradation entropique, y réinscrivent de la détermination et de la forme. Faire œuvre, c’est ressaisir ce qui se défait dans une organisation inédite en prenant appui sur une énergie nouvelle. Julian Charrière nous montre que des processus organisationnels peuvent, dans le cadre limité du vivant, retarder les effets délétères.  La Nature, c’est le lieu du partage de la temporalité entropique dans l’expérience. Re-penser la Nature, c’est se soumettre volontairement à la temporalité catastrophique qui entraîne le monde dans sa généralité et l’individu dans sa singularité. C’est parce que, à partir de la destruction et de l’obsolescence, le public et l’artiste sont capables de construire un récit qu’apparaît une dialectique à partir de laquelle l’entropie se retourne en pouvoir structurant de la survie.

Un archéologue-géologue-philosophe-poète positif que les lecteurs de Singular’s auront plaisir à découvrir en visitant ses nombreuses expositions estivales.

Pour suivre Julian Charrière

Le Site Julian Charrière

Ses galleries

Julian Charrière, Metamorphism, 2016, And Beneath It All Flows Liquid Fire, 2019, Novacène, Utopia, lille3000, Lille, France, Copyright the artist, VG Bild-Kunst, Bonn, Germany, Courtesy lille3000, Photo by lille3000

Agenda

  • Jusqu’au 17 juillet 22, Julian Charrière, Artocène 2022, Artocène, Charmonix-Mont-Blanc
  • Jusqu’au 17 juillet 22, Im Wald (exposition collective), Schweizerisches Nationalmuseum, Zurich
  • Jusqu’au 7 aout 22, Before · Between · Beyond. The collection in transition (exposition collective), Aargauer Kunsthaus, Aarau
  • Jusqu’au 14 aout, 22, Welt aus den Fugen – 9 zeitgenössische Installationen (exposition collective) Kunstmuseum Winterthur, Winterthur
  • à partir du 4 septembre, Langen Foundation
  • Jusqu’au 11 sept, Vertigo (exposition collective), ARoS Aarhus Kunstmuseum, Aarhus
  • Jusqu’au 24 sept 22, Biennale Bregaglia 2022, (exposition collective) Biennale Bregaglia, Vicosoprano
  • Jusqu’au 25 sept 22, Homosphere, (exposition collective) Kunsthalle Mainz, Mainz
  • Jusqu’au 2 octobre, Novacène, Utopia Lille 3000 Gare Saint-Sauveur, ‘And Beneath It All Flows Liquid Fire’
  • Jusqu’au 10 nov 22, Apocalypse – End Without End (exposition collective), Naturhistorisches Museum, Bern
  • Jusqu’au 27 nov, Uncombed, Unforeseen, Unconstrained (exposition collective by Parasol Unit) Conservatorio di Musica Benedetto Marcello di Venezia
  • Jusqu’au 31 mars 2026 Collection Boros #4 (exposition collective) Boros Collection, Berlin

Nouvelle œuvre dans la collection du FRAC Alsace Polygon XXVIII, photographie et la vidéo Somewhere.

Au commencement de la série de photographies Polygon (2014) et de la vidéo Somewhere (2014), il y a une nouvelle de J.G Ballard intitulée The Terminal Beach (La plage ultime en français), parue en 1964. Dans ce court récit, le grand romancier anglais et maître de la prospective fiction y décrit l’errance physique et mentale d’un homme au milieu des bâtiments décatis d’un ancien site nucléaire.

Julian Charrière, Polygon XXVIII, 2014 FRAC Alsace, Photo Julian Charrière Adagp, Paris

Fort de cette inspiration, Julian Charrière s’est rendu en 2014 à Semipalatinsk, au Kazakhstan, l’un des principaux sites d’essais nucléaires soviétique. Le lieu, immense et désolé, est aujourd’hui abandonné ; n’en subsiste qu’une lande peuplée çà et là d’architectures imposantes et brutalistes. Ces complexes, abritant jadis des réacteurs nucléaires, sont désormais des vestiges et Julian Charrière les photographie tels des monolithes de l’ère atomique, des monuments paradoxaux au « progrès » scientifique. Ces larges clichés figés en noir et blanc (ici, Polygon XXVIII) accusent à leur surface une forme de brume lumineuse qui vient en partie flouter le rendu des bâtiments. Ce « dépôt » est la trace de la radioactivité encore puissante du site, l’artiste ayant faire réagir la pellicule – selon un procédé découvert par le physicien français Henri Becquerel en 1896 – avec les strates thermonucléaires du site. C’est d’ailleurs par un plan rapproché sur un ancien modèle de détecteur de Becquerel, trouvé dans un musée sur place, à Semipalatinsk, que s’ouvre la vidéo Somewhere. Tournée en couleur, cette dernière absente volontairement tout repère temporel et explore méticuleusement le site en multipliant les points de vue, passant d’un travelling panoramique du lieu à la verticalité fragile des quelques tours encore debout. Cette promenade méditative, voire mélancolique, parvient à capter la démesure du lieu mais également son ambiance pesante et sa poésie lugubre. L’artiste y révèle toute sa beauté ambiguë, un espace archéologique quasi infini à la croisée du site de land art et du cimetière à ciel ouvert. Envisagé comme l’incarnation la plus analogue d’un paysage post-apocalyptique, on ne sait, finalement, si Semipalatinsk est le vestige d’un passé lointain ou la préfiguration d’un futur proche.

Pour un autre point de vue sur le thème de l’Homme et la Nature, lire :
Planète B, Le sublime et la crise climatique » de Nicolas Bourriaud Ed Radicants, publié à l’occasion de l’exposition éponyme présentée à la Biennale de Venise, Palazzo Bollani, Castello 3647, jusqu’au au 27 novembre 2022
En modifiant notre relation collective à la planète, le réchauffement climatique a eu un impact sur le regard des artistes. Aujourd’hui, le concept romantique du « sublime » prend une nouvelle actualité : basé sur les rapports entre l’humain et la nature, défini comme un sentiment de « plaisir mêlé de terreur » et par le contraste entre l’individu et l’immensité, le sublime devient la notion esthétique qui détermine l’anthropocène.
Nicolas Bourriaud réunit des artistes du monde entier dans une exposition en trois actes : 1. Toute exposition est une forêt. 2. Charles Darwin et les récifs coralliens. 3. La mort tragique de l’île de Nauru.

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