Culture

L’Enlèvement, de Grégoire Kauffmann (Flammarion) lu par Patrice Gree

Auteur : Patrice Gree
Article publié le 6 octobre 2023

Après Thierry Dussard qui a lu L’Enlèvement et interviewé son auteur, Grégory Kauffmann, Patrice Gree a lui aussi été frappé par le récit du fils de Jean-Paul Kauffmann, libéré en 1988 après une séquestration de 1 078 jours. La grande force de ce récit, écrit 35 ans après les faits, c’est de nous plonger à travers la tragédie vécue par cette famille jusque dans sa vie quotidienne, dans le grand bain politique des années 80.

Aéroport de Villacoublay, 5 mai 1988, 10h25… Un Falcon 50 se pose sur le tarmac ! Trois hommes, en blouson d’aviateur, un peu hagard, comme sonnés, en descendent ! L’avion vient de Beyrouth, eux… reviennent de l’enfer ! Ils s’appellent Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann ! Chirac et Pasqua sont là ! Un peu raides, ils semblent étrangement seuls au milieu d’une petite foule émue, qui commence à chavirer devant la passerelle !

Soudain un enfant fend la foule des officiels, des amis, de la famille et se jette à corps perdu dans les bras de son père…qui met une longue seconde à le reconnaitre !

Cette seconde-là pèse trois ans d’absence, trois ans de tristesse, trois ans d’espoirs déçus, trois ans d’angoisse, trois ans de colère ! Cette seconde d’éternité clôt d’un coup, trois années de trouille au ventre. L’adolescent s’appelle Grégoire, c’est le fils ainé de Jean-Paul Kauffmann. Il avait 11ans le jour de l’enlèvement, 14 celui de la libération. Impossible de regarder à nouveau ces images sans être encore secoué des pieds à la tête.

Trente-cinq ans plus tard Grégoire Kauffmann raconte dans « L’Enlèvement » le combat acharné de sa mère, ici en France, pour là-bas au Liban, faire libérer son père.

Ce n’est pas un livre sur Jean-Paul Kauffmann , c’est un livre sur sa femme …Joëlle Kauffmann.

Ce récit pourrait s’intituler « la gloire de ma mère » tant cette femme s’est battue avec une énergie folle pour que son mari enchainé au fond d’un trou, ne meure pas d’oubli ! Qu’y—a-t-il de pire que de tomber dans un trou de mémoire ? Durant trois ans elle remuera sans relâche ciel et terre, presse et télé, politiques et showbiz, famille et amis pour qu’on parle des otages du Liban.

Pour que son mari entende, par-delà la Méditerranée ses cris poussés partout en France.

Les copains issus de la gauche soixante-huitarde se mobilisent en comité mais ratissent bien au-delà de leur périmètre politique. On a besoin de tout le monde et tout le monde est là…au début ! Passé la première année, devant l’absence de résultat, un débat rugueux s’engage à gauche comme à droite, chez les amis aussi, sur la stratégie à adopter.
La discrétion recommandée par les politiques serait-elle plus payante que l’agit trop permanent mené par Joëlle Kauffmann ? Cet agitprop qui met en évidence l’impuissance des hommes au pouvoir.

La grande force de ce récit c’est de nous plonger à travers la tragédie vécue par cette famille jusque dans sa vie quotidienne, dans le grand bain politique des années 80.

Les désillusions de la gauche, le retour au pouvoir de la droite et l’utilisation politique de cette prise d’otages que l’une et l’autre tenteront en période électorale… La volonté sincère de libérer les prisonniers n’excluait pas une part de petits calculs cynismes ! Roland Dumas est habillé pour plusieurs hivers et pas en pompes Berluti ! Jean Marie le Pen qui proposait d’abandonner les otages, plutôt que de payer la rançon, se reçoit au visage, un crachat de Joëlle.

Un homme dans le champ politique échappera au tir groupé de Grégoire Kauffmann : Jean Charles Marchiani. Un barbouze comme le nommait la gauche. Un proche de Pasqua qui flingue à la ceinture rentrera en contact direct avec les ravisseurs et…ramènera sain et sauf les otages.

Dans la famille Kauffmann

Le corse est un intouchable, un demi-Dieu à l’extrême opposé de leur milieu, de leur culture, de leurs opinions politiques, de leur tribu…avec lequel ils aiment se charrier ! Grégoire l’enfant qui se jeta comme un fou dans les bras de son père raconte sa famille, son adolescence chahutée de presque petit voyou à Henri IV. C’est un récit intense, cruel, honnête !

On ne saura de Jean-Paul Kauffmann que ce qu’il était avant, rien de ce qu’il vécut pendant ni de ce qu’il devint après. Comme une cure totale de discrétion après le spectaculaire affichage médiatique organisé par sa femme, de 85 à 88. Il laissera passer ses angoisses dans son très beau récit « la maison du retour » et ses joies dans la dégustation des vins de Bordeaux, un cigare aux lèvres, un livre entre les mains.

#Patrice Gree

Pour suivre Grégoire Kauffmann

Retrouvez les publications de Grégoire Kauffmann

Agenda des signatures 2023

  • Vendredi 29 septembre à 18h00, Quimper Librairie & Curiosités
  • Samedi 30 septembre à 14H00, Quimperlé Espace E. Leclerc
  • Dimanche 1er octobre, Noisy le Roi Salon du livre
  • Vendredi 06 octobre à 15H30, Blois « Rendez-vous de l’histoire »
  • Lundi 09 octobre à 19H00, Paris Librairie Compagnie
  • Jeudi 19 octobre à 18h30, Paris Librairie La Nouvelle Page
  • Lundi 23 octobre à 18h00, Toulouse Librairie Ombres Blanches
  • Vendredi 3 novembre à 18H00 Brest Librairie Dialogues
  • Samedi 4 novembre à 18H, Dieppe Librairie La Grande Ourse
  • Mardi 08 novembre à 19H00, Paris Librairie Les Traversées
  • 10-12 novembre, Brive Foire du livre
  • Jeudi 23 novembre à 18H00, Bar le Duc Librairie La Fabrique
  • Dimanche 26 novembre, Asnières Salon du livre d’Asnières
  • 2-3 décembre, Roquebrune Cap-Martin Fête du livre
  • Jeudi 7 décembre à 19H00, Tours Librairie La Boite à livres

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