Culture
Les jardins de Torcello, de Claudie Gallay (Actes Sud), Venise, ville de ruptures
(Carnets ouverts) Claudie Gallay est une véritable amoureuse de Venise. Elle l’a déjà prouvé en 2005 avec son premier roman Seule Venise (éditions du Rouergue). Elle sait la décrire, la ressentir, s’y perdre pour mieux s’y ancrer. Elle sait également que Venise n’a rien d’une ville mièvre pour amoureux, comme sa réputation tend trop à la réduire.
Dans Les jardins de Torcello (Actes Sud) Venise est une ville de ruptures. Elle est fragile. Elle respire la beauté envoutante, presque mystique de la nostalgie et du temps qui passe. Ce récit subtil a donné envie à Sylvie Arzelier de passer un mois seule dans l’ envoutante Cité des Doges.
Une ville de ruptures

Instantané d’un mois à Venise photo Sylvie Arzelier
Une jeune française, Jess, tente de fuir son passé douloureux en jouant la guide à Venise pour subvenir à ses besoins. Une ville qu’elle connait mal au début. Et on la suit dans les ruelles qu’elle tente de mémoriser et de cartographier mentalement.
« Au début, elle ne retenait rien. A présent, elle est capable de dessiner tous les bâtiments, de la Douane de Mer jusqu’à la pension. Les murs, les ponts, les toits. Elle les trace, d’un jet, sans regarder, sous forme d’esquisses, et de mémoire. (…) le pont de la Calcina…. »
C’est exactement là, à quelques pas des Zattere, que j’ai eu envie de passer quelques semaines à seule à Venise.
Mais revenons à l’histoire.

Instantané d’un mois à Venise photo Sylvie Arzelier
Alors que son propriétaire lui demande de quitter l’appartement qu’elle occupe gracieusement moyennant quelques travaux d’entretien, il lui recommande de prendre contact avec Maxence, un célèbre avocat pénaliste, qui vit sur l’île de Torcello avec son jeune compagnon, Colin. Il a besoin d’une personne pour s’occuper des repas, des courses, de la maison. Ce sera Jess. Rapidement, la jeune femme se laisse envoûter par l’atmosphère unique de l’île, et le magnétisme de son hôte, dont l’amour, pour le fougueux Colin, est mis à l’épreuve de ses amours d’été.
Jess ne cesse de faire des allers et retours entre Torcello et Venise. On prend un immense plaisir à suivre la narratrice dans ses déambulations, tant dans ses pas que dans ses réflexions. Ses visites guidées nous font découvrir des ruelles oubliées et des ponts solitaires, sur lesquels ne s’aventurent pas les touristes et qui font la beauté de la ville. Et des pépites inattendues aussi.
« Le bruit a circulé. Banksy est là, à Venise. Banksy est venu ici, en pleine nuit et il a peint cet enfant. Il a du le peindre en équilibre sur une barque. »

Instantané d’un mois à Venise photo Sylvie Arzelier
A la recherche de cette trace.
J’ai suivi les indications de l’autrice, consulté Internet et retrouvé le Banksy. Sur le bas du mur d’un palais vénitien abandonné, au ras de l’eau, un enfant, peint à la bombe noire, vêtu d’un gilet de sauvetage, et portant une fusée éclairante rose fluo à la main, surgit des flots. Une référence au sort des migrants dans la crise mondiale des réfugiés. Créée pendant la Biennale d’art contemporain en 2019, l’oeuvre se situe sur le canal Rio de Ca Foscari à côté du Ponte di San Pantalon sur le Rio Novo.
Puis évidemment il y a Torcello.
Saturée de soleil et de chaleur en été et presque hostile à l’arrivée de l’hiver. Mais baignée d’une lumière et d’une mélancolie palpable.
« Sur l’ile, l’air sent fort l’iode. Il sent les algues. Les vêtements s’en imprègnent. La peau. Les lèvres. »

Instantané d’un mois à Venise photo Sylvie Arzelier
Entre deux plaidoiries, Maxence tente de restaurer les anciens jardins de sa propriété du XVIIe siècle au charme suranné, et de les sauver de la montée des eaux.
« Il a entrepris de recréer les jardins, en suivant les plans vieux de quatre siècles (…) Il voulait replanter, à l’identique, même nombre de rangs, de pieds, retrouver des graines des légumes anciens. L’eau n’emporte pas seulement de la terre et des plantes, elle emporte aussi de la mémoire. »
C’est sur cette île oubliée de la lagune, pourtant à moins d’une heure de Venise, que Jess tente de se reconstruire et trouver un sens à sa vie, après une période de flottement. Elle nous partage sa relation avec cet avocat parfois irascible mais intellectuellement tellement séduisant. Avec Colin, si désagréable avec elle. Avec Elio, l’homme de main complètement hermétique.

Instantané d’un mois à Venise photo Sylvie Arzelier
Le récit d’une véritable amoureuse de Venise
Ode à la lagune, aux relations humaines et à la nature, l’écriture de Claudie Gallay est limpide, fluide et empreinte d’humanité. Son premier roman, comme ce nouveau récit si subtil, m’ont donné envie à de prendre du temps pour mois. Prendre du recul aussi, à la recherche d’un autre souffle pour démarrer un nouvelle partie de ma vie.
J’ai passé un mois seule à Venise. Rien ne me l’a fait regretter !
Auteur de l'article

Pour suivre Claudie Gallay
Bibliograhie (extrait)
- Les jardins de Torcello (Actes Sud, 2025)
- Avant l’été (Actes Sud, 2021 – Babel, 2023)
- Victor (Actes Sud, 2022)
- Les Manchots de Mandela (Actes Sud, 2021)
- La Beauté des jours (Actes Sud, 2017 – Babel, 2019)
- Détails d’Opalka (Actes Sud, 2014)
- Une part de ciel (Actes Sud, 2013, prix Terre de France – Babel, 2014),
- Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle – Babel, 2011)
- Les Années cerises (Actes Sud, 2011)
- Seule Venise (éditions du Rouergue 2004, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay)
Signatures 2025
- 4, 5 6 avril, Printemps du livre de Grenoble
- 17 et 18 mai, signature au 11e Salon du Livre de Hyères entourée de 150 auteurs
- 14 et 15 juin, Festival du LAC à Collong-Bellerive (Suisse)
- 21 et 22 juin, Salon de Locmariaquer, Bretagne
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