Philippe Herreweghe, un oiseleur qui pense

Pionnier du mouvement baroque, le chef Philippe Herreweghe propose une synthèse passionnante du patrimoine musical occidental à la fois cohérente et débarrassée de tout anachronisme.

Aux côtés des hérauts européens des années 70 et 80 d’une interprétation sur instruments anciens, les Harnoncourt, Leonhardt, Gardiner, Savall, Christie & friends, l’aventure du chef Philippe Herreweghe avec le label indépendant Harmonia Mundi s’est enrichie de 1981 à 2008 d’une centaine de conquêtes esthétiques et sonores sur quatre siècles de musique occidentale. Le coffret édité pour les 70 ans du chef en cristallise une synthèse passionnante.

Philippe Herreweghe, un oiseleur qui pense

Une collaboration discographique de trente ans

A la pointe de la relecture du répertoire

Le fondateur du chœur Collegium Vocale Gent (1970), de l’ensemble de la Chapelle Royale (1977) dédié au baroque, puis de l’Orchestre des Champs Elysées (1991) pour le XIXè siècle n’a cessé de se forger et de peaufiner les meilleurs outils pour relire voire bousculer le répertoire qu’il embrasse dans son ensemble. « La musique occidentale a été polluée par une conception de l’émotion trop restreinte. Le spectre comme celui qui dominait il y a 30 ans, pouvait verser dans le sentimentalisme. Une véritable émotion se structure. La séduction pure d’un instrument baroque est destinée à rendre audible des structures émotionnelles complexes », déclare-t-il.

L’exigence des visionnaires

Le pourfendeur du business de la culture n’a pas seulement contribué à la réhabilitation ‘dans leur jus’ de compositeurs de la Renaissance (Palestrina, Desprez, Lassus, Hassler…) ou au retour aux sources de ceux du Grand Siècle (Du Mont, Gilles, Campra, …) ou des Lumières (Bach, Rameau,..), il a su les mettre en apesanteur, libérer des instants de pure jubilation et d’extase. Sans jamais oublier qu’au-delà de toute ambition d’interprétation ‘authentifiante’, c’est d’abord l’émotion inhérente à la musique qu’il convient de libérer.

Une interprétation sera toujours le fruit de son temps

Si cette conviction des ‘baroqueux’ a désormais conquis son public et investi les orchestres et institutions réputées les plus conservatrices, Philippe Herreweghe n’a jamais perdu son esprit de liberté pour se consacrer aussi aux compositeurs du XXè siècle (Schoenberg, Weill), et du XIXè (Berlioz, Brahms, Bruckner, Mendelssohn, Fauré). A ceux qui ne comprenaient pas son parcours de Bach à Weill, il lançait qu’« Il y a plus de cohérence entre Bach, Stein, Schütz, Bruckner et même Webern qu’entre Bach et Haendel, que seuls unissent le hasard chronologique et quelques détails d’écriture. »

Convaincu que les vraies correspondances stylistiques sont à creuser au-delà de repères chronologiques simplificateurs, l’essentiel reste dans la traque des spécificités de chaque partition, et le dépoussiérage des habitudes pour en raviver les couleurs et les émotions. Avec un esprit d’émulation des premiers jours.

Depuis 2010, Herreweghe poursuit sa quête d’idéal avec son propre label Phi (Outhere).