Culture

Pour Add Fuel, les carrelages sont à l’extérieur et non à l’intérieur.

Auteur : Baptiste Le Guay
Article publié le 26 septembre 2022

Le festival Urban Week organisé à La Défense a été l’occasion de rencontrer une douzaine d’artistes sélectionnés par Quai 36. Add Fuel, artiste portugais originaire de Cascais synthétise brillamment deux expressions à priori opposées, la tradition de l’azulejo  puisant à travers l’héritage de la céramique portugaise émaillée et des référents visuels contemporains, la répétition symétrique, et l’illusion du trompe l’œil. Singular’s est allé à sa rencontre pour comprendre ses inspirations et son processus créatif.

Add Fuel travaillant sur Deepset Offset pour l’édition Urban Week La Défense 2022 Photo Quai 36 © Julie Montel

Singular’s : Votre travail est inspiré de l’azulejo, la céramique portugaise traditionnelle, comment cette inspiration est arrivée dans votre production artistique ?

Add Fuel : J’ai commencé à travailler intuitivement avec ce type de procédé, depuis 2008 maintenant. Etant Portugais, les carrelages sont très présents dans ma vie quotidienne, ils sont très présents dans les façades des bâtiments au Portugal et dans ma ville Cascais. J’ai toujours été fasciné par les motifs, et la possibilité d’en créer moi-même. J’ai un style de dessin qui retranscrit mon univers. A un moment, j’ai eu une invitation pour créer un projet pour ma propre ville et je me suis demandé comment mon travail peut être relié avec l’héritage d’être Portugais.

J’ai décidé de mixer mon style de dessin avec les motifs reliés à l’esthétique de l’azulejo,
c’était un procédé naturel pour moi.
Add Fuel

Singular’s : Est-ce que vous pouvez expliquer votre technique, vous coupez des pochoirs pour les remplir de couleur avec des bombes de peinture ?

Add Fuel, 2eme désintagration 24 bis boulevard du général Jean Simon, 75013, Paris., Paris, 2019 Photo Galerie Itinérance

Add Fuel : Je commence par dessiner. Au début, je faisais des croquis sur papier donc ça me prenait beaucoup de temps, et puis j’ai commencé à dessiner sur ordinateur pour faire mes pochoirs. Il y a quelques années, j’ai commencé à dessiner digitalement sur mon Ipad, mais le procédé débute toujours par un dessin. Ils peuvent être inspiré d’un motif existant, ou de mon imagination, comme un motif traditionnel sans référence particulière.

Depuis ce dessin digital, il peut se transposer sur plusieurs plateformes comme une sérigraphie ou une céramique, les médiums peuvent être multiples. Il y a une couche de couleur pour séparer les motifs, il faut que ce soit fait d’une façon où les pochoirs gardent une structure, comme des ponts, puis c’est divisé en couleurs où chaque pochoir peut en avoir plusieurs. Le pochoir que j’utilise est fait en plastique afin d’être suffisamment résistant pour être utilisé plusieurs fois, pas comme le papier où il serait imbibé de peinture. Les pochoirs sont découpés à l’aide d’une machine laser car il y a beaucoup de détails à l’intérieur de ces derniers. Les couper à la main est très douloureux (rires).

Je change normalement mes pochoirs mais il m’arrive de les ré-utiliser, comme c’est le cas du mural ici à la Défense.

Add Fuel Photo Galerie Itinérance

Singular’s : Est-ce important pour vous de travailler dans la rue, en extérieur (décorations de murs, de bâtiments, d’escalier, de pont sur une route), qu’est-ce que ça représente pour vous de décorer l’espace public ?

Add Fuel : Le fait que mon travail soit dehors est très représentatif du carrelage, pour moi les carrelages sont à l’extérieur et non à l’intérieur. Bien sûr, ils peuvent être à l’intérieur d’une cuisine ou d’une salle de bain dans une maison, mais étant Portugais, nous avons tellement de carrelages dehors ! J’ai fait du graffiti plus jeune donc peindre des murs n’est pas quelque chose de nouveau pour moi. Quand j’ai commencé le travail du carrelage, j’ai commencé avec de la vraie faïence. Lorsque j’ai eu l’opportunité de travailler à plus grande échelle, j’ai utilisé des pochoirs. Cela a du sens que je travaille dehors avec les carrelages, je crois que c’est le fait d’être Portugais (rires).

Add Fuel. Nova, Portugal. Photo Galerie Itinérance

Singular’s : Dans votre travail, nous pouvons souvent voir une image déchirée, qui en dévoile une autre, à la manière d’un livre qui a différente page, chaque couche raconte une autre histoire. Est-ce que c’est une manière d’apporter un contraste entre les images ou une autre raison ?

Add Fuel Interlaced Photo Galerie Itinérance

Add Fuel : Mon travail a de lui-même différentes couches d’images que nous pouvons voir. De loin, ça ressemble au traditionnel azulejo, et quand le spectateur se rapproche ça a l’air différent avec des visages, des nouvelles images et des éléments inattendus. Le fait que je « déchire » l’image apporte une déconstruction du matériel lui-même. Je le fais également avec de la céramique, car en studio je travaille avec de la vraie faïence en la découpant. Je déconstruis le matériel en rendant quelque chose de très rigide et dur en quelque chose de fragile, faisant croire qu’il a été déchiré à la main.

Il est intéressant pour moi d’avoir une idée
de ce qui pourrait se trouver sous le mur.

Mon travail s’appuie sur l’héritage de la culture Portugaise, donc ce qu’il pourrait y avoir en dessous de la surface. L’effet 3D donne un effet de profondeur, comme s’il y avait le passé sous le mur. Les dessins ne sont pas découpés de manière diagonale mais plutôt d’une manière géométrique, ressemblant à des vignettes de bandes-dessinées. Sur un mur, il peut y avoir cinq muraux différents avec un motif différent sur chacun.

Add Fuel, Deuxième Désintégration, 2019 Photo Galerie Itinérance

Singular’s : Vous incorporez des personnages de dessins animés comme Mickey ou des objets fictifs comme le sabre laser de Star Wars, de quelle manière la pop culture vous influence dans votre travail, est-ce une manière de mettre votre personnalité en avant sur les azulejos ?

Add Fuel : Je n’aime pas utiliser des éléments de la pop culture de manière trop évidente, qu’ils soient trop gros ou trop présents. Le spectateur doit regarder dans les motifs pour les découvrir, parfois ils sont présents, mais pas toujours. Certains sont faciles à comprendre comme le sabre laser, parfois ce sont des personnages de dessins animés ou de jeux vidéo qui sont mis dans les motifs. J’aime mettre des éléments de choses qui m’ont développé en tant qu’être humain. Je suis un grand fan de films de science-fiction, de jeux vidéo, de dessins animés ou de bandes dessinés.

C’est ma personnalité qui passe dans mon travail,
j’aime juste le faire d’une manière subtile.

Add Fuel Miami Vibe Miami 2018 Galerie Itinérance

Propos recueillis et traduits par Baptiste Le Guay, 15 septembre, Urban Week

Pour suivre Add Fuel

Add Fuel. XVII-XXI Montréal 2018 Photo Galerie Itinérance

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