Retour au Pic Saint-Loup, cru du Languedoc entre mer et Cévennes

Au sein du vaste vignoble du Languedoc, le Pic Saint-Loup (Hérault) jouit d’un statut particulier. Le vignoble situé entre mer et Cévennes produit des vins rouges et rosés qui plaisent en toute saison. Singular’s vous l’a fait découvrir au printemps. Suite de la sélection des meilleurs domaines du Pic.

Lorsqu’on est à Montpellier, il y a deux façons de se rafraîchir. On peut prendre le tramway pour aller à la plage et goûter la fraîcheur de la Méditerranée. Mais pourquoi ne pas prendre l’option altitude et grimper vers le nord en direction du Pic Saint-Loup ? Celui qui a donné son nom à l’appellation culmine à 658 m. Lui et son voisin le causse de l’Hortus (512) se dressent au milieu des vignes, depuis les faubourgs de Montpellier, au sud, jusqu’aux premières marches des Cévennes, à la limite entre les départements de l’Hérault et du Gard.

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Dans les vins du Languedoc, les Pic Saint-Loup ont conquis leur appellation depuis 2017.

Quels vins au Pic Saint Loup (voir 1ére sélection singular’s) ?

Les vins du Pic Saint-Loup se sont inscrits dans la hiérarchie des crus du Languedoc, en rouge et en rosé pour obtenir une première reconnaissance sous Languedoc Pic Saint-Loup en 1994. Tel le roi Chambertin qui se passe du nom de son village Gevrey (devenu Gevrey-Chambertin) car il est un grand cru, Pic Saint-Loup jouit depuis 2017 de sa propre dénomination. Son nom trône depuis seul sur l’étiquette. Il reste relativement rare avec seulement 1 200 ha en production, soit une goutte dans les 37 000 ha du Languedoc (6 millions de bouteilles sur les 178 millions produites chaque année).

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Jean Orliac, pionnier du Pic, créateur du domaine de l’Hortus, entouré de trois de ses enfants. Les quatre sont désormais installés sur le domaine de famille. Photo © Domaine de l’Hortus

Jean Orliac, un des vignerons emblématiques du Pic

Jeune diplômé de l’école d’agronomie de Montpellier et passionné d’escalade et de nature sauvage, Jean Orliac a découvert les falaises de l’Hortus et du Pic où quelques parcelles abandonnées lui donnent l’idée du potentiel extraordinaire de ces cônes d’éboulis. Il commence par défricher, planter et se familiariser avec l’environnement et attend 15 ans pour vinifier son premier millésime en 1990. Aujourd’hui, il a la chance de constater que ses quatre enfants sont revenus à la propriété, chacun à son moment, chacun avec sa personnalité et son expérience. La réputation du domaine de L’Hortus est désormais solide, basée de façon simple sur deux cuvées, la grande cuvée et la bergerie. Le grand vin de 2017 est une réussite épicée, avec des notes de rose poivrée, qui se distingue par sa forte personnalité en bouche, sa tenue, ses tanins souples. Un classique pour la table qu’on oublie pendant l’été pour assouvir sa soif de fraîcheur, à défaut de rosé, avec les blancs (mais sans l’appellation Pic) ou le rouge de la Bergerie.

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Les Grandes Costes 2015. Photo © Isabelle Bachelard

Jean-Christophe Granier, le retour à la terre des ancêtres

Il n’y a pas de vin rosé non plus chez Jean-Christophe Granier au domaine Les Grandes Costes. Il en avait assez de se faire reprocher un rosé trop coloré pour les canons modernes de la pâleur : « Il ressemblait trop à un rouge. Alors j’ai créé, pour me démarquer de mes « grands » vins le Mas Canaille en IGP Saint-Guilhem-le-désert Val de Montferrand ». Tout en fruit et fraîcheur, il permet d’attendre les soirées tempérées pour savourer Les Grandes Costes 2015, un rouge nuancé aux parfums de garrigue et d’épices, de bois et de fruits rouges, qui commence tout juste à se révéler (il gagne à être décanté une heure avant le service pour détendre ses tanins et peaufiner ses parfums).
Né au pied du Pic Saint-Loup, Jean-Christophe Granier a bouclé la boucle en revenant au pays, après une dizaine d’années à Paris où il a appris le vin en tant que commercial à La Revue du Vin de France. « Les Bourguignons m’ont donné envie de faire ce métier. Mon grand-père avait arrêté la vigne à 88 ans, il n’y a qu’une génération de sautée ». Jean-Christophe a gravi les échelons de vigneron en travaillant comme un fou sept jours sur sept pendant douze ans. Il respire un peu plus maintenant, peaufine l’élevage de ses cuvées et attend encore plusieurs années pour vendre des vins au moment où le grand public peut vraiment l’apprécier. On apprécie l’effort.

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La vigne en été : un peu de vert dans la garrigue. Photo © Isabelle Bachelard

Au royaume de la Syrah

Pour les lecteurs qui ne se reporteront pas à notre précédent papier intitulé ‘Pic Saint-Loup, un sommet du Languedoc viticole’, il faut rappeler que le Pic se distingue par deux caractères principaux hormis ses terroirs, un encépagement de 50% minimum de Syrah et une singularité climatique qui le rend plus frais et plus arrosé que le reste de la région pourtant bien méridionale.

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Le palmarès Pic Saint-loup. Photo © Isabelle Bachelard

Découvertes et talents confirmés

La dernière dégustation à l’aveugle de Pic Saint Loup nous a permis de découvrir de nouveaux venus et de retrouver des talents confirmés :

  • Celui d’Anne-Lise Fraisse au Domaine de Villeneuve, dont le 2015 séduit pas son style fruité, mais fin et stylé en bouche, aux parfums très longs, issu d’un assemblage riche en mourvèdre.

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    Anne-Lise Fraisse, Domaine de Villeneuve. Photo Pierre d’Ornano

  • Le Chemin des Rêves et sa cuvée Gueule de Loup est un 2017, donc très jeune et forcément marqué par son élevage en barriques mais il frappe par sa texture serrée et sa pureté qui encouragent à l’attendre.
  • Le Domaine de la Perrière présente aussi un 2017 qui bien qu’élevé sans bois, a aussi besoin que ses tanins et ses épices se fondent. Il a déjà la finesse et l’élégance du Pic.
  • Terres des Cambon, le domaine du dynamique Jean-Pierre Girard, un local pour qui la vigne n’est pas encore une activité principale puisqu’il est spécialiste de la logistique des produits sensibles, comme les médicaments et le vin. Il a racheté deux propriétés voisines en 2016 afin de reconstituer le domaine tel qu’il était il y a 150 ans, et lui a donné le nom de la famille qui le possédait, les Cambon. L’assemblage syrah/grenache 80/20 convient à la cuvée Ampelos, vieillie en fût de 400 litres, qui donne un 2015 ouvert, nuancé, profond, complexe, où parait la signature du terroir et de son vigneron.
  • Le Mas Bruguière , retrouvé avec plaisir, dont la cuvée l’Arbouse en 2017 séduit déjà par ses parfums de fleurs et de garrigue, même si on préférerait l’attendre quelques années avant de la déguster.
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Suite du palmarès Pic Saint-Loup. Photo © Isabelle Bachelard