Théâtre en juillet : Une actrice, L’Idiot, Où est Jean-Louis ?

Voici une sélection éclectique pour finir en beauté la saison. Si vous affectionnez les pièces classiques, rendez-vous au Théâtre 14 ou au OFF d’Avignon, pour découvrir « L’Idiot ». Pour les adeptes du rire, direction le Théâtre de la Michodière, avec « Où est Jean-Louis ? », à l’affiche tout l’été. Quant aux amoureux des spectacles intimes, « Une actrice », au Théâtre de Poche-Montparnasse devrait vous séduire.

Une actrice, de Philippe Minyana (Théâtre de Poche-Montparnasse)

Une heure à partager et savourer l’intimité de Judith Magre, comme si vous étiez invité à prendre un verre chez elle. C’est l’impression que vous aurez en vous rendant au Théâtre de Poche-Montparnasse, admirer cette grande actrice de 91 ans, couronnée de nombreux prix (syndicat de la critique, Plaisir du théâtre, Molières…).
La pièce débute par une interprétation d’André, un monologue de Philippe Minyana, auteur de plus de 35 pièces et récipiendaire du prix Théâtre de l’Académie Française en 2010. Judith Magre y incarne Anne-Laure, une femme tombée amoureuse de son mari « le jour du dos ». Puis la comédienne est rejointe par Thierry Harcourt. L’arrivée du comédien et metteur en scène, qui interprète un journaliste, permet au texte de glisser intelligemment vers le récit entrecoupé de la vie de Judith Magre. Une existence riche et trépidante, ponctuée de rencontres avec les célébrités de l’époque, Simone de Beauvoir, Céline ou encore Giacometti. Mais aussi et surtout, une vie dévolue aux textes et aux mots ; au service de la langue française et des grands auteurs. Et puis, ici et là, on entraperçoit également la face plus sombre de la comédienne, où affleurent sa solitude et ses gouffres intimes. Une très belle œuvre.

Théâtre en juillet : Une actrice, L’Idiot, Où est Jean-Louis ?

Judith Magre Photo © Pascal Gely

L’idiot, d’après Dostoïevski adapté par Thomas Le Douarec (Théâtre 14)

Théâtre en juillet : Une actrice, L’Idiot, Où est Jean-Louis ?

Thomas Le Douarec, Arnaud Denis, Bruno Paviot, Daniel-Jean Colloredo, Fabrice Scott, Marie Lenoir, Marie Oppert, Solenn Mariani et Caroline Devismes. Photo © LOT

Le Prince Mychkine rentre en Russie après une hospitalisation de plusieurs années en Suisse. Il est doux, honnête et dépourvu de tout calcul. Il semble même idiot. Et pourtant, il saisit en un clin d’œil la vérité de chaque être, le tréfonds de chaque âme… Comment la société russe, flamboyante, flambeuse et fausse, va-t-elle accueillir cet être spontané et franc ? Toute vérité est-elle bonne à dire ? Quels ravages ou bonheurs va-t-il semer sur sa route ? Peut-on « sauver » quelqu’un contre son gré ? C’est à toutes ces questions et à bien d’autres encore que le chef d’œuvre de Dostoïevski tente de répondre. Le roman est ici adapté et mis en scène par Thomas Le Douarec, qui a déjà monté une cinquantaine de pièces, et interprète également le rôle de Rogojine, un moujik subitement devenu riche.
Malgré quelques longueurs –la pièce dure 2h20 sans entracte- l’Idiot charme le public. Et ce, pour partie grâce à la prestation d’Arnaud Denis, comédien formé chez Jean-Laurent Cochet puis au conservatoire de Paris, qui incarne avec force et finesse cet être atypique qu’est le Prince Mouchkine, conférant une vraie force à son personnage. Mais aussi grâce aux nombreux autres rôles campés par Bruno Paviot, Daniel-Jean Colloredo, Fabrice Scott, Marie Lenoir, Marie Oppert, Solenn Mariani et Caroline Devismes. Tous sont sublimés par les magnifiques costumes de José Gomez.

Où est Jean-Louis ?, de Gaëlle Gauthier (Théâtre de la Michodière)

Théâtre en juillet : Une actrice, L’Idiot, Où est Jean-Louis ?

Loïc Legendre, Karine Duberney, Arnaud Gidoin, Sébastien Pierre, Alexandre Texier et Flavie Péan Photo © DR

Après Silence, on tourne et Dernier coup de ciseaux, voici une nouvelle pièce qui surfe sur la tendance du théâtre participatif. Un employé reçoit chez lui son équipe, à la demande de son patron. Selon ce dernier, la soirée sera déterminante pour l’avenir de l’entreprise. Et dépendra en grande partie de… Jean-Louis, un invité mystère qui n’est autre que l’un des spectateurs volontaires.
Cette comédie, montée par Arthur Jugnot, mélange astucieusement théâtre, interactivité, improvisation et même magie. Pour réussir ce challenge, le metteur en scène a réuni une équipe qu’il connaît bien, dont des comédiens rodés à ce type d’exercice, à l’instar de Loïc Legendre (Venise sous la neige, Dernier coup de ciseaux), de Karine Duberney (Silence on tourne), d’Arnaud Gidoin (Les 39 marches, Train fantôme) ou encore Sébastien Pierre (La dame blanche), Alexandre Texier (L’Errance Moderne) et Flavie Péan (Pour cent briques t’as plus rien maintenant…).
Tous jonglent avec dextérité entre les différentes facettes de cette pièce. La scénographie de Juliette Azzopardi est particulièrement réussie.