Culture

Théâtre : Nos Jardins, Histoire(s) de France #2, d’ Amine Adjina (Tournée en France)

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 8 février 2023

Après Histoire(s) de France, Nos Jardins, spectacle écrit par Anime Adjina qui assure aussi la mise en scène avec Émilie Prévosteau est un précipité de récit national autour du jardin ouvrier. Sa symbolique sociale et humaniste permet de lier et d’exposer plusieurs enjeux contemporains grâce à un dispositif scénique minimaliste efficace et un trio d’acteurs très investis. C’est enlevé et percutant. il faut se réjouir qu’après La Roche sur Yon et Angoulême où elle a été écrite et créée, cette réussite se déploie dans une tournée, dans les lycées et des scènes nationales, redonnant au théâtre toute sa dynamique mobilisatrice culturelle.

L’histoire des jardins se confond avec celle de l’humanité.
Chaque pays, chaque peuple a un style qui lui est propre,
et cette diversité nous renseigne sur les croyances et les traditions.
Découvrir un jardin, c’est s’imprégner d’une culture et feuilleter les pages de la vie.

Alain Baraton, ‘avant- jardinage’ Dictionnaire amoureux des Jardins (Plon)

La logique d’un récit national

Un Louis XIV déjanté incarne l’utopie des Jardins à la Française Nos Jardins, Histoire(s) de France #2 (Angoulême) Photo Géraldine Aresteanu

Après une première « salle de classe » d’Histoire(s) de France, Amine Adjina poursuit son ambition d’ancrer et feuilleter un récit national alternatif, cette fois en repoussant les murs de l’école. Nos Jardins : Histoire(s) de France #2 s’inscrit dans cette logique patrimoniale évoquée par Alain Baraton, jardinier en chef de Versailles .
Mais le jardin à la française – qu’incarne savoureusement l’apparition d’un Louis XIV déjanté – est ici bousculé dans tous les sens du terme par la symbolique du ‘jardin ouvrier’. Le lopin de terres urbain,  savamment entretenu par les voisins, est à la fois un barrage fragile au béton et (surtout) un havre de convivialité, bref un concentré collectif d’humanités. 
Dés lors dés qu’il est envisagé de le remplacer, pour un centre commercial (sic), le quartier se mobilise, et en premier ligne un trio de lycéens qui vont chercher à entrainer leur bahut dans ce qu’ils estiment un combat vital pour leur avenir.  

L’idée des jardins ouvriers m’a paru intéressante,
car elle est traversée par les enjeux sociaux et des tensions politiques.
Amine Adjina

Nos Jardins, Histoire(s) de France #2 ou l’apprentissage d’une conscience citoyenne (Angoulême) Photo Géraldine Aresteanu

Précipiter plusieurs thématiques sociétales

Il faut saluer la puissance à la fois dramatique et scénique du spectacle d’Amine Adjina qui co-signe aussi la mise en scène avec Émilie Prévosteau. Il tire à plein d’un dispositif bifrontal dont l’effet de miroir entre jeunes (spectateurs et acteurs) permettant d’impliquer chacun dans ce forum à scène ouverte.

En une heure dense, inventive et plein de rebondissements, ce « conte moderne » réussit à précipiter – au sens chimique du terme – plusieurs thématiques sociétales dans le creuset de son récit à trois voix. Sans être ni péremptoire, ni terre à terre, ce qui est une très convaincante manière de respecter les jeunes à qui le spectacle est tout spécialement écrit.

Du théâtre de tréteaux de qualité

Avec un dispositif scénique réduit, les trois acteurs renouent avec l’utopie de la Commune Nos Jardins, Histoire(s) de France #2 (Angoulême) Photo Géraldine Aresteanu

« Des potirons, pas du béton », « On veut des seins et des aubergines, pas lécher les vitrines ». Bourrée d’inventions sur les codes du théâtre et d’astuces pour les contourner, le récit se nourrit d’une plongée dans l’Histoire et du relief des enjeux contemporains ; ici chaque bout de décor, de fil de linge ou de matériel de construction, est utilisé pour faire revivre les folies de grandeurs de Louis XIV, les utopies de la Commune de Paris, et les mobilisations bien contemporaines. Que pèse la survie des espaces verts urbains face aux nécessités du développement urbain ou économique (voir à Aubervilliers pour les JO 24…) ?

Depuis que j’ai plongé dans cette matière historique infinie, j’ai la conviction, qu’avec le théâtre, l’art par excellence collé à son époque, au sens d’un art vivant qui se joue devant ses contemporains, quelque chose des ambitions politiques de l’Histoire peut se jouer. À savoir une transmission, mais surtout une interrogation des forces et des leviers possibles pour penser l’époque. Et dans l’écriture, il s’agit pour moi de répondre aux fictions (celles qui divisent) par la fiction, répondre aux injonctions par le jeu, répondre aux discours par l’action.
Amine Adjina

L’apprentissage sur tréteau de l’engagement citoyen

Retrouver la force du verbe pour mieux mobiliser autour d’un enjeu citoyen Nos Jardins, Histoire(s) de France #2 (Angoulême) Photo Géraldine Aresteanu

Cette dynamique de l’apprentissage de l’engagement citoyen doit beaucoup à l’incarnation de trois acteurs caméléons issus de l’École Supérieur d’Art Dramatique. Mélisande Dorvault, Manon Hugny et Gauthier Wahl jouent leur jeu à fond – la découverte et la maîtrise – des ressorts de la mobilisation : de l’exposé à la battle oratoire, de l’écriture des slogans poétiques à la distribution des tracts dans la salle…, passage obligé de la conscience citoyenne.

Car c’est la force de cette entreprise de démocratisation culturelle, redonner au théâtre sa dynamique fascinante, transmettre la magie de la scène, rappeler que le verbe au sens noble du terme possède (encore) la capacité de faire bouger les lignes. Par les temps qui courent, ses vertus humanistes sont à partager avec les jeunes et cette ambition – de remettre du commun en interrogeant et en jouant avec notre Histoire – est à mettre au crédit des deux metteurs en scène.

#Olivier Olgan

Pour suivre Nos Jardins, Histoire(s) de France #2

Nos Jardins, Histoire(s) de France #2, d’ Amine Adjina (Blois et tournée en France)

Mise en scène : Amine Adjina & Émilie Prévosteau
Avec : Mélisande Dorvault, Manon Hugny et Gauthier Wahl

 

Tournée 2023 :

  • 9, 10 mars : Communauté de communes de l’Ernée (53)
  • 14, 15 mars : Théâtre la Passerelle, scène nationale de Gap et des Alpes du Sud (05)
  • 21 mars : Théâtre au Fil de l’Eau, Pantin (93)
  • 20 avril : L’Agora-Desnos, scène nationale de l’Essonne, Évry (91)
  • 22, 23, 24, 25, 26, 27 mai : Malakoff scène nationale (92)

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