Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

Chez Brun de Vian-Tiran le voyage est au bout des doigts. Promesse sensorielle de douceur et de tendresse des fibres nobles et d’exception, de cachemire, de mohair, de soie, de yangir, de baby lama ou de baby camel. Depuis 210 ans, la Manufacture de l’Isle-sur-la-Sorgue est en quête d’une excellence toujours renouvelée. Aujourd’hui, c’est aussi la Filaventure.

Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

Une passion de la fibre transmise de génération en génération : Pierre (7ème) et Jean Louis, son fils (8ème). Photo © DR

En plein cœur de l’Isle-sur-la-Sorgue, une passion de la fibre transmise de père en fils ou en fille

« Chaque  génération a apporté sa propre révolution technologique. C’est ce qui explique que la manufacture Brun de Vian-Tiran soit, aujourd’hui, toujours présente et même leader sur notre marché » explique Jean-Louis Brun, huitième génération à ce jour, de la « dynastie » de la belle étoffe. Il incarne à la perfection le credo familial fondé sur un savoir-faire ancestral nourri de progrès techniques permanents. Bardé de diplômes, imprégné, cet ingénieur agro également diplômé en œnologie et docteur en linguistique revendique à la fois la mémoire de ses valeureux ascendants et l’entrée de la maison dans le grand tourbillon du marketing. Il s’agit sans cesse de conquérir de nouveaux marchés et d’asseoir la notoriété et la marque Brun de Vian-Tiran.
Dans le même mouvement, ce ‘fort en laines’ a sérieusement approfondi la question de la recherche génétique chez ses fournisseurs, un peu partout dans le monde. Car pour fabriquer les toiles d’exception et les tissages de luxe, il faut être capable de sélectionner et d’acquérir des fibres les plus belles, les plus nobles, les plus rares, les plus fines, douces et soyeuses. Quitte à les chercher  sur les cinq continents, là où les hommes et leur famille sont encore des bergers en marge des grands déserts du monde. Ou bien plus naturellement à l’autre bout de la Provence, près d’Arles dans la plaine de Saint-Martin-de-Crau célébrée pour la qualité de son foin. Et aussi pour la rareté de la toison de ses moutons.

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Jean-Louis Brun sélectionne les fibres les plus souples pour produire ses étoffes. Photo © Christian Goutorbe

Croiser les meilleures laines : du « mérinos de l’Arles antique » aux bébés chameaux de Bactriane

Louis XVI, en personne, avant d’avoir les ennuis aux frontières qu’on lui connait, avait importé d’Espagne, en 1786, des Mérinos pour les croiser avec des moutons français. Il faut sans doute y voir là la main et l’influence de Marie-Antoinette. A force de recherches, Pierre Brun, le père de Jean-Louis, a identifié une sélection génétique correspondant à ce fameux mouton royal, faible en chaire pour la boucherie mais généreux en fibres d’une  finesse absolue, dont le diamètre est inférieur à 20 microns. Ce travail scientifique de titan a réclamé sept longues années de labeur en coopération avec Claude Gutapfel, négociant en laines. Les « Rouletabille » de la toison ont réussi à retrouver un éleveur qui avait conservé intacte, depuis tout ce temps, cette déclinaison arlésienne du Mérinos. Aujourd’hui, quinze éleveurs, principalement de la Crau, maîtrisent totalement cette production sous la marque déposée « Mérinos d’Arles Antique » considérée comme la plus belle laine de France.

A l’autre bout du monde, en Mongolie, c’est le même processus qui est en construction avec les bébés chameaux de Bactriane. Là encore c’est la recherche de l’absolue finesse de la fibre qui guide les pas des découvreurs de la Manufacture. « L’objectif n’est pas seulement de trouver une source d’approvisionnement en fibre de qualité exceptionnelle. Il s’agit de valoriser le travail des nomades et de pérenniser leur mode de vie. C’est une opération gagnante pour tout le monde dans la steppe de Khomyn Tal, grâce au partenariat avec l’ ONG KTT » détaille Jean-Louis Brun. Il développe la sélection génétique pour assurer l’approvisionnement du grand hangar de stockage, le centre stratégique de la maison Brun De Vian-Tiran. Ici, on voyage entre les balles de laine empilées : Alpaga du Pérou, fibre de chameau de Mongolie, laine de mouton d’Australie ou de Nouvelle-Zélande, en grande quantité pour ne jamais manquer de matière première.

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Plaid Brun de Vian-Tiran. Photo © Claire Curt – Stylisme Laurence Dougi

De la balle de laine crue au châle sublimé

Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

Rien ne remplace le geste ancestral pour retrouver la douceur originelle. Photo © Stef Cande

Pour passer de la balle de laine au produit fini, comptez quinze opérations différentes sur des machines mises au point ou améliorées par les dirigeants eux-mêmes, tous ingénieurs et ingénieux. Au point qu’une machine à tisser vieille d’un siècle peut être aujourd’hui truffée de capteurs électromécaniques pour affiner les réglages. Car ici, tout est affaire de tour de main, parfois transmis dans les ateliers de père en fils ou de grand-père en petit-fils. « Il faut passer par toute ces étapes, cardage, filage, tissage, foulonnage et même grattage avec des fleurs de chardon pour retrouver la douceur originelle, explique Jean-Louis Brun, transmetteur de ce patrimoine artisanal de très haute lignée. Il a fallu cette transformation pour parvenir à ce résultat un peu comme pour le vin. Lorsque vous êtes sur une colline du Médoc ou de Châteauneuf et que vous dégustez des raisins, vous sentez la puissance des arômes. C’est ce que vous aimeriez partager. Mais vous ne pouvez pas vendre ces grappes parce qu’elles finissent toujours par pourrir. Alors, on vinifie, pour retrouver les sensations, peut-être même l’émotion qui vous avez ressentie lorsque vous étiez au milieu des vignes. Ici, c’est exactement la même philosophie. Et c’est aussi beaucoup de savoir-faire »… pour que laines exotiques, fibres rares  fibres nobles réchauffent le corps et le cœur des hommes et des femmes. Pendant très longtemps.

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Châle Brun de Vian-Tiran. Photo © Claire Curt – Stylisme Laurence Dougi 

Du bout des doigts, la tendance

Chez Brun de Vian-Tiran, on ne se contente pas seulement d’assembler les fibres de soie, de cachemire, de laine, de toison de yack ou d’alpaga pour atteindre le nec plus ultra de la douceur au bout des doigts. On crée des modèles spécifiques en lien avec les grandes  tendances. La Manufacture travaille en partenariat avec l’ENSCI (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle) la haute école française de design industriel. Ce sont les Ateliers Design Textile qui ont travaillé cette année sur le thème d’envelopper la personne : plaids et châles.
Les productions exclusives sont diffusées dans 2000 boutiques disséminées dans le monde entier.

La Filaventure, musée sensoriel de la fibre

Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

La Filaventure musée sensoriel. Photo © DR

Dans une aile de la Manufacture, voici la « Filaventure » qui porte sacrément bien son nom. L’établissement qui a ouvert ses portes en juillet 2018, se définit comme un musée « sensoriel » dédié des fibres nobles. Pour un voyage au cœur même de l’univers de Brun de Vian-Tiran. Pour voir et comprendre et surtout toucher du doigt l’infinie douceur et la légèreté des étoffes d’exception. Faute de pouvoir visiter la Manufacture, on perce les mystères à la Filaventure. On peut même lancer un métier à tisser. Puis on tente de déterminer la différence entre laine de mouton, laine de chèvre ou fibre de chameau, alpaga ou cachemire. Car toutes ces fibres ont leurs propriétés.

Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

La Filaventure vous plonge dans les secrets de la fibre de laine. Photo © Claire Curt

La Filaventure raconte surtout le savoir-faire de celles et ceux qui se sont succédés aux commandes de la Manufacture. « Mon père Louis avait compris, dans les années soixante, que les travaux manuels allaient se réduire, qu’ils seraient moins pénibles, moins difficiles à exécuter. Et que la peau des mains des hommes et des femmes deviendrait plus fine. Il en avait conclu qu’il fallait fabriquer des produits plus doux, plus fins » raconte Pierre Brun. Dans ce petit film on entre dans l’atelier et un peu aussi dans le cerveau des « lainologues ». Arrive une nouvelle balle de laine. Il faut décider quelle sera sa destination…  Alors les lainologues manipulent longuement une poignée de fibres pour tester sa souplesse, sa douceur, sa légèreté déjà. Ils échangent guidés par la passion des fibres. Ce sera un châle. Ou bien une couverture. Ou un tout nouveau produit qui valorisera au mieux la matière pour le futur client.

Brun de Vian-Tiran : les lainologues de la Sorgue

Les secrets bien gardés de la fabrication des fibres les plus douces. Photo © Stef Cande