Culture

Cinéma en salles : Chronique d’une liaison passagère, de Emmanuel Mouret (2022)

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 27 septembre 2022 

Avec Chronique d’une liaison passagère, Emmanuel Mouret décline une nouvelle variation sur le jeu des relations amoureuses d’un à-propos joyeux tout en finesse. De façon attachante, avec délicatesse et sensibilité rayonnante, le réalisateur (Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, 2020) brosse par touches tendres un cheminement qui mène à la maturité affective.

Plus que l’amour, j’ai plutôt l’impression de traiter des histoires de désir avec des obstacles au désir et du suspense.
Emmanuel Mouret Cineuropa 2022

Simon (Vincent Macaigne touchant Pierrot lunaire) est un homme placide qui pantoufle dans son mariage. Une rencontre improbable avec Charlotte (Sandrine Kiberlain, divorcée aérienne et enjouée), le mène à son corps défendant sur le chemin de l’adultère. Tout en légèreté,  d’un commun accord, leur relation n’est parsemée que de moments partagés dans le plaisir et l’insouciance du lendemain. Rien n’est grave, tout est simple. Peu à peu une complicité désirable se fait jour. Leurs ébats tendres, ponctués de conversations avenantes resserrent leurs liens et finissent par les enlacer dans une liaison qui ne se voulait pas amoureuse. Sans que cela ne les interpelle, ils planifient une expérience sexuelle fantasmée à trois en s’inscrivant sur un site. Ils rencontrent Louise et tout en retenue passent à l’acte…

La carte nuancée de l’art d’aimer

Depuis plus de vingt ans (avec Laissons Lucie faire, 2000) Emmanuel Mouret creuse le sillon du plus ou moins de bonheur amoureux. Dès ses débuts avec le court métrage Promène-toi donc tout nu (1999), puis la douzaine longs métrages dont L’Art d’aimer (2011), Caprice (2015) ou plus récemment Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2020), le réalisateur «  marivaude ». Il interroge inlassablement la profondeur des déclinaisons possibles entre les hommes et les femmes. Que ce soit au travers de la sexualité, la libido, la jalousie, l’hétérosexualité, l’adultère, l’amitié amoureuse ou encore le sacrifice de soi par amour et j’en passe, son cinéma élabore un chemin de traverse qui parcourt les oscillations du batifolage, de la séduction, du désir et de tout ce qui concerne les différentes façons d’aimer.

« On se situe donc entre l’élan de réaliser une partie de ses désirs et d’être un individu social respectueux de l’autre et d’un certain ordre. Entre les deux, il existe une sorte de flou artistique dans lequel les personnages négocient avec eux, avec l’ordre, les usages… et cherchent à trouver leurs arrangements. Et ceux-ci ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre. On peut le constater dans nos propres sphères familiales, amicales. »
Emmanuel Mouret. Le Bleu du Miroir, 2020

Le contrepied #metoo

Sa Chronique d’une liaison passagère nous emmène avec finesse dans une réflexion qui toute en délicatesse remet en cause les idées reçues et le discours ambiant. On nous rabat les oreilles sur la « toxicité » masculine, il en fait un poncif paresseux. Il tord également le bras à la seule vérité du couple qui ne se partagerait pas. Cela sans nous asséner avec lourdeur une leçon sur les comportements à adopter.

Une remise en cause permanente

L’histoire d’amour qu’il nous conte, car c’en est bien évidemment une, déploie une panoplie de remise en cause de tout ce qui nous semble immuable. Peut-on aimer deux personnes en même temps ? En a-t-on le droit ? Et de sexe différent ? Un homme est-il forcément un être sans scrupules qui n’a que sa sexualité en bandoulière ? La jalousie n’est-elle pas l’expression d’un besoin toxique de posséder ? En soumettant la chute de son propre film à un passage des Scènes de la vie conjugale de Ingmar Bergman il réussit à nous montrer à quel point finalement la question des rapports de couple entre homme et femme a pu évoluer.

Tout en évoquant nos capacités d’engendrer autre chose que de l’amour aux sens uniques, Emmanuel Mouret oppose en substance la liberté de penser et d’agir différemment en amour à la frilosité, la violence, la rancœur et la culpabilité permanente.

#Calisto Dobson

Articles similaires

Hommage à Wilko Johnson, guitariste de Dr. Feelgood (1947 – 2022)

Voir l'article

17e BBmix 2022, Le Festival des Explorations Musicales (Boulogne-Billancourt)

Voir l'article

Cinéma/Disney+ : The Beatles : Get Back – The Rooftop Concert, de Peter Jackson (2022)

Voir l'article

40e anniversaire : Imperial Bedroom, d’Elvis Costello & The Attractions (1982)

Voir l'article