Culture

[And So Rock !] Requiem pour la 16é édition du BBmix, le festival des explorations musicales

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 4 octobre 2020

[And so Rock ? III] L’un des plus discrets festivals musicaux d’Île de France, le BBmix devait se tenir les 21 et 22 novembre prochains. Si la Covid-19 a assassiné ce « festival des explorations » culturelles comme tant d’autres, sa programmation mérite un requiem.

Tenter de maintenir coûte que coûte l’organisation du Festival BBmix 2020 (BB pour Boulogne-Billancourt), s’est apparenté à un sport de combat. Il aura fallu toute l’opiniâtreté, la détermination et la passion de son équipe organisatrice pour tenir dans un premier temps face au tsunami de reports et d’annulations en tous genres puis se maintenir malgré le couvre-feu.  Ce qui en soit était un tour de force à moins d’un mois du festival, puisqu’il aura fallu réorganiser la tenue de trois soirées en deux journées et préserver le ciné-concert ainsi que la projection d’un film prévus les après-midi en accès gratuit.

À l’annonce du 2ème confinement le BBmix a déposé les armes.

Il faut espérer que les dégâts engendrés ne soient pas irrémédiables et qu’après cette 16ème édition avortée il y en aura bien une 17ème. Ce qui malheureusement ne semble pas assuré. Alors pourquoi me direz vous  faire de la retape pour un rendez-vous culturel annihilé de plus alors que tant d’autres, beaucoup plus prestigieux, ont déjà été terrassés par ce virus.

Un environnement humain dans un cadre de choix.

Eh bien parce que le BBmix, autoproclamé le festival des explorations musicales n’est pas, un rendez-vous comme les autres. Fort du soutien que l’on souhaite  ardemment aujourd’hui sans faille de la Municipalité de Boulogne-Billancourt, le BBmix propose chaque année une programmation pointue d’une qualité artistique de haut vol dans un environnement à taille humaine le tout pour la modique somme de 12€. Ceci sans compter les manifestations avant soirée gratuites, dont une exposition, un programme destiné aux enfants ainsi qu’une intervention ou conférence à thème.
Cerise sur le gâteau. Le BBmix se paie le luxe de se dérouler dans un auditorium, le Carré Bellefeuille, dont la qualité acoustique n’est plus à démontrer et qui pour la petite histoire a su subir en 2010 les assauts soniques du groupe Swan réputé pour son très très très haut volume sonore.

Une programmation ambitieuse de haute tenue.

Cette année 2020 il aurait été question de voir en tête d’affiche de la première journée le groupe belge de pop expérimentale à géométrie variable Aksak Maboul.

Projet de Marc Hollander, patron fondateur du label Crammed Discs (Aquaserge, Arto Lindsay, Bebel Gilberto, Carl Craig, Congotronics…) Aksak Maboul est l’archétype du groupe à l’aura expérimentale.
Apparu en 1977 sur la scène belge, aérolithe subséquent à l’explosion des carcans pop initiée par le mouvement punk, sa musique largement instrumentale, souvent qualifiée d’avant-garde a tous les atours de la liberté créatrice héritée du psychédélisme. Pétri “d’électronisme” mêlée de touches ethniques Aksak Maboul a su fédérer les aficionados de musiques “venues d’ailleurs”. En 43 ans d’existence dont un long silence de 34 ans entre 1980 et 2014 5 albums dont une “revisitation” sont parus. Le dernier en date “Figures” sorti au printemps dernier a été salué unanimement par les médias au fait de ce genre de musique.

En ouverture était prévue la venue de VICKI BENNETT, artiste britannique de 53 ans, pour son projet PEOPLE LIKE US. Artiste DJ multimédia référence de l’art du sampling et du collage vidéo, son petit dernier “Mirror” donnait à espérer une performance immersive caractérisée par ses assemblages sonores et vidéos hétéroclites typiques de l’art contemporain.

NOVA MATERIA ex Panico, duo franco chilien aurait enchaîné muni de son post punk immergé dans un son électro aux effluves envoûtantes. Sombre la musique de Nova Materia est étonnamment jouissive. Leur dernier album s’intitulant “It Comes” traduisible par “ça jouit”.

Le feu d’artifice prévu le lendemain promettait une soirée vouée à nouveau au son électronique dans ce qu’il a de plus actuel.

Le chanteur du groupe de rock néo psychédélique Suuns, Ben Shemie devait ouvrir et nous séduire avec la spontanéité inspirée qui le caractérise en solo. Par son minimalisme improvisé il appelle nos sens à s’engourdir au cœur d’une cotonnade réconfortante.

La présence de La Féline, pseudonyme de Agnés Gayraud auteure de “Dialectique de la pop”, nous aurait gratifié de son travail incantatoire aux atmosphères pénétrantes. Chantés en français ses textes d’une poésie simple et mélancolique  auraient à coup sûr réussi à vous enjôler.

Attendue comme le messie par le BBmix, Chloé Thévenin ‘aka Chloé’ tout court, devait conclure en beauté cette édition 2020. Compositrice et DJ de renom international, novatrice, inlassable tête chercheuse de sons innovants, elle devait nous exécuter son Slow mo live. Spectacle créé pour le festival Sonar à Barcelone, caractérisé par cette lenteur hypnotique que seule peut procurer la musique électronique.

Nous voilà donc orphelin d’un festival à la programmation exigeante dont la dimension humaine et l’environnement de qualité vont manquer à cette année 2020.

#CalistoDobson

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