Culture

Faire ensemble, quête de sens, reliance, il est temps de comprendre la Génération Z

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 3 juillet 2020

N’ayez pas peur de la génération Z (née entre 1995-2005) ! Dans une livre autant d’anthropologue que de coach de terrain, Elisabeth Soulié se refuse au pessimisme et aux caricatures pour brosser les ressorts positifs d’une génération hyperconnectée et réaliste qu’elle passe “aux rayons X”. La Z qui aspire aux liens, aux sens et à la reliance est loin de se vivre « sacrifiée ». Bien au contraire. La Z va vous surprendre !

Sortir des préjugés

« L’opposer n’est pas la comprendre. » Ce qui frappe d’emblée dans sa minutieuse plongée dans les cœurs et les ressorts de “La génération Z  aux rayons X”, qu’elle définit comme « volontairement plurielle » par ses façons de vivre, ses manières d’agir, de penser et d’être au monde, c’est la volonté d’Elisabeth Soulié de la réconcilier avec les précédentes. Elle invite le lecteur à se débarrasser des projections et des poncifs, afin de « la rencontrer, de lui donner du sens et de l’accueillir telle qu’elle est, unique, imparfaite et formidable. »
Sa formation d’anthropologue et son expérience de coach auprès des écoles depuis une décennie lui permet de faire remonter une expérience unique, loin de préjugés : la Z « ne s’inscrit pas dans l’opposition mais dans la reliance. Faire ensemble est la caractéristique de la démarche active, participative de cette génération., tout comme la référence aux valeurs d’expérience et d’expérimentation, l’importance donnée au corps acteur et le prix porté aux notions de plaisir et de convivialité. »

Une pensée complexe relie, elle ne découpe pas

Le compte Instagram soulieeslisabeth propose une ethnographie visuelle de la Z

Condensé par le néologisme « phydigital », la coach n’élude pas bien entendu l’omniprésence du numérique, et d’une mise en présence et en scène instantanée. Le mobile n’est « rien moins que le prolongement de sa personne physique, intellectuelle et sociale » et des écrans «découle une proximité charnelle, corporelle et affective entre soi, autrui et le monde. »
Pour la Z, le numérique devient social : « elle fait le pari de la liaison et de la proximité en réduisant les distances entre les pôles autrefois lointains » : physique et digital, virtuel et réel, … Ce qui compte, martèle-t-elle tout le long de son témoignage, c’est le refus d’une pensée binaire. Au contraire. La Z recherche « à réconcilier avec un impératif de jonction entre la raison, les émotions et les sens. » Nomade, dans sa façon d’être au monde, elle efface les contraintes des frontières, des lieux, des horaires, des relations. Pour privilégier une quête de sens. Dans une éthique de la possibilité.

La future génération de la renaissance

A ceux qui voient cette « génération liquide » comme déjà « sacrifiée » dans la crise économique et sociale qui s’annonce, Soulié vous convaincra de ses capacités de rebonds, de son envie de faire et de « processivité » : « un ici et maintenant » assumé et pleinement vécu, avec son pari du relationnel, sa capacité de ‘résonance’ collective, la multiplication des communautés d’interactions affectives, affinitaires et éphémères, sa sensibilité aux facteurs émotionnels ainsi qu’à l’environnement social, …
Avec son art de « chiller » n’appréhendant que le court terme, la Z sait « qu’il lui faudra pour survivre dans le futur, faire preuve d’agilité, d’adaptabilité et de flexibilité. » Elle y est habituée, de façon moins individualiste et plus collaborative ; « elle veut plus de soi(s) et plus de l’autre.

Une photographie haute définition

S’il est difficile de résumer tous les détails que révèle cette photographie haute définition, Souliè ne cesse de porter une lumière bienveillante sur les aspérités d’une génération finalement méconnue, et sous-estimée. Peut-être trop !
Ce qu’elle reconnaît comme une “déformation professionnelle de coach”,  sa positivité communicative, réussit aussi le pari de faciliter et préparer un dialogue indispensable et constructif avec ceux qui vont devoir « faire éclore un monde fait de réceptivité à l’égard d’autrui et du monde. »
N’ayez donc pas peur, la Z n’a pas fini de vous surprendre !

Référence bibliographique

Elisabeth Soulié, La génération Z aux rayons X, Editions du Cerf, 176 p., 2020, 16 €

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