Culture

Le Carnet de lecture de Gaëlle Solal, guitariste classique engagée

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 4 décembre 2020

Être guitariste classique française n’est pas une sinécure tant l’instrument semble réduit au folklore. Gaëlle Solal se bat pour libérer son instrument des stéréotypes habituels. Son Cd Tuhu dédié au brésilien Hector Villa-Lobos y réussit avec émotion. Son association Guitar’Elles vise à rendre plus visible les femmes dans le monde de la guitare. Un engagement d’une vie. 

Sans cesse élargir les possibles

Gaëlle Solal a beau être lauréate d’une douzaine de concours nationaux et internationaux de guitare classique, dont le prestigieux concours d’Alessandria en 1998, avoir l’Espagne chevillée au corps. Pendant sept ans, elle y enseigne comme professeure agrégée aux Conservatoires supérieurs de Cordoue et de Séville.

C’est le magnétisme de la scène qui l’attire, où elle exprime le mieux son plaisir de jouer. D’abord pendant dix ans au sein du duo Astor, déclinant avec ses complices un vaste répertoire avec clarinette (Florent Héau, Antonio Salguero), avec flûte (Alfonso Rubio), avec bandonéon (Jérémy Vannereau),

Arpenter toute un monde des musiques

La professeure invitée au Conservatoire Royal de Gand est une battante. Elle largue toute amarre pour la liberté et les prises de risques, découvrant avec gourmandise toujours d’ autres façons, de faire de la musique, de la vivre, et de se l’approprier. Et il est libre son parcours en soliste, en chambriste, avec orchestre et en duo clownesque Crazy Nails avec Boris Gaquere !  Elle développe sur ses chemins buissonniers une intense curiosité pour tous les genres et tous les répertoires, de Bach aux Beatles, et de tous les continents, de l’Espagne au Brésil où elle est revenue avec de jolies pépites concentrées dans ce cd Tuhu.

Le Brésil, l’autre continent de la guitare

« Tuhu (se prononce tou-hou, ‘petite flamme’ dans la langue Tupi) est un programme concocté après des années de recherches et d’arrangements autour du grand compositeur brésilien Hector Villa-Lobos (1887-1959) dont Tuhu était le surnom, et de ses influences. note Gael Solal dans le livret (Eudora records) qu’elle a écrit comme un journal d’aventures sonores : Le choro est devenu le genre principal de la musique populaire instrumentale à Rio de Janeiro au début du XXe. Villa Lobos a utilisé le terme Chôros comme titre d’une série gigantesque de douze pièces, pour différentes combinaisons instrumentales.»
Nourrie de lyrisme et de contemplation, la guitariste a mis beaucoup d’elle-même dans cet album, qui associe souvenirs, réminiscences, transcriptions, au fil de ses rodas à Rio de Janeiro. La force de son interprétation nous emmène loin des climats de cartes postales mièvres. Chaque plage apporte sa couleur et sa sensibilité pour un dépaysement garanti. La poésie, la rigueur, la sonorité au plus près de l’instrument, et l’expressivité que Gaelle Solal déploie ici sont le fruit d’une existence d’interprète tout entière dédiée à sortir son art des habitudes, qui fait de chacune de ces interprétations un grand moment d’émotions et de vie.

Le Carnet de lecture de Gaëlle Solal

Chavirer, de Lola Lafon (Actes sud) Ce livre m’a bouleversé. Il pose les questions de comment on peine à se construire lorsqu’on n’a pas eu de repères claires et sains, il évoque le silence des victimes, la honte, la société complice, tout ce qui commence à bouger dans notre société sur le consentement, le respect mais aussi les milieux complices où la parole n’est pas encore libérée. Lorsque le personnage principal parle de sa fille qui, elle, sait naviguer dans ces eaux troubles et qui sent immédiatement qu’une personne peut lui être toxique, j’ai ressenti une bouffée d’espoir. Il est possible et nécessaire de transmettre ce message aux générations futures. En termes de création, l’autrice conseille “Il faut raconter ce qui hante” et je ne saurai moi-même que plussoyer car mes cds, mes spectacles et mes projets vont exactement dans cette ligne.

Il fallait que je vous le dise, d’Aude Mermilliod (Casterman)

J’ai volontairement choisi une BD car résidant à Bruxelles depuis 9 ans, j’ai eu la chance de découvrir ce genre qui mérite encore plus de place.

Cette bd m’a doublement mise KO. Tout d’abord car l’autrice est une amie que je connaissais avant même qu’elle ne soit publiée donc je partais avec un atout cœur. Et puis tout est rassemblé: un sujet engagé, l’IVG mais aussi le traitement du sujet, elle parle de son IVG et nous prend par la main avec sincérité et générosité. Le dessin est magnifique, le choix des couleurs crée une ambiance de confidence et le dialogue avec Martin Winckler est inspirant pour un futur différent, souhaitons-le! Une BD sensible et forte.

Hommage à Piazzolla. Gidon Kremer (Nonesuch) Ce CD m’accompagne depuis de nombreuses années. Je l’écoute régulièrement et je me demande comment il est possible que ces musiques soient si poignantes, si intensément interprétées. Et puis, je l’oublie. L’année suivante, il réapparaît et la sensation est intacte, comme une lettre parfumée gardée dans un tiroir. D’une nostalgie et d’une force infinie, ces musiques me mettent les larmes aux yeux comme on se souviendrait de jours heureux puis les pièces plus rythmées me ramènent à quai pour reprendre mon chemin. Un cd comme une pommade pour l’âme.

Ida Presti & Alexandre Lagoya. RCA 1965. Ce vinyle faisait partie de la collection de mes parents qui sont très mélomanes. Je l’ai écouté en boucle, je raffolais de leur son ample, de ces basses qui me semblaient monumentales alors que je débutais tout juste à l’instrument avec mes petits doigts, de la beauté du son des deux guitares qui se mélangent. J’ai d’ailleurs joué énormément en duo de guitares avec mon frère quand j’étais petite puis avec le duo Astor puis dans mon spectacle, Crazy Nails! maintenant avec Boris Gaquere.
Cette pochette me faisait rêver: je n’avais d’yeux que pour Ida Presti, sa robe étincelante, son regard magnifique et son élégance. Elle a été mon premier modèle et sans le savoir, j’avais acquis la conviction du haut de mes 6 ans qu’une femme pouvait devenir une guitariste de premier plan.

Fugue State. Vulfpeck : Un cd que j’écoute quotidiennement et qui a réussi à m’arracher des moments difficiles de ces confinements. C’est un peu la bande-son de mes balades à vélo et je ne m’en lasse pas. Il s’agit d’un groupe de funk américain qui ferait se dandiner même la personne qui avait prévu de rester immobile. De fil en aiguille, en commençant par ce CD sur la recommandation d’un ami, j’ai récemment redécouvert une passion que je n’avais pas vraiment assouvie: la musique funk.
De la joie de vivre, du groove, du bon son, des morceaux finement ciselés avec des petites citations de musique classique: tout est réuni pour se sentir bien!

Pour suivre Gaëlle Solal

Son site

Sa chaîne youtube

L’association Guitar’Elles et sa version internationale

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