Culture

Petit carnet de lecture par temps de covid-19 : Arnaud Marzorati

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 8 juillet 2020

Le baryton aime les mots, le directeur de l’ensemble Les Lunaisiens aime aussi les chanter. Arnaud Marzorati  met en scène le patrimoine des chansonniers avec gourmandise et inventivité. Et surtout de façon très décomplexée : de Brassens à Villon en passant par… Boris Vian dont il vient d’enregistrer ‘Le code de la route’. Aussi dans son carnet de lecture, romans, poésies et chansons se répondent.

Romans, poésies et chansons forment une grande famille, celle des mots qui nous racontent des histoires et qui nous font rêver. Pendant ces longs mois où je n’ai plus eu à chanter, avec mon ensemble Les Lunaisiens, j’ai beaucoup lu parce qu’il m’était interdit d’envoyer à mon public mes mots chantés accompagnés bien souvent de salive dangereuse, de postillons qui semblaient porteurs d’une certaine fin du Monde. J’ai aussi écouté de la musique, opéra, mélodie, chanson…

Une œuvre dans laquelle j’ai replongé avec les délices de l’adolescence, c’est « les Chants de Maldoror » de Lautréamont. Je me suis souvenu que ce poète magnifique aimait à déclamer son œuvre à voix haute en s’accompagnant sur un piano désaccordé. J’aime sa description du « Pou » dans le Chant II, scène 9 : « Vous ne savez pas vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête ».

Cette lecture de Maldoror, m’a porté à réécouter la « Chanson du Mal aimé », oratorio de Léo Ferré sur le texte de Guillaume Apollinaire. J’adore les poètes chantés par Léo Ferré : « Les assis » de Rimbaud et « La géante » de Baudelaire.

Errants et visionnaires

Le Géant des chansonniers ou tout du moins des troubadours, est inévitablement François Villon qui s’amuse comme le jongleur des origines avec notre langue. Il l’invente à chaque coin de phrase, il est un mélodiste hors pair. Il colorie les voyelles comme Rimbaud, son fils…Tous des grands errants et visionnaires. J’ose comparer ces génies au compositeur Schubert qui nous offre les plus belles chansons allemandes dans son Voyage d’Hiver : « Winterreise ». J’hésite entre la version du ténor Fritz Wunderlich qui meurt d’une chute d’escalier  ou de l’impeccable Dietrich Fischer Dieskau qui fumait des cigarettes tout en enregistrant du Wolf (un exploit qui nous rappelle que fumer ne fait pas que tuer !)

Un voyage d’Hiver qui me plonge inévitablement dans le Voyage au bout de la Nuit de Céline. Homme féru du répertoire du Caf’Conc, qui ne cesse de citer des chansons françaises tout au long de son œuvre. Mais qui, surtout écrivit et interpréta 2 chansons que l’on peut retrouver sur YouTube : « Règlement » et « A Nœud Coulant ». Sa voix me fait fondre, même si je ne partage pas sa vision du monde et d’une certaine haine.

L’amour, je le retrouve dans la « Bohème » de Puccini : « Si mi chiamano Mimi » par la Callas ou la Freni. Cette Bohème inspirée du livre de Henry de Murger qui nous conte les états d’âmes des artistes de Paris au 19° siècle.

Une bohème retrouvée en écoutant aussi cet artiste nonchalant Philippe Katerine qui s’amuse à décaler la chanson française en voulant « faire un film avec une femme nue et des handicapés » et qui joua le rôle de Boris Vian dans « Gainsbourg, vie Héroïque » de Joan Sfar.

Boris Vian, dont on tentera de fêter le centenaire de sa naissance sur cette année 2020, bien perturbée, pourtant. Avec un disque des Lunaisiens qui rendra hommage à son répertoire de « chansonnier » et à sa sublime « pataphysique » [sortie chez Muso le 9 octobre]…

Quelques repères bibliographiques

Tout savoir sur Les Lunaisiens

Prochains concerts “Le code de la route. Hommage  Boris Vian” (Muso  91020)

 

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