Culture

Radiguet, le diable au corps, du mythe au personnage de roman

Auteur : Patricia de Figueiredo
Article publié le 9 avril 2020 à 22 h 44 min – Mis à jour le 10 avril 2020 à 17 h 24 min

Derrière un titre volontairement énigmatique « Brillant comme une larme », se cache la vie de Raymond Radiguet (1903 – 1923) romancée par Jessica L. Nelson. Celui qui fut une lumière fugace de la littérature traversa le Paris des années 20 avec le diable au corps et au cœur.

Raymond Radiguet avec Marcelle-Meyer
Raymond Radiguet avec Marcelle-Meyer Photo Wiki

Vivre à 100 à l’heure ici et maintenant

Enfant de Saint-Maur, il est l’aîné d’une famille nombreuse dont le père Maurice est un illustrateur de presse. À 14 ans à peine, le jeune garçon rêve de marcher sur les traces de son paternel, plus encore de le surpasser. Ces premiers dessins rencontrent vite le succès dans L’intransigeant, mais bientôt la littérature l’appelle.

Raymond veut vivre vite et jeune, taraudé par la mort qu’il sent rôder près de lui, hanté par le décès prématuré de sa jeune sœur. Il fait la connaissance d’Alice, une jeune institutrice de 12 ans son aînée. Celle-ci est fiancée à un poilu assigné au Front. Il la veut, il la fera succombée à ses charmes et qu’importe si sa réputation est salie. Alice, c’est Marthe du « Diable au corps »

Raymond Radiguet par Modigliani

Raymond Radiguet par Modigliani en 1915 (private collection) Photo wiki

Le Paris joyeux des années 1920

Jessica L. Nelson, auteure et éditrice nous livre ici un éclairage passionnant de l’auteur du Bal du comte d’Orgel. Roman captivant par son écriture fluide, la romancière croque avec subtilité et beaucoup de bienveillance toute une galerie de personnages, des gloires littéraires et artistiques du début des années 1920 : Darius Milhaud, Jean et Valentine Hugo, Paul Morand, Max Jacob. Ce Paris d’après la Grande guerre et de la grippe espagnole, où il faut vivre vite et fort. Les soupapes sautent, les liaisons éphémères et l’opium rythmaient les nuits endiablées à Montparnasse de ces artistes qui voulaient rattraper les heures sombres. Séduisant les femmes, dont Béatrice Hastings, le modèle de Modigliani, jouant au chat et à la souris avec les hommes, Radiguet est dans son monde.

Jean Cocteau (1889-1963) par Modigliani

Jean Cocteau (1889-1963) par Modigliani en 1916 Photo wiki

Jean Cocteau, le bienveillant mentor

Mais c’est aussi en creux, la personnalité de Jean Cocteau que Jessica Nelson dessine. Véritable pygmalion du jeune Radiguet, il participa largement à faire émerger son protégé. Il joue avec lui un jeu entre séduction et distance. Amoureux fou du jeune prodige, leur relation serait restée platonique, pour l’auteure. Elle se concentre davantage sur les liens entre la création et sur la mort : « Et toujours, ce trou dans la poitrine, ces images effrayantes : incendies, berceau, tombes, une silhouette qui danse sur un toit… Raymond déteste ces réminiscences qui se confondent avec la réalité. Puis il les oublie. »

Est-ce que l’on doit vivre vite avant que la mort ne vous frappe ou est-ce cette façon de vivre qui précipite une mort trop précoce ? L’auteure vous laisse faire votre réponse dans cette balade passionnée.

Références bibliographiques et cinématographiques

Brillant comme une larme, Jessica.L. Nelson, Albin Michel. 308p. 19,90€

  • Raymond Radiguet, Œuvres complètes, Omnibus, 884 p., 2012, 20 €
  • Lettres retrouvées, 446 p., 21 €.

Adaptations cinématographiques

Le Diable au corps

  • 1947 – Claude…

Brillant comme une larme, Jessica.L. Nelson, Albin Michel. 308p. 19,90€

  • Raymond Radiguet, Œuvres complètes, Omnibus, 884 p., 2012, 20 €
  • Lettres retrouvées, 446 p., 21 €.

Adaptations cinématographiques

Le Diable au corps

  • 1947 – Claude Autant-Lara, avec Gérard Philippe et Micheline Presle
  • 1986 – Marco Bellocchio, avec Federico Pitzalis et Maruschka Detmers

Le Bal du comte d’Orgel,

1970 – Marc Allégret avec Jean-Claude Brialy

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