Dormez tranquille braves gens ! Medi’Pep veille

Medi’Pep est un charmant robot, bientôt accessible pour les particuliers. Il a été conçu pour alerter en cas d’éventuels problèmes de santé. C’est une grande première. Il est actuellement testé par trois maisons de retraite franciliennes. Une des missions de ce lanceur d’alerte est de faire évoluer des personnes âgées de l’état d’objets à celui de sujets de leur santé. Un clone dédié aux particuliers viendra bientôt pour des missions de surveillance, de prévention ou pour vous faire la lecture.

Elle est bien fatiguée Jeanne. En vitesse de pointe, elle parcourt trois cents mètres à l’heure. Son cœur bat souvent très fort. Ses jambes lui font mal, et elle redoute les chutes. A 87 ans, Jeanne a préféré s’installer dans une maison de retraite plutôt que de continuer à vivre seule dans son appartement. Finie la corvée des courses même si les voisins étaient bien gentils, terminée l’épreuve des repas à préparer même si sa fille ou la femme de ménage savaient lui mitonner des petits plats savoureux. Surtout, finie la solitude, avec son cortège de silence et d’angoisses. Et puis en cas de problème, Jeanne peut toujours interpeller une infirmière ou une femme de service. Evidemment, la serviabilité et le professionnalisme du personnel ne peuvent pas toujours compenser leur manque de disponibilité. Il faut parfois attendre longtemps avant qu’une fille arrive. Surtout la nuit, quand la même aide-soignante doit surveiller trois étages.

Dormez tranquille braves gens ! Medi’Pep veille

Presque un compagnon, rassurant…

Un véritable examen médical

Heureusement, la maison a été sélectionnée pour tester Medi’Pep, un charmant robot destiné à cerner d’éventuels problèmes de santé, accessible 24 heures sur 24, du lundi au dimanche, y compris en août et les jours fériés. Malgré son apparence et ses roulettes*, l’humanoïde ne se déplace pas. Jeanne doit longer le couloir jusqu’à l’ascenseur, arriver au troisième pour débouler dans la salle spéciale où réside Medi’Pep. Légèrement essoufflée, la Jeanne s’installe. Un peu autoritaire, mais toujours respectueux le robot entame ses instructions « Installez-vous. Parlez distinctement et (surtout) évitez de me toucher. » Le système de reconnaissance faciale du robot identifie la résidente en moins de temps qu’un éclair un soir d’été. Son dossier médical est automatiquement ouvert. L’air de rien, Medi’Pep continue de poser des questions et de donner des instructions. Comme une grande, Jeanne va prendre toute seule sa tension et sa température. Elle va aussi mesurer sa fréquence cardiaque et respiratoire. Bon tout va bien. Fausse alerte. Rassurée, Jeanne peut reprendre l’ascenseur et regagner sa chambre. N’empêche. Sa visite est indexée dans son dossier et signalée au personnel soignant. Si Medi’Pep avait détecté un problème, il aurait immédiatement envoyé une alarme par SMS à l’infirmière de garde.

Dormez tranquille braves gens ! Medi’Pep veille

 Medi’Pep alerte en cas de problème, après avoir interrogé l’utilisateur.

Stimuler plutôt que de prendre en charge

Si ses vielles guibolles la font souffrir, Jeanne a encore toute sa tête. Une exception à la maison de retraite. « C’est vrai reconnait Silvère Jauny, le patron de Spin’R, et père de Medi’Pep. Surtout ne croyez pas que les personnes âgées soient incapables de comprendre les instructions. Au contraire, plus elles sont stimulées, plus elles peuvent réaliser des actions. Il faut conforter les gens dans la croyance qu’ils sont les sujets de leur santé et non des objets soumis à la disponibilité et à la bonne volonté des personnels soignants. Même des personnes qui souffrent de problèmes de mémoire peuvent interroger le robot. » Silvère Jauny sait de quoi il parle. Cet ingénieur de formation et son associé Patrick Correggio justifient de nombreuses années dans le secteur médico-social. La cinquantaine passée, ils ne ressemblent pas aux startupers sur diplômés qui hantent la Station F et les incubateurs. Mais avec leur expérience, ils savent identifier des problèmes et déterminer les technologies et les solutions pour y remédier. Des Jeanne, ils en ont vu beaucoup. Toujours désagréable, le journaliste ne comprend pas pourquoi le robot ne se déplace pas dans les chambres des résidents des Ehpad.

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Bientôt un robot dédié aux particuliers

« Pour l’instant ça n’est pas possible, explique patiemment Silvère Jauny. Les robots ne le permettent pas. » Il est vrai, qu’à l’exception des machines-outils dédiés à des tâches peu nombreuses et répétitives, les robots ne savent pas faire grand-chose. Dans les concessions Renault, des humanoïdes dédiés à l’accueil font rigoler le chaland. D’autres machines servent les clients dans une poignée de restaurants de Tokyo. Mais c’est tout. Pas d’inquiétude. L’imagination humaine aura tôt fait de définir des usages et les ingénieurs de mettre au point les matériels. Mais en 2018, ils en sont encore à dessiner des aurochs sur les parois de Lascau. Medi’Pep est clairement une grande première dans cette révolution promise. Spin’R a cerné les besoins, réalisé le cahier des charges et conçu Medi’Pep en exploitant Pepper, le robot de Softbank Robotics et le savoir-faire informatique des développeurs de Conserto.  Aujourd’hui Medi’Pep est testé par trois maisons de retraite franciliennes.

La commercialisation démarre en juin. Et surtout nous promet Silvère « d’ici 12 à 18 mois, nous serons à même de diffuser un robot dédié aux particuliers. Il pourra effectuer des missions de surveillance et de prévention, sélectionner un programme TV, faire des lectures et piloter un système domotique. »