Culture

Exposition : Jean Le Gac, En plein air (Saison d’art du Domaine de Chaumont-sur-Loire)

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 1er septembre 2022

Parce qu’il est un artiste aux multiples identités, peintre-photographe, dessinateur-écrivain, cinéaste-narratif, romanesque et virtuose, Jean Le Gac est à la fois créateur d’histoires en tous genres et poète à la périphérie de l’art, En plein air, loin des cadres de tout atelier. La 15e saison d’Art du Domaine de Chaumont rend un hommage/rétrospective jusqu’au 30 octobre 22 à ce caméléon enchanteur qui puise son imaginaire dans le cinéma d’aventures et des récits de voyage toujours exaltés.

Jean Le Gac, La Grande Sieste de Bages, 1984, Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

Mon travail se juge au mur.
C’est au mur que je vois les œuvres fractionnées,
éclatées comme on dit d’un moteur dont on a démonté toutes les pièces.
Jean Le Gac

Des œuvres fractionnées, éclatées façon puzzle

Jean Le Gac, Le peintre masqué, Saison d’Art 22 Domaine de Chaumont-sur-Loire Photo OOlgan

L’accrochage dans les appartements des Galeries Hautes du Château de Baumont-sur-Loire permet de partir à la découverte – pièce après pièce – sans recul, ni anticipation d’une œuvre visuelle foisonnante, stimulante par ses références au cinoche ou récits d’aventures d’antan.  Jean Le Gac est passé maître dans la production d’œuvres qu’il revendique «  fractionnées, éclatées comme on dit d’un moteur dont on a démonté toutes les pièces » avec leurs parties picturale, photographique et textuelle  pour des récits fabuleux. Pour préciser « Ces expérimentations photographiques ont vite traduit le passage d’un style documentaire ou amateur vers une attention esthétique qui renoue avec le modèle pictural. »
Mais ce brouilleur créateur de pistes sait aussi se jouer des habits de l’artiste. Depuis toujours, Le Gac utilise des prête-noms qu’il fait endosser à ses figures de créateur. Le Peintre est tantôt masqué, incognito, anonyme, …

Ce brouillage de piste, refusant toute logique de carrière dans un genre, Le Gac né en 1936 l’assume. Pour les férus d’étiquette dans l’histoire d’art, alors, son travail se frotte à l’expression « Narrative Art » en marge de l’art conceptuel qui baptise dans les années 70 de nouvelles pratiques artistiques qui marquent un retour à la narration en combinant peinture, photographie et texte. Et une interpellation franche à l’imagination du spectateur-lecteur pour reconstituer avec force sensations visuelles, textuelles et scénographiques, le sens du récit transmis conjointement par l’image et le langage.

Je n’ai pas la mystique de la peinture pure
mais celle de l’énonciation des choses…
Yves Le Gac

Jean Le Gac, Le peintre de l’Ile de Skue, 1977. Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

La figure centrale de l’artiste en situation

« Il est, à la fois, monteur, réalisateur de cette fiction et il en est surtout, encore une fois, le personnage principal, aux multiples postulations et aux multiples décors. insiste Chantal Colleu Dumond, directrice du Domaine de Chaumont sur Loire. “Je viens du Nouveau Roman”, dit-il souvent, inspiré par les règles nouvelles de narration et de fiction de ce nouveau genre littéraire. Et c’est ainsi que s’invente une histoire, une sorte de figure du peintre. De la même manière que le Nouveau Roman préfère “l’aventure de l’écriture” à “l’écriture de l’aventure”, il ne cesse de raconter le récit du peintre qu’il n’a pas voulu être : “Je peins par procuration pour un peintre que j’ai inventé ». La langue de l’artiste auteur qui narre cette histoire est toujours remarquablement précise et le style impeccablement travaillé et maîtrisé. »

Jean Le Gac, Le dernier explorateur, 2008 Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

Véritable lanceur de fictions

Jean Le Gac cherche – avec gourmandise – en agitant mots et images à mieux nous permettre de capter un imaginaire à la fois le visible et l’invisible qui le borde. Et il est riche ce réel mémoriel, comme le chant poétiquement Chantal Colleu Dumond : « avec des éclats de vie et de rêve, des récits de voyages, des aventures en ballon, des jardins paradisiaques, des siestes dans la prairie… On y contemple tous les reflets d’une existence réelle et d’une existence fantasmée, le mystère de femmes endormies et de belles en fleurs, d’êtres secrètement blessés… On y découvre des visages géants, mais aussi des herbiers, des architectures, des bibliothèques…, d’innombrables images d’une fascinante vitalité, qui montrent combien le “réel est inépuisable ».

Jean Le Gac, La sieste (sur les coussins de l’auto), 2016 Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

Se laisser entrainer dans une fascinante poétique in process

Cette dynamique de l’imaginaire constitue le véritable atelier d’un artiste qui s’est toujours refusé d’avoir un atelier. Le titre de l’exposition en ‘En plein air’ se décline dans de multiples dimensions, liberté du peintre hors les murs, bouffée d’oxygène temporelle à déguster… et la confirmation d’un immense artiste, qui se livre entre fiction et confession, qui brouille les frontières, qui sépare le vrai du vraisemblable, mémoire qui résonne profondément avec la nôtre.

Je ne souhaite pas produire pour produire,
je désire ne faire que des œuvres qui sont strictement nécessaires à ce que j’ai essayé de bâtir.
Yves Le Gac

Jean Le Gac, L’illustration Pathè Kid, 1987 Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

En savoir plus sur la Saison d’Art 2022 du Domaine de Chaumont-sur-Loire

Saison d’Art 2022 jusqu’au 30 octobre
Domaine de Chaumont-sur-Loire, Établissement public de coopération culturelle
41150 Chaumont-sur-Loire – Tel. : 02 54 20 99 22 – contact@domaine-chaumont.fr
Ouvert tous les jours de l’année, des 10h00, y compris les jours féries (sauf le 1er janvier et le 25 décembre).

Jean Le Gac, Le coin cinéma du peintre, 1987 Saison d’Art, Domaine de Chaumont-sur-Loire 2022 Photo OOlgan

Bibliographie sélective : 

  • Catherine Francblin, Jean Le Gac, Paris, Art Press/Flammarion, 1984.
  • Ann Hindry – François Cheval, Jean Le Gac par Jean Le Gac, Paris/Cercle d’art, 1992.
  • Jean Le Gac :
    • Le Peintre de Tamaris près d’Alès, Crisnée, Yellow now, 1979.
    • Introduction aux œuvres d’un artiste dans mon genre, Arles, Actes Sud, 1987.
    • Jean Le Gac et le photographe, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1998.
    • La double exposition du je (fiction), La Seyne-sur-Mer, Villa Tamaris centre d’art, 2012.

Partager

Articles similaires

Le carnet de lecture d’Anne-Lise Gastaldi, pianiste, Journées Musicales Marcel Proust

Voir l'article

Le carnet de lecture de Denis Raisin-Dadre, Doulce Mémoire

Voir l'article

Le carnet de lecture de Vincent Dumestre, Le Poème harmonique

Voir l'article

Le carnet de lecture du Trio Zerline, Alice Szymanski, Estelle Gourinchas & Joanna Ohlmann

Voir l'article