Culture

Hommage à Edward R. Pressman, producteur américain indépendant

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 7 février 2023

C’est dans l’ombre que Edward R. Pressman vient de disparaître le 17 janvier dernier à l’âge de 79 ans. Issu d’une longue lignée de producteurs indépendants au nez creux, il fut un découvreur émérite de talents émergents. Une sagacité remarquable de 1969 à 2023 lui a permis de lancer et soutenir la carrière de réalisateurs tels que Brian de Palma, Terence Malik, Oliver Stone, Abel Ferrara ou encore Kathryn Bigelow. Son parcours de franc-tireur l’aura amené à produire des dizaines de films emblématiques :  du Phantom of the Paradise à American Psycho, en passant par (les) Wall Street et  The Crow.

Il faut revoir le générique du chef d’œuvre inaltérable de Brian de Palma, Phantom of the Paradise. Le lettrage en ampoules scintillantes façon Broadway, outre le titre, affiche de façon étincelante le nom de Edward R. Pressman. En 1974, Pressman âgé de 31 ans est l’heureux producteur de ce film qui va entrer dans la pop culture des années 80.

Un an auparavant le producteur a déjà fait œuvre d’un grand discernement en produisant non seulement Sisters, de sang du même Brian de Palma

mais surtout le premier long métrage de Terrence Malick, La Balade sauvage (1973).

 

L’architecte de films cultes

Toute la carrière de Edward R. Pressman en dehors de ses coups de maître déjà cités, sera émaillée de films qui seront à l’origine parfois d’un culte, souvent la marque d’un goût sûr.

En 1978, il permet à Sylvester Stallone, frais émoulu du méga succès oscarisé Rocky, de réaliser son premier long métrage, le méconnu et cependant aujourd’hui considéré comme une de ces curiosités qui suscitent l’appellation de trésor caché La Taverne de l’Enfer.

Poursuivant son bonhomme de chemin, toute sa filmographie est parsemée de films qui auront le mérite de receler chacun un intérêt ou un sens particulier.

Bien avant l’adaptation jugée impossible du roman mythique Sur la route de Jack Kerouac, il produit Heart Beat de John Byrum. Un film adapté de l’autobiographie de Carolyn Cassady, qui raconte les affres et les tourments du trio amoureux entre les protagonistes du roman de Kerouac alors que ce dernier est en train de l’écrire. Depuis John Byrum est totalement oublié, Heart Beat reste sûrement à réévaluer après une mise au placard face à son insuccès massif.

Qu’à cela ne tienne Edward R. Pressman enchaîne avec La Main du cauchemar, une série B, deuxième long métrage tout aussi oublié d’un réalisateur qui va sérieusement faire parler de lui, Oliver Stone.

Ensemble ils feront un succès et sa suite, Wall Street en 1987 et Wall Street : l’argent ne dort jamais en 2010. Entre les deux encore une œuvre à réhabiliter, Talk Radio  en 1988; inspiré de la vie d’Alan Berg, un avocat, homme de radio qui fut assassiné pour ses prises de position nocturnes.

Prolifique Pressman se retrouve délégué sur pas mal de productions aujourd’hui considérées comme mémorable, que ce soit Le Bateau (Das Boot) de Wolfgang Petersen, Conan le Barbare de John Milius ou encore Good Morning Babilonia de Paolo et Vittorio Taviani.

À l’origine de tous ces projets Pressman ne chôme pas, c’est lui qui lance Kathryn Bigelow en 1990 pour son premier film Blue Steel avec Jamie Lee Curtis en femme flic en prise avec un trader psychopathe qui lui a subtilisée son arme.

Entre temps il a trouvé le moyen de produire d’autres petites choses telles que Mort sur le grill de Sam Raimi, une comédie noire et loufoque écrite par Joel et Ethan Coen, True Stories  de David Byrne, un voyage au coeur de l’Amérique profonde ou encore Cherry 2000 une autre série B de science-fiction plus que très recommandable avec Mélanie Griffith. Et avant ça c’est encore lui derrière le projet Les Maîtres de l’Univers, aujourd’hui considéré comme culte au même titre que le Flash Gordon de quelques années son aîné.

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, car s’il continue à œuvrer sur des projets considérés comme mineurs mais cependant constituant bien plus que de simples curiosités, comme Walker d’Alex Cox, il affirme toujours son discernement en lançant Bad Lieutenant d’Abel Ferrara avec Harvey Keitel dont il produira également presque 20 ans plus tard le remake tout aussi remarquable de Werner Herzog avec Nicolas Cage. D’Abel Ferrara, il fera aussi New Rose Hotel, une réussite de film à petit budget adapté d’une nouvelle de William Gibson.

Cette litanie de références pour dire à quel point Edward R. Pressman a incarné un genre de producteur dont l’éclectisme n’est guidé que par l’envie de voir se déployer sur un écran de cinéma tous les types de films possibles et imaginables.

De l’univers pop de The Crow à Street Fighter en passant par Judge Dredd, la version certes inénarrable avec Stallone; Pressman ne s’est jamais lassé et a toujours relancé les dés à la façon d’un joueur guidé par une fraîcheur enthousiaste.

Dans les années 2000 il ouvre la voie de la notoriété à David Gordon Green avec L’Autre Rive, un thriller de haute volée interprété par Jamie Bell, Dermot Mulroney et Kristen Stewart (bien avant Twilight).

Puis ce sera à nouveau une production qui atteste de son esprit animé d’une boulimie sans préjugés qui le caractérise, puisqu’il est à la manœuvre derrière Thank You for Smoking, premier film de Jason Reitman (le fils de).

 

Attaché à la franchise The Crow, après trois épisodes, il la relance pour son dernier projet avec un remake très attendu de l’original réalisé par Rupert Sanders (Blanche-Neige et le Chasseur, Ghost in the Shell), qui sortira en 2023.

Jusqu’à la fin il aura mis la main à la pâte pour des films qui méritent de continuer à vivre dans la mémoire collective.

#Calisto Dobson

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