Hôtel Lutetia, l’art de vivre file Rive gauche

Avec la réouverture de sa brasserie, le Lutetia a enfin pris son rythme de croisière sur la Rive gauche à Paris. Ouvert l’année dernière, il a retrouvé le lustre de ses origines, tant par sa décoration Art déco revisitée par Jean-Michel Wilmotte que par une cuisine inventive qui y est servie, grâce aux chefs Benjamin Brial et Gérald Passedat. Bienvenue à bord.

Hôtel Lutetia, l’art de vivre file Rive gauche

En cherchant à renouer avec les fondamentaux du Lutetia, l’architecte Jean-Michel Vilmotte réinscrit le mythique établissement dans son quartier et dans l’histoire culturelle de la Rive gauche. Photo © DR

Un paquebot ancré dans son temps, son quartier et dans les Arts

Édifié sur les jardins de l’Abbaye aux Bois, chers à François-René de Chateaubriand et Juliette Récamier, l’hôtel à la surface ondulée comme une vague a ouvert ses portes en 1910, inauguré par Madame Boucicaut fondatrice et propriétaire du premier grand magasin de la capitale, Le Bon Marché. Il se devait alors d’être la référence de ce qui se faisait de mieux dans la capitale afin, dixit Pierre Assouline, auteur du roman ‘Lutetia’ (Folio 2006) : « que ses importants clients de province fussent logés dans un établissement tout proche et correspondant à leur train de vie, quand ils venaient faire leurs courses à Paris ».
Le patronyme romain de l’hôtel vient de Lutèce ; la devise au fronton de sa façade est celle de Paris « Fluctuat nec mergitur » que l’architecte Jean-Michel Vilmotte a remis en valeur :  « 1910, c’est l’époque des grands transatlantiques : l’idée est de rappeler un peu l’atmosphère des grands yachts d’autrefois à travers ce bois verni que l’on retrouve dans toutes les circulations, un peu comme des coursives de bateau… ».

De la petite à la grande Histoire

Depuis ses premières années, l’hôtel a noué des liens étroits avec la littérature et les arts. En témoigne aujourd’hui la bibliothèque du rez-de-chaussée très intimiste, qui contient plus de 1 600 ouvrages. De nombreux écrivains y ont séjourné : Albert Cohen (qui y a écrit son roman Belle du Seigneur), Consuelo et Antoine de Saint-Exupéry, Roger Martin du Gard puis, plus tard, Jean Cocteau, Albert Camus ou encore Françoise Sagan. Et de grands excentriques de Peggy Guggenheim à Pierre Bergé… mais la musique aussi – le jazz en particulier – en imprégneront les lieux.
Côté politique, Charles et Yvonne de Gaulle y ont passé leur nuit de noces le 7 avril 1921. Des accords de paix y seront signés. Enfin, Nikita Khrouchtchev, Georges Pompidou, François Mitterrand ou encore Jacques Chirac en ont fait leur lieu de rencontres parfois secrètes.
L’hôtel entrera vraiment dans l’Histoire pendant la Seconde guerre mondiale. Lors de la capitulation, l’Abwehr (les services de renseignement et de contre-espionnage de l’occupant) investira le lieu avec son cortège d’ombres torturées : « La réquisition du Lutetia par les Allemands n’avait épargné personne. Les serveurs servaient, les gouvernantes gouvernaient. Comme toute la France, ou presque. » note Pierre Assouline qui fait de l’hôtel un véritable héros. À la Libération, au nom du Général de Gaulle, il accueillera les déportés à leur retour des camps.

Hôtel Lutetia, l’art de vivre file Rive gauche

Une plaque témoigne du rôle joué par l’hôtel pour faciliter le retour des déportés dans leurs familles. Photo © DR

Une rénovation par la lumière

Pour arrimer le paquebot Lutetia au XXIème siècle, l’architecte Jean-Michel Wilmotte s’est appuyé sur les heures claires et brillantes de l’histoire. Il en résulte une transfiguration empreinte d’un esprit qui lie Art nouveau et Art déco. « Nous avons trouvé une partie de l’histoire et pour le reste, nous l’avons inventée » revendique-t-il. Il a ainsi fait appel à la quintessence des artisans français pour offrir un écrin de lumière naturelle à tout le bâtiment. Le Bar Joséphine aux décors exhumés, le restaurant, Le Saint-Germain avec sa verrière colorée et La Brasserie récemment ouverte en ont bénéficié.

Pour La Brasserie, l’architecte a repris la hauteur sous plafond d’origine avec une mezzanine qui se prolonge par une terrasse intérieure, creuset de quiétude aux beaux jours. Fresques évoquant des artistes, marbres blancs et noirs, cuirs blancs, bois acajou et blonds, le confort de l’endroit invite à la flânerie.

Hôtel Lutetia, l’art de vivre file Rive gauche

Dans la métamorphose du Lutetia, les efforts pour replacer le Bar Joséphine dans son jus initial sont les plus spectaculaires, notamment en exhumant la fresque monumentale ensevelie pendant des décennies sous du plâtre. Photo © DR

Au St Germain, une offre gastronomique de haute volée

Le restaurant Le Saint Germain situé sous une immense verrière, réalisée par Fabrice Hyber, est un véritable puits de couleurs qui suivent la course du soleil. Le chef Benjamin Brial propose une carte qui met en avant les produits : Quinoa bio en salade, concombre, fenouil et vinaigrette kalamansi : frais et goûtu ; Volaille jaune des Landes rôtie, riz croustillant aux algues nori, choux pointus au gingembre et jus court : exotique.

Leur mise en valeur est délicate, à l’image de son ‘thon rouge en tartare et vinaigrette pomzu’. Les desserts du chef pâtissier Gaëtan Fiard : Rhubarbe pochée au poivre cubèbe et glace au caillé de brebis ou Baba infusé au rhum vieux et menthe et citron vert, de haute tenue, surprendront tous les palais par leur fraîcheur.

Hôtel Lutetia, l’art de vivre file Rive gauche

Le chef Benjamin Brial a su magnifier le quinoa pour une assiette très colorée et savoureuse. Photo © DR

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La Brasserie du Lutetia vient de ré-ouvrir avec la cuisine ensoleillée de Gérald-Passedat. Photo © Richard Haughton

Éclats des saveurs méditerranéennes à la Brasserie

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A la Brasserie, le chef Gérald Passedat assume ses ascendances méditerranéennes en proposant son ‘Aïoli des familles’. Photo © Richard Haughton

Pour faire renaître la brasserie dans sa splendeur, il fallait un chef décapant dans tous les sens du terme. Gérald Passedat descendu de son Petit Nice à Marseille assume d’ensoleiller la cuisine. Si le lieu, pour suivre la tradition, offre un large choix de fruits de mer, les entrées du chef méritent qu’on s’y attarde, notamment les étonnantes charcuteries de la mer ‘Poissons fumés et séchés coupés en fines lamelles’, mais aussi ‘l’aïoli des familles’ ou ‘l’avocat de Jaffa à la mangue et au saumon’. C’est surtout l’exceptionnelle ‘brandade de cabillaud gratinée’, fine en bouche, délicate en saveurs qui laisse un souvenir attendri.
Le soufflé ‘tout passion’ achève cette fête du palais. Une adresse mythique qui se forge déjà un bel avenir.

À la reconquête de son statut de Palace

Les 184 chambres dont 47 suites cultivent cette esprit Belle Époque avec toujours cette touche art déco. Certaines d’entre elles possèdent des balcons. 7 suites signature se démarquent nettement allant jusqu’à offrir des terrasses de 70 m2 avec une vue à 360° sur Paris. « La réinterprétation du mobilier a vraiment été passionnante, assume l’architecte. Nous sommes partis du mobilier ancien en utilisant des matériaux différents : A titre d’exemple, nous retrouvons des bergères à oreilles, mais le cannage est remplacé par des lianes de cuir… Nous avons par ailleurs introduit le thème du bois pour amener une dimension chaleureuse au projet. » Marbre Statuario altissimo dans les salles de bains qui, à peu d’exception, disposent d’une fenêtre.
Enfin, un spa qui revendique une approche « holistique » fondée sur les 4 éléments, vient conclure une rénovation assumée, entre histoire et nouveautés. Mais pas accessible, las, à toutes les bourses.

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Le Spa Akasha avec sa piscine de 17 mètres en sous sol offre un espace de tranquillité au coeur du paquebot Lutetia. Photo © DR