Mécaniques

Juan-Peter Sedona, Requiem Mécaniques (LibriSphaera 2022)

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 23 novembre 2022

Passionné de sports automobiles, notre contributeur Calisto Dobson vient de publier sous le nom de Juan-Peter Sedona un émouvant témoignage sur les destins tragiques d’une douzaine de pilotes mythiques, de Pierre Levegh à Ayrton Senna. Son Requiem mécaniques (LibriSphaera) brosse une période révolue , celle des « héros » pour l’enfant qu’il était, loin de la froideur des pilotes actuels.  Il a confié à Singulars les ressorts de sa nostalgie et vous invite à sa prochaine signature : le 3 décembre au Chair de Poule (19h Paris 11e).

Rendre un hommage, que je souhaite digne et sincère,
à ces pilotes dont le destin a croisé ma route et mon imaginaire.
Juan-Peter Sedona

1955 (Le Mans) – 1995 (Imola),  10 étapes clés et autant de tragédies du sport automobile d’autan

Juan-Peter Sedona alias Calisto Dobson vient de signer Requiem Mécaniques, hommage à la F1 d’autant. Photo Laurence Guenoun 2022

C’est bien la fin d’un monde disparu que Juan-Peter Sedona a choisi de raconter en une dizaine de récits denses, bien documentés. Pour rendre la dimension épique au plus près des drames, l’auteur se glisse dans la peau des acteurs centraux : pilotes eux-mêmes, journalistes, ou témoins oculaires. Il le fut à Monaco en 1967 assistant avec son père à l’accident dramatique de Lorenzo Bandini.

Celui qui garde la nostalgie d’une enfance « prégnante d’odeur d’huile de ricin et de vapeurs d’essence sur la piste » plonge son lecteur – amateurs ou non de sports mécaniques – dans une fascinante galerie de pilotes dont le point commun outre un code d’honneur est d’avoir perdu la vie en toute connaissance de cause vie dans ce sport mécanique insensé.

Les champions d’hier me semblent bénéficier d’une aura
difficilement transmissible à ceux d’aujourd’hui.
Juan-Peter Sedona

Le coureur d’antan n’est plus

Avec son père lui-même coureur, Sedona partage et transmet son admiration profonde pour ses « héros » de jeunesse : « L’Antiquité avait ses gladiateurs, le Moyen-Âge ses joutes et ses tournois de chevaliers, aujourd’hui ce sont les pilotes de course ».

Mais aussi toute sa lucidité sur une ère qui s’est progressivement effacée après le décès de Senna en 1994.  Au profit (dans tous les sens du terme) des organisateurs et des marques : « « Risquer sa vie derrière un volant n’est plus considéré que comme un des éléments du pouvoir d’attraction de la Formule 1. (…) L’argent investi est parvenu à devenir une boussole. Celle qui prescrit ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est plus » constate-t-il cliniquement.

Votre Requiem mécaniques n’est-il pas le requiem de de courses de pilotes trop humains, remplacés désormais par des courses technologiques où le facteur humain se fond dans les enjeux mécaniques et économiques ?

Fangio disait qu’en son temps la voiture comptait à 75% et le pilote pour les 25% restants, il ajoutait que de nos jours la voiture faisait 95% du travail et que donc le pilote ne comptait plus qu’à 5%… Je ne saurais dire s’ il avait entièrement raison.

Cependant, il me semble et il s’agit d’un ressenti personnel, qu’en effet les pilotes et les courses d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux et celles d’hier. L’humanité à laquelle vous faites allusion s’est estompée au profit d’enjeux économiques, égotiques et financiers qui dépassent largement les seules péripéties d’une course automobile.

N’est-il pas paradoxal de parler de nostalgie en évoquant les 10 tragédies que vous évoquez ?

Ce serait en effet terrible de ressentir une nostalgie pour des accidents mortels ou pas. Si j’évoque ce sentiment ce n’est bien évidemment pas pour voir des pilotes mourir. Il s’agit plutôt d’un certain état d’esprit qui me paraît avoir disparu. Je crois ressentir une sorte de froideur chez les pilotes d’aujourd’hui. La mémoire peut jouer des tours et embellir nos souvenirs. À la fraternité que j’ai crû percevoir entre les pilotes jusqu’au début des années 80 se sont substitués une dilatation des égos et un conglomérat d’intérêts divergents. Enfin si réelle nostalgie il y a, c’est sans doute pour ma jeunesse et ces courses qui ont su m’enflammer.

Est-ce bien raisonnable de s’être identifié à ces pilotes et à leur mode de vie ?

Autrefois les risques de mourir étaient bien présents. Les pilotes couraient dans des cercueils potentiels. Il pouvait y avoir quatre ou cinq morts par an rien qu’en Formule 1. Pour l’enfant et l’adolescent que j’étais je ne pouvais qu’être fasciné et admiratif devant ces hommes pour qui prendre ce risque manifeste de se tuer était une donnée qu’il leur fallait assumer sans sourciller.

Au-delà de la figure émouvante de votre père pilote, pourquoi les risques acceptés par ces pilotes « qui voulaient gagner et qui en sont morts » vous émeuvent toujours ?

Sans doute comme je vous le disais, il s’agit de ma jeunesse, du fait de m’être identifié à eux au travers de mon père. Le fait d’avoir enfant assisté à l’accident de Bandini, puis d’avoir été contemporain de la tragique disparition de personnalités telles que Jim Clark ou encore François Cevert pour ne citer qu’eux m’a   profondément marqué.

Le risque humain ayant largement disparu aujourd’hui, la course automobile a-t-elle encore le même intérêt ?

Il y a quelque temps, je voyageais en train et à mes côtés une jeune femme, qui ne devait pas dépasser les 25 ans, regardait une vidéo sur son ordinateur. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un jeu vidéo, lorsque j’ai fini par l’interroger sur ce qu’elle visionnait, elle m’a répondu oh je regarde un grand prix en différé. À ce moment-là j’étais encore en pleine écriture, bien sûr je lui ai parlé de mon projet en cours. Elle était enthousiaste, me disant que non seulement elle en prenait bonne note mais qu’elle en ferait cadeau à Noël à plusieurs de ses amis. Depuis il me semble avoir senti un regain d’intérêt chez une partie de la jeunesse pour la F1. Alors oui c’est heureux que le fait qu’il n’y ait pratiquement plus de morts ne rende pas la Formule 1 obsolète. Le cas contraire voudrait dire que le public ne s’intéresse qu’aux accidents.

Dans la mesure où ils ont marqué profondément votre imaginaire de jeunesse, diriez-vous que les pilotes d’hier étaient les « chevaliers sans peur et sans reproche » de votre enfance ? sinon à qui les jeunes d’aujourd’hui pourraient-ils les identifier ?

“Chevaliers sans peur et sans reproche”, je ne sais pas. Des héros pour moi ils l’étaient très certainement. Aujourd’hui je pense qu’il ne s’agit pas du même type d’engouement. Je crois que les pilotes d’aujourd’hui sont admirés pour leurs performances et leurs qualités techniques, un peu comme des athlètes. Attention il ne faut rien retirer du mérite des pilotes d’aujourd’hui. Leur niveau de pilotage demande des qualités hors norme. Même si les F1 d’aujourd’hui sont beaucoup plus sûres, les voitures actuelles ont des performances redoutables et les conduire demandent des capacités physiques et cognitives de très haut niveau. Ce n’est tout simplement pas comparable. Vous ne pouvez pas mettre Top Gun face à Mermoz, Guillaumet ou Lindbergh.

Ces héros en sont-ils encore ? À vos yeux, sur les 10 cités, quel est celui qui est le plus emblématique de votre nostalgie ?

Comme je vous le disais, ce sont d’autres types de héros. Ce sont d’autres temps. Mon projet était aussi de rendre hommage à une époque révolue. Bientôt les moteurs tels que nous les connaissons auront disparu. D’autres types de carburants seront mis au point. La Formule E fait de plus en plus d’émules.
Quant à qualifier les pilotes d’aujourd’hui de “héros”, ça ne me semble pas approprié. Je dirais que ce sont des stars, c’est une autre appellation. Enfant j’admirais Jim Clark, pour moi il représentait la quintessence de ce que devait être un pilote. Si je ne devais en citer qu’un ce serait lui. Sinon nostalgie mis à part la figure de Gilles Villeneuve m’émeut particulièrement. Il m’apparaît comme un homme ayant gardé une âme d’une grande fraîcheur, à mon avis il incarnait la course dans le sens le plus pur.

Y a-t-il et en faut-il encore dans la course automobile ? Lesquels ?

Le pilote d’aujourd’hui pour lequel j’ai une affection particulière est Sebastian Vettel qui vient de prendre sa retraite. Il dégage de sa personne une simplicité, une humilité qui me touche. Par ailleurs, en homme de son temps il tente de sensibiliser le monde au danger climatique qui fait aujourd’hui plus que nous guetter. Ce qui me paraît remarquable pour un pilote de course.

Les courses mécaniques ont-elles encore une nécessité, et un avenir ?

Les courses ont de tout temps apporté des avancées technologiques majeures. Que ce soit en matière de sécurité bien sûr, mais également en ce qui concerne la fiabilité, les performances. Nous pouvons imaginer qu’à l’avenir elles pourront aider à développer des moyens de transport non polluants, fiables et performants.

Propos recueillis à la sortie de livre le 10 novembre 2022

En savoir plus sur Juan Peter Sedona

Juan Peter Sedona alias Calisto Dobson : À l’âge de six ans, il arrive dans le sud de la France et fréquente le Grand Prix de Monaco tout le long de son enfance, puis de son adolescence, ainsi que les circuits du Paul Ricard et de Monza. Parisien depuis 1978, il a exercé plusieurs métiers, de la banque, au commercial, à la restauration en passant par l’import de produits audio et audiovisuels pour une grande enseigne de distribution. Il a également été le manager d’un groupe de pop rock et exerce actuellement des fonctions en tant qu’agent de la Ville de Paris. Il contribue à Singular’s depuis deux ans. 

Agenda des signatures

  • le 3 décembre, 19h. Chair de Poule, 141 Rue Saint-Maur, 75011 Paris

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