La nature perle, la culture clone

L’histoire des perles de culture est fascinante et instructive. A l’origine, les fameuses perles autrefois réservées aux mandarins et maharajas provenaient des coquillages à l’intérieur desquels des pêcheurs par hasard découvraient une perle. Certains en mouraient, au fond des mers. Et puis l’humanité a trouvé le clonage pour rendre ce luxe moins cruel. Mais pas vraiment démocratisé.

La nature perle, la culture clone

Pêcheurs de perles au travail. Photo © wki

Quand une perle valait bien de mourir en apnée

Les humbles pêcheurs en mers du Sud ne pouvaient comprendre cette défense par la beauté : dans la masse des mollusques qu’ils ramenaient en surface, certains contenaient une perle nacrée, scintillante, lovée sur ce qu’on nomme le manteau des coquilles défendues par leurs valves. C’était si beau, si rare, que les princes des Indes et bientôt les grands de ce monde en voulurent le privilège, et que se développa un commerce où, au début de la chaîne, les moins payés étaient évidemment les plus exposés, tant il fallait remonter de coquillages et plonger toujours plus profond pour espérer dégoter la perle rare. Combien y restèrent, envoûtés par le grand bleu des fonds et l’espoir que cette huître, là-bas tout en bas sous cette roche et sa flore alanguie, allait peut-être les sauver de l’apnée et de la misère. Les autorités prirent des mesures drastiques pour endiguer cette folie plus dangereuse que les recherches d’or.
Ce n’est pourtant pas ce qui changea la donne du trafic mondial, les hommes étant ce qu’ils sont.

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Quand la nature se défend par un bijou

Les hommes en effet ne sont pas que cupides mais ingénieux aussi ; ils finirent par comprendre pourquoi et comment des mollusques pouvaient bien créer pareille beauté, si inutile et gratuite pour eux en apparence. La perle est en fait une défense immunitaire que sécrète l’huître pour se protéger d’un parasite, d’un corps étranger qui la blesse : elle l’entoure peu à peu de nacre pour l’enfermer et l’isoler. Y a-t-il plus beau pansement immunitaire au monde ? On a découvert aussi une différence entre les perles d’eau douce, que la Chine moissonnait depuis plus de 2000 ans, et les perles des profondeurs marines : celles-ci sont plus brillantes, mais la nacre de leurs cousines d’eau douce est plus variée de couleurs et de formes.

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Mikimoto Kōkichi introduit un corps étranger dans une perle. Photo © Wiki

Quand les hommes imitent la nature

Une fois ceci compris, au tournant des années 1890 – 1900, des chercheurs japonais ont cherché les moyens chimiques de reproduire le processus de sécrétion de nacre perlière. Le grand nom de ce tournant est Kokichi Mikimoto qui, par la découverte du principe naturel et par son sens des affaires, sut répandre dans le monde entier sa découverte et sa nouvelle pratique commerciale. Il trouva le procédé d’introduction du corps étranger – ce qui occasionna d’abord de grosses pertes dans les parcs à huître ; et un dentiste réputé trouva moyen de détacher sans dégât la perle du manteau de coquillage. Augmentant la production et baissant les prix en conséquence, on peut dire qu’en moins de cinquante ans Kokichi Mikimoto démocratisa la perle rare, le plus fabuleux bijou de cette planète. Du fond des mers et des courants des fleuves il passe désormais en colliers et bracelets autour du cou et des poignets des femmes et des hommes (grâce à l’expertise et la créativité d’artisans d’art comme Blanche de Castel). Cette victoire du commerce n’empêche pas la légende.

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Perles montées par Blanche de Castel en collier. Photo © Jean-Philippe Domecq

Quand la nature fait symbole

De son énigmatique et paradoxale origine, où la nature fait de blessure beauté, l’étonnement humain n’a pu s’empêcher de tirer toute une symbolique des perles. Ainsi a-t-on pu dire que les perles étaient les larmes des dieux déposées chaque jour avec la rosée ; qu’elles écartent le mal et apportent amour et fertilité en toute pureté. Ce qu’il y a de vrai là-dessous, de toujours vrai quel qu’en soit le commerce, c’est que nous autres humains nous restons fascinés que la beauté naturelle soit beauté qui s’ignore et dépasse notre capacité d’invention.

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