Lifestyle

LATER..., des vêtements 100% recyclés, 100 % stylés by Benoît Tardif et Benjamin Hooge

Auteur : Anne-Sophie Barreau
Article publié le 2 janvier 2024

(Pour une mode éthique) « Cultiver un hédonisme raisonné » : tel est le credo de LATER… , la marque de vêtements éco-responsables installée à Rennes. Lancée en duo par Benoît Tardif et Benjamin Hooge en 2018, celle-ci démontre avec brio selon Anne-Sophie Barreau qu’un modèle circulaire de l’industrie textile est possible – en l’occurrence en récupérant le fil de vêtements jetés pour fabriquer de nouveaux vêtements – sans rien céder ni à la qualité, ni au style, avec des pièces confortables inspirées par la culture américaine mais aussi la couture française. Benjamin Hooge revient pour Anne-Sophie Barreau sur  la philosophie LATER…

150 000 tonnes de vêtements sont jetés chaque année
Notre idée était de créer des vêtements en maîtrisant totalement la chaîne de valeurs en amont et en générant le moins d’impact possible sur l’environnement.
Benjamin Hooge, co-fondateur de Later

Benoît Tardif et Benjamin Hooge fondateurs de LATER…, des vêtements 100% recyclés Photo LATER…

Comment vous est venue l’idée avec Benoît Tardif de créer Later ?

Nous avons, Benoît et moi, tous les deux grandi à Rennes et sommes des amis d’enfance. Nous avons quitté Rennes au début de notre vie professionnelle. Benoit est styliste, pour ma part, avant LATER…, j’ai travaillé pendant huit dans l’industrie agroalimentaire où je m’occupais notamment des nouveaux usages liés à l’arrivée du bio. Quand nous sommes revenus à Rennes il y a quelques années, Benoît avait envie de créer une marque de vêtements différemment, et moi de lancer une entreprise reflétant mes valeurs, il y avait donc un bel alignement des planètes.  Un soir de novembre 2018, nous avons beaucoup discuté, et voilà, LATER… était né.

LATER…, des vêtements 100% recyclés, 100 % stylés by Benoît Tardif et Benjamin Hooge Photo LATER ..

Avec des vêtements faits à 100% à partir de vêtements recyclés, vous allez loin en matière d’éco-responsabilité…

Nous avions l’un et l’autre déjà amorcé notre conversion vers des usages et des modes de consommation différents autour d’une question centrale : comment imaginer une consommation plus responsable pour l’environnement incluant en amont toute la chaîne de production ? Dans mes précédentes fonctions, j’accompagnais un certain nombre de projets innovants.  J’avais donc une idée précise de la manière dont je voulais procéder.

Comment fonctionne LATER… ?

Notre idée de départ, inspirée de la réflexion que j’évoquais à l’instant, était de créer des vêtements en maîtrisant totalement la chaîne de valeurs en amont. Des vêtements, de surcroît, qui allaient générer le moins d’impact possible sur l’environnement. Parallèlement, nous avons découvert que 150 000 tonnes de vêtements étaient jetés chaque année en France. Nous avons immédiatement décidé que ce serait notre matière première.

LATER…, by Benoît Tardif et Benjamin Hooge Photo LATER…

Pendant un an, nous avons fait le tour de la France. Nous avons travaillé avec des enseignants chercheurs et des industriels pour voir comment il était possible de fabriquer des vêtements uniquement avec des vieux vêtements. C’est ainsi que nous avons découvert les Filatures du Parc à Brassac dans le Tarn. L’entreprise avait mis au point un procédé technologique pour recycler les ceintures de sécurité : elle les transformait en tissus pour la voiture Zoé de Renault. Ce procédé nous a intéressés. L’entreprise a pu l’adapter en recyclant la laine et le coton de vieux vêtements pour en faire un fil neuf. Concrètement, elles achète de vieux vêtements à des collecteurs du type « Le Relais », les trie par couleur et par composition et les défibre. Le mélange cotonneux obtenu est lui-même mélangé à plusieurs couleurs pour obtenir la couleur de sortie. Il n’y a aucune teinture ajoutée. Les fils sont ensuite acheminés à Castres chez notre tisserand, les Tissus Calvet. Enfin, ils sont envoyés au nord de Porto dans nos ateliers de confection.

Pourquoi ce choix du Portugal pour la confection ?

Le Portugal a développé depuis longtemps un savoir-faire dans l’industrie textile qui s’est renforcée pendant la crise sanitaire quand de nombreuses marques ont rapatrié leur production en Europe. Nous avons donc dès le départ décidé d’y installer nos ateliers de confection. Aujourd’hui, nous continuons à travailler occasionnellement avec des ateliers situés en France mais nous sommes entièrement satisfaits de la relation de travail que nous avons avec nos partenaires portugais. Par ailleurs, à conditions de travail similaires et qualité de travail égale, le coût est deux fois moins élevé au Portugal.

Culture américaine, tayloring à la française

Nous sommes convaincus que pour faire évoluer les usages, il faut continuer à se faire plaisir, notamment en s’habillant.
Benjamin Hooge

La chemise worker LRD x LATER… Photo LATER ..

Comment définir le style Later ?

La notion de plaisir est au cœur de la marque. Nous sommes convaincus que pour faire évoluer les usages, il faut continuer à se faire plaisir, notamment en s’habillant. On retrouve cet esprit dans nos pièces. Nous avons des gammes colorées, des pièces intemporelles. Faire ce travail n’a de sens que si nos vêtements peuvent être portés longtemps. Les matières sont assez épaisses, confortables. Nous avons commencé avec des surchemises, des vestes et des chemises. Benoît et moi avons grandi dans les années 90. Nous avons donc été bercés par le rêve américain même si aujourd’hui nous en sommes largement revenus. Dans nos pièces, on retrouve cette inspiration issue de la culture américaine, mais aussi les codes du tayloring à la française. Benoît a en effet travaillé dans des maisons telles qu’Hermès, Prada ou Saint Laurent. Nous voulons quelque chose d’assez épuré et efficace à la fois avec des détails qui ont du sens.

Transparence

LATER…, by Benoît Tardif et Benjamin Hooge Photo LATER …

Nous donnons toute l’information sur le prix : matières, transformation, confection, logistique, salaires…
Benjamin Hooge

 Autre spécificité, la transparence, vous indiquez la répartition de sa valeur sur l’étiquette du vêtement

Nous souhaitons jouer sur tous les leviers de transformation des habitudes de consommation. D’un côté, le plaisir, de l’autre, la transparence. Pendant des années, on a consommé n’importe comment, sans se poser de questions. Nous ne prétendons pas détenir la vérité, nous ne faisons pas de prosélytisme, en revanche, nous sommes parfaitement à l’aise pour dire ce que nous faisons. Nous sommes donc totalement transparents, libre à chacun ensuite de juger si le prix, l’origine, le choix conviennent à ses attentes. Nous donnons toute l’information sur le prix : matières, transformation, confection, logistique, salaires, cela nous semble important que les gens comprennent pourquoi un vêtement de qualité fabriqué localement coûte ce prix-là. On est tellement habitués à avoir une chemise à 15 euros. Je peux tout à fait comprendre qu’on ait du mal à imaginer qu’une chemise puisse coûter 150 ou 200 euros.

« Ce prix inclut une contribution à l’association « 1% pour la planète »..

Nous avons tout de suite intégré le « 1% pour la planète » dans notre business plan. Reverser 1% du chiffre d’affaires à des associations qui ont un impact positif pour la planète est une action modeste, mais en même temps, si tout le monde le faisait, les impacts seraient non négligeables.

Agence de la transition écologique

LATER…, by Benoît Tardif et Benjamin Hooge Photo LATER…

On peut théoriquement donner trois vies à un vêtement.
Benjamin Hooge

En quoi consiste votre partenariat avec l’Agence de la transition écologique (ADEME) ?

Nous avons obtenu un financement de l’ADEME pour un projet de recherche qui consistait à déterminer combien de fois il était possible de recycler des vêtements en boucle fermée, étant entendu qu’une de nos ambitions est de montrer qu’un modèle circulaire de l’industrie textile est possible, autrement dit, qu’il est possible de fabriquer un produit avec les déchets de ce même produit, ce que nous faisons en fabriquant des vêtements avec des vêtements. Nous voulions voir si cette circularité pouvait être répétée. Sur un volume de 200 kg de matière, nous avons réussi à montrer en laboratoire qu’on était capable de fabriquer une surchemise en laine avec du fil recyclé puis de la détruire une deuxième fois, de refaire du fil, et de fabriquer cette même surchemise une troisième fois.

On peut donc théoriquement donner trois vies à un vêtement.

L’ambition à présent est de monter ce projet grandeur nature avec des clients qui porteront le vêtement entre chaque itération.

#Anne-Sophie Barreau

Pour suivre LATER…

LATER… compose avec l’existant et crée des vêtements 100% recyclés pour que plaisir et consommation raisonnée puissent se conjuguer.

Nous utilisons uniquement des matières 100% recyclées issues de vieux vêtements. Même nos boutons proviennent de surplus de production de lait. Nous connaissons chacun de nos partenaires, du filateur au confectionneur.
Ourdissage, tissage et ennoblissement : C’est l’expertise sur ces trois métiers qui permet d’obtenir la belle qualité que nous vous proposons sur les vêtements LATER…
Benoît Tardif et Benjamin Hooge

Où essayer les produits LATER…

  • DEMAIN RÉTRO PARIS, 12 rue des Gravilliers, 75003 Paris ;  c’est un concept store qui mêle une sélection de marques de créateurs avec sa collection de pièces vintages.
  • ARCHER CLERMONT-FERRAND, 4 Rue du Terrail, 63000 Clermont-Ferrand ; Gauthier Holmière et Pierre Causse proposent des vêtements et accessoires pour hommes, dans une démarche responsable et durable.
  • STOR’AGE CAEN, 92 Rue Saint-Pierre, 14000 Caen ; Boutique lifestyle, street et créateurs…

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