Culture

Le carnet de lecture de David Theodorides, Sinfonia en Perigord.

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 16 aout
2021

Chanteur et mélomane, David Theodoridès est le directeur de Sinfonia en Périgord depuis 2001. Ce festival qu’il a créé avec son père Michel en 1990 au coeur du patrimoine périgourdin fête sa 30 édition du 21 au 28 aout. Il garde le cap d’une programmation ambitieuse animée d’une même conviction: la musique baroque est toujours une musique contemporaine, magnifiée par des artistes d’aujourd’hui. C’est aussi sa dernière édition puisqu’il prend la Direction générale du Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye aux Dames de Saintes.

Un creuset fertile du mouvement baroque

 

Sinfonia en Périgord, c’est d’abord l’histoire d’un père et d’un fils qui lance voici 30 ans, un festival de musique baroque. Au fil des années, le festival a su gagner son identité auprès des périgourdins et aux cotés des laboratoires baroques historiques comme Saintes, Beaune, Sablé, Ambronay et Pontoise.

David Theodorides, cofondateur et directeur de Sinfonia en Périgord signe avec la 30é edition son départ pour une nouvelle aventure.

Et comme ses ainés, il est devenu un creuset indispensable de découvertes, de créations et de prise de risques : “Sinfonia est un lieu où se retrouvent les grands du moment, revendique David Theodoridès avec une légitime fierté. mais où l’on découvre les grands de demain aussi ; de jeunes pousses que le festival a accompagnées et aidées à forger leur identité”.
Grâce à ces institutions indispensables à l’économie des ensembles, la vitalité du mouvement baroque en France reste exemplaire, à la fois créative en termes de répertoires et dynamique en terme de renouvellement des ensembles (alors que les autres pays européens berceaux du mouvement peinent à se renouveler).
Ici, chaque génération de musiciens fait naître de nouveaux ensembles, avec de nouvelles ambitions et de projets à instar des Kapsnerger’girls, en résidence en 2019 et cette année l’ ensemble Marguerite Louise (voir Carnet de Gaétan Jarry), en concert le 26 aout, ou tout le long de la semaine à 15h avec les Cartes blanches aux Jeunes Talents 2021 : Ens. Salmanazar, Ens. Les Souffleurs, Ens. Etrange Eclat, La Camera Chromatica, Ens. La Quinta pars Ens. Il Burranello… Le relève est déja là !

Des allures de fête familiale

L’identité du festival est désormais bien ancrée dans le patrimoine architectural et la programmation estivale de Périgueux et de sa région, à côté d’ « Art et Eau », dédié à l’art contemporain, et de Mimos, festival international du mime. Elle a évolué avec

Même s’il peut être fier d’un chemin parcouru, David Theodoridès n’est pas de ceux qui se gargarisent d’éditions commémoratives, il n’aime que se projeter sur l’avenir, d’imaginer de nouveaux formats, ce qu’il appelle des “plus” pour donner toujours plus d’ame au Festival pour les mélomanes comme pour les interprètes. Par contre, il assume que la programmation toujours aussi dense de la 30 édition ait « des allures de fête familiale ».

30 ans de conquêtes et de risques, avec ses hérauts et ses disciples

La 30é édition cristallise à la fois le projet et la dynamique du Festival et du mouvement baroque : « Quatre générations qui apportent chacune leur personnalité, leur langage, insiste le directeur féru de croisements et d’acculturation, en citant les anciens (La Fenice, Le Concert Spirituel, …), deux générations d’ intermédiaires (Poème Harmonique, Les Cris de Paris, …) et les hérauts de la nouvelle génération (Les Ombres, Les Surprises, Justin Taylor, , …). Mais c’est aussi l’occasion de montrer que la musique baroque ce ne sont pas que des concerts, mais aussi une forte inventivité liée à la scène. » Trois spectacles sont ainsi mis en scène : Le Carnaval Baroque » par le  Poème Harmonique, Les Aventures du Baron de Münchhausen par le Concert Spirituel, le San Giovanni Battista de Stradella par le Banquet Céleste.

Le double moteur inextinguible de la curiosité et du plaisir

Un festival même trentenaire ne doit pas sa pérennité à sa seule ligne artistique, elle la doit à son esprit hédoniste, de cette ferveur communicative qui relie interprètes, bénévoles et public. Elle le doit autant à la diversité des lieux qui l’abritent à Périgueux et alentours qu’à une ambiance festive conviviale et décontractée qui permet autant un rapport direct et bienveillant avec le public, que des initiatives et des surprises. A ceux qui cherchent un lien, le directeur assume son eccléctisme (qui se retrouve aussi dans son Carnet de lecture) : « . Il n’y a pas de thématiques, mais des choix, des envies. » Et  cette curiosité, marque d’un festival nourrit l’aventure depuis 30 ans.

Une page se tourne.

En prenant le direction et l’animation du Centre culturel de rencontre de l’Abbaye aux Dames de Saintes avec son patrimoine, son offre d’hôtellerie, et bien sur son festival baroque dont le DA Stefan Maciejewski signera la programmation 2022 se lance un nouveau défi.

Mais c’est une (belle) histoire à écrire.

Le carnet de lecture de David Theodorides

 Heinrich Schütz – Les sept paroles du Christ en Croix et autre motets, Ensemble Clément Janequin – Les Sacqueboutier de Toulouse, Harmonia Mundi (enregistré en 1987). Ma première émotion baroque et mon premier vrai contact avec ce répertoire du 17e siècle. J’ai dix sept ans et je vais au festival de la Chaise Dieu pour entendre Georg Cziffra dans ce qui sera son tout dernier récital. Mais comment ne pas profiter alors de la richesse de la programmation offerte : Un Requiem Allemand de Brahms, Les Vêpres à la Vierge Marie de Monteverdi et ces fameuses paroles, dans la petite chapelle de ce site majestueux. Nous sommes peut être 200 spectateurs. Très vite, je me sens porté et enveloppé par l’inventivité, la beauté de ces lignes mélodiques rayonnantes de ce compositeur allemand particulièrement inspiré par son maître Gabrieli. La tension est palpable et la sensation physique d’une émotion collective me saisie. « Eli, Eli, lema sabbaqthani? » Père, pourquoi m’as Tu abandonné? »
La sidération m’envahit…je reste longtemps muet après cette expérience fondatrice.

Robert Schumann – Dichterliebe, Fritz Wunderlich, ténor – Hubert Giesen Piano, Deutsche Grammophon. Schumann rêvait de musique en écrivain. Sa quête d’un langage musical absolu, tantôt écrivain tantôt musicien, à la fois Eusébius ou Florestan, Schumann nous a offert un corpus d’oeuvres tout à fait remarquable : Les papillons, Les scènes d’enfants, Le Carnaval…plus tard de la musique de chambre et orchestrale. Surtout, il nous lègue quelques uns des plus beaux cycles de Lieder et parmi ceux là, les Amours du poète dans lesquels deux chants se mêlent intimement sur les poème de Heinrich Heine: Le piano et la voix alternent et se répondent, se mêlent. La fougue, la légèreté, le silence et l’extase, le désespoir succède à l’euphorie dans ces courtes pièces, qui explorent mieux que quiconque les ressorts de la création et de l’amour tour à tour platonique, charnel, sublimé puis déçut, amer, désespéré.
Le timbre pur et clair du ténor allemand, se fait solaire, gai et enjoué, nous entraine insidieusement dans les méandres de ce recueil jusqu’au tragique final. Le piano de Giesen est un contrechant parfait, épousant sans peine la voix du chanteur prolongeant à l’infini le chant d’un Wunderlich qui disparait prématurément quelques mois plus tard.
Pour moi une des plus belles interprétations de l’oeuvre du poète musicien.

Corelli – Sonates da Chiesa. Ensemble Aurora – Enrico Gatti. Arcana. Ces sonates pas plus que l’oeuvre d’Archangello Corelli n’ont fait l’objet d’une découverte dans le silence profond des bibliothèques vaticanes. Rachmaninov lui même proposait en son temps des variation au piano des la follias du compositeur. Corelli, comme Biber ou Vivaldi ont contribué à l’avènement du violon comme instrument majeur, alors qu’il était jusque là confiné au rôle d’instrument d’orchestre. La famille des violes lui étant préférée jusqu’au prémisses du 18e siècle.
Avec ces sonates da Chiesa, souvent interprétées sur instrument moderne, Correlli invite l’auditeur à l’introspection, la pénitence, mais surtout à l’élévation de l’âme. Pour le croyant comme pour l’athée, ces pièces sont autant d’invitations à trouver en soi une spiritualité puissante. Avec Enrico Gatti et l’ensemble Aurora, le temps semble suspendu, tant les tempi sont étirés sans longueur pour autant, les sonorités pleines, les coup d’archets à la fois affirmés et délicats.

Hommage à Tsitsanis, Collection Ocora – Radio France. Sans doute mes racines grecques me ramènent souvent à ces Rebetiko qui sont à la fois l’expression de l’exil, de la nostalgie, mais aussi la revendication de la liberté. Apparues dans les années 1920, ces musiques populaires qui connaitrons un succès mondial grâce notamment à Anthony Queen en Zorba le Grec, ont une histoire mouvementée, Apparue en même temps que la guerre de libération de la Grèce et l’exil des grecs vivant sur les côtes turques de la Méditerranée, elles sont contraintes à la clandestinité sous le régime de Metaxa qui réprime sévèrement les musiciens pour atteinte aux bonnes mœurs. Entre orient et occident, ces mélopées solaires, véritable blues méditerranéen, les improvisations à l’Oud comme au Bouzouki, nous invitent à une sorte d’euphorie intérieure, grave et jubilatoire. Il ne se passe pas une année sans que je m’y replonge avec délice.

Puccini – Tosca, Callas – di Stefano – Gobbi, Dir: De Sabata. Un opéra extraordinaire sous forme de huis clos fatal. Le livret comme la musique sont d’une modernité déconcertante, un opéra en temps réel, presque un reportage historique, abordant à la fois des thématiques politiques, psychologique et esthétique. Surtout, un trio vocal unique dans cet enregistrement. Tito Gobbi cruel à souhait, ambigu et cynique, Di Stefano solaire et passionné, Callas intransigeante, sacrificielle. Tout concourt dans cette version à une incarnation intemporelle de l’œuvre.

Pour suivre le Festival Sinfonia en Périgord

Sinfonia en Périgord
Du 21 au 26 août 2021 – Périgueux et ses environs
réservation

Programme de la 30é édition 

  • Samedi 21 août 2021 Théâtre de l’Odyssée de Périgueux – 21h Le Carnaval Baroque par le Poème Harmonique, dirigé par Vincent Dumestre / mise en scène Cécile Roussa
  • Dimanche 22 août 2021 Commune de Sorges – Ligueux
    • 11h Ay Santa Maria par l’ensemble ApotropaïK
    • 16h De Venise à Paris par l’ensemble Les Ombres
  • Lundi 23 août 2021 Commune de Périgueux
    • 17h Dialogue Vénitien par l’ensemble Pizzicar Galante
    • 21h Concertos de Bach par l’ensemble Caravansérail, dirigé par Bertrand Cuiller
  • Mardi 24 août 2021
    • Commune de Sanilhac- 17h Carte blanche à Justin Taylor
    • Commune de Coulounieix – 21h Passions par l’ensemble Les Cris de Paris, dirigé par Geoffroy Jourdain
  • Mercredi 25 août 2021
    • Commune de Château l’Eveque- 17h Misteri Gloriosi, par l’ensemble La Fenice
    • Commune de Périgueux – 21h Les aventures du Baron de Munchausen par Le Concert Spirituel
  • Jeudi 26 août 2021
    • Commune d’Antonne – 17h Les sept dernières paroles du Christ en Croix par l’ensemble La Chapelle Rhénane
    • Commune de Sanilhac – 21h Larmes de grâce, par l’ensemble Marguerite Louise voir le Carnet de Gaétan Jarry
  • Vendredi 27 août 2021
    • Commune de Chantérac – 17h San Giovanni Battista par l’ensemble Le Banquet Célèste, dirigé par Damien Guillon, Mise en scène : Vincent Tavernier
    • Commune de Périgueux – 21h Rivals Samuel Hengebaert, violoncello da spalla / Ronan Khalil, clavecin
  • Samedi 28 août 2021
    • Commune de Périgueux – 17h L’art de la fugue avec le claveciniste Kenneth Weiss
    • Commune de Périgueux – 21h Rameau chez la Pompadour, par l’ensemble les Surprises (ensemble en résidence)

du lundi 23 au samedi 28 août 2021, 15h : Les jeunes Talents,

  • Ens. Salmanazar
  • Ens. Les Souffleurs
  • Ens. Etrange Eclat,
  • La Camera Chromatica
  • Ens. La Quinta pars
  • Ens. Il Burranello

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