Culture

Le carnet de lecture de Joël Suhubiette, chef des chœurs Jacques Moderne et Les Eléments

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 12 octobre 2022

Des polyphonies médiévales à la création contemporaine, le chef des chœurs Jacques Moderne (crée 1993 à Tours) et Les Eléments (crée en 1997 à Toulouse) s’émerveille des richesses du chant a capella. Sans oublier la direction d’opéra, Joël Suhubiette sait partager sa fascination pour la voix. Il dirige Les Eléments, dans la Petite Messe solennelle de Rossini, le 16 octobre, au Festival de Laon et la création mondiale des Poèmes à Lou de Guillaume de Chassy, les 18 et 19 novembre, et Sérénade d’hiver, Musiques pour le temps de Noël en tournée en décembre.

Un as de chœur

« Le chant a capella, ou orchestre vocal a désormais gagné ses lettres de noblesse. Il est désormais inscrit dans tous les festivals. C’est un acquis. » Le chef de chœurs et d’opéra Joël Suhubiette peut à juste titre avec quelques-uns de ses collègues oiseleurs que le chant a capella est sorti du cercle des spécialistes pour s’ouvrir à tous les répertoires et toutes les scènes. Pour réussir ce tour de chant, il n’a fallu pas moins de deux chœurs pour satisfaire la soif de répertoire de ce fou de voix.

En pleine vague baroque, il reprend en 1993 l’Ensemble Jacques Moderne, crée en 1973 à Tours, pour se donner les moyens d’arpenter la musique Renaissance et baroque. Mais quelques années plus tard, il créé le chœur de chambre Les Eléments en 1997 basé à Toulouse pour se consacrer à la musique du XIX éme siècle à nos jours.

« J’aime les voix, revendique ce boulimique qui n’a peur ni des kilomètres à parcourir, ni des défis musicaux. J’aime le chœur en tant qu’instrument, j’aime façonner le son. La polyphonie qu’elle soit de la Renaissance ou d’aujourd’hui relève du même mode sonore, même s’ils sont de mondes stylistiques très différents. Avoir deux ensembles permet d’approfondir deux couleurs, deux formes différentes.»

Une mission autant qu’une vocation.

Son parcours même, ce chanteur nourri de baroque et de musique ancienne  – il fut de l’aventure fondatrice d’’Atys’ en 1987 avec William Christie – démontre que le chœur est autant une mission qu’une vocation. Sa rencontre avec un autre grand oiseleur lui donne des ailes qu’il n’attendra pas longtemps pour déployer « Je suis resté une douzaine d’années avec Philippe Herreweghe comme assistant au sein de la chapelle Royale et du Collegium Vocale de Gand. Avec lui, j’ai réuni le passé et le présent. Je me suis rendu compte qu’il était vital pour un musicien d’être en contact avec les compositeurs de notre temps. Ainsi est né le Chœur de chambre Les Eléments. »
De son mentor, Suhubiette a gardé le goût du questionnement du répertoire : « Il m’a beaucoup apporté car sa démarche ne consiste pas seulement en un simple travail d’affects. Il s’agit de trouver l’idée générale d’une phrase, et d’en imaginer l’architecture globale, toujours liée au sens profond du texte. ».

Depuis 25 ans, cette exigence constante du travail du texte, doublée de clarté dans la couleur a hissé Les Eléments parmi les formations les plus recherchées par les chefs d’orchestre pour leur production lyrique : de Christophe Rousset (de la redécouverte de Scylla et Glaucus de Leclair à Armide, de Gluck  (à l’opéra-comique en novembre) à Jérémie Rhorer (Lodaïska de Cherubini), de Jean-Christophe Spinosi (Orlando Furioso de Vivaldi), à Jean-Marc Andrieu (Daphnis & Alcimadure, de Mondonville, cette semaine à Toulouse) et par les compositeurs d’aujourd’hui, de Caroline Marçot à Allia Selami.
Pour réussir cet activisme, Joel Suhubiette n’hésite pas de parler de ‘mission’ pour évoquer son engagement : « défendre l’art que l’on aime, travailler avec la musicologie pour le répertoire ancien ou baroque, faire des commandes aux musiciens pour renouveler le répertoire comme tout récemment Joan Magnani Figuiera ou Claire Mélanie Sinnhuber. » Sans oublier, Poèmes à Lou, de Guillaume de Chassy.

Une formation à maturité

Coté création ; Joel Suhubiette y met plus qu’un point d’honneur, puisque une majorité du temps de travail de l’ensemble y est consacré ; « d’abord parce que j’aime la découverte, mais aussi parce que j’estime important de faire entendre les œuvres d’aujourd’hui, et que je reçois souvent des partitions intéressantes. Avec les compositeurs vivants, les collaborations peuvent s’enrichir mutuellement. Notre travail ne s’arrête pas seulement à la restitution de la partition, le compositeur réagit aussi à la matière vocale qu’il a devant lui. »

On pourrait citer les plus belles perles dans sabelle discographie : de la Messe de Requiem de Desenclos, aux ‘sourires de Bouddha’ de Ton-That Tiêt sans oublier les Shakespeare Song en musique par Vaughan-Williams (tous chez Hortus) ou des œuvres pour chœur de Philippe Hersant (cd Virgin. Le dernier programme Sérénade d’hiver cristallise parfaitement la démarche nourrie depuis 25 ans ; associer répertoire sacré et profane, répertoire ancien et commande à Zal Moultaka et Parrick Burgand. Et fait l’objet d’une tournée et d’un cd.

Qu’est-ce ce qui fait encore courir Joël Suhubiette  ?

Tout simplement : ‘faire de la musique avec la fascination de se mettre devant une partition, de sculpter le son d’un ensemble et d’y insuffler de nouveaux rêves.’ Cette curiosité de rêver à voix hautes et multiples est tout bonnement communicative.

Pour suivre Joël Suhubiette

Agenda

Guillaume de Chassy, Poèmes à Lou

Sérénade d’hiver, Musiques pour le temps de Noël du Moyen-Age à nos jours

  • 2 décembre, 20h30, Collégiale Saint-Laurent d’Ibos Tarbes (65)
  • 3 décembre, 16h00, Cathédrale Saint-Alain Lavaur (81)
  • 4 décembre, 17h00, Abbatiale de Sorèze Sorèze (81)
  • 7 décembre, 21h00, Théâtre Jean Marmignon Saint Gaudens (31)
  • 9 décembre, 20h30, Auditorium Cahors (46)
  • 21 janvier, 19h00, Théâtre des Quatre Saisons Gradignan (33)

Ensemble Jacques Moderne

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