Le Titan au diamant, Denis Monfleur

Un sculpteur qui fait dans le monumental, Denis Monfleur, taille la pierre immémoriale comme on ne l’a jamais pu techniquement jusqu’ici. Voilà qui confirme qu’on peut être contemporain d’aujourd’hui autant que de nos ancêtres de Carnac !

Entrez dans la vallée d’été

Le Titan au diamant, Denis Monfleur

Oeuvre et photo Denis Montfleur

… juste avant celle de Chamonix où naquit le tourisme montagnard, vous passez sous le Plateau d’Assy où, pour les sanatoriums autrefois nombreux, fut édifiée une église célèbre dans le monde pour la polémique qu’elle souleva, fin des année 1940, en raison des artistes qui l’ont sublimement décorée : Rouault, Matisse, Germaine Richier, Lurçat, etc. Aussi n’est-ce pas par hasard que la ville de Saint-Gervais, en face, a offert à Denis Monfleur l’espace pour déployer son art. C’est que ce sculpteur œuvre à grande échelle ; ces « pierres » sont autant de stèles dressées à ciel ouvert, littéralement, physiquement, symboliquement, puisqu’elles provoquent ce regard ascensionnel qui, avec la station debout, fait toute la compulsion transcendantale de l’humain.

Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur…

Le Titan au diamant, Denis Monfleur

Oeuvre et photo de Denis Monfleur.

Que ce granit du moins montre à jamais sa borne », écrivait Mallarmé en son Tombeau d’Edgar Poe. Et en effet, que ce soit ses Têtes monumentales, ses Onze Nonnes, ses Christ qui tutoient celui de Germaine Richier dans l’église d’Assy, ou ses Crânes pour Le Sommeil des anges, toutes ces pièces que Denis Monfleur nomme « Erratiques », nous sortent par le haut, comme les montagnes, de nos quotidiennes et centrifuges nervosités socio-psychologiques. Or, pour élaborer pareil élan, le sculpteur joue de la masse de ce qu’il y a de plus lourd sur terre: du granit, de la pierre de borne Michelin, de la diorite, de la lave, du basalte. A quoi il ajoute le travail d’émail, d’un orange métallique qui, sur les sombres matités minérales, fait rougir toute rouille pensable.

Mais… comment fait-il ?

Le Titan au diamant, Denis Monfleur

Les têtes monumentales dans le parc thermal du Fayet à St Gervais. Photo © Denis Montfleur

Denis Monfleur doit aussi sa notoriété, jusque dans l’excellente galerie parisienne de Claude Bernard, au fait qu’il sculpte des pierres qu’on n’avait jamais su tailler avant lui. Il a, avec l’industrie et les ingénieurs, trouvé des techniques dont on ne divulguera pas plus l’alchimie qu’on ne divulguait autrefois la fabrication au caolin du Verre-Rubis dont Werner Herzog tira son film somnambule, Cœur de Verre. Mais il est significatif que la modernité la plus technologique ait été maîtrisée par un sculpteur qui ainsi ressuscite l’ancestrale pulsion de dresser la pierre en hommage à l’infini où le ciel nous plonge. Voilà encore une définition précise de la contemporanéité : cet artiste nous prouve que nous restons contemporains de notre instinct du sacré, même aujourd’hui que celui-ci ne dit plus son nom.

Du reste, Denis Monfleur tutoie encore la modernité d’ingénieur en exposant, cet été toujours, dans la vallée de la Rance, là où remontent les eaux de la première turbine marée-motrice au monde, édifiée du temps où la France, pays des brevets, lançait le France et le Concorde. Le Concorde, tenez : comparez-le à l’épure érigée trente ans avant par un grand sculpteur : L’oiseau de Brancusi…

Sur Brancusi –>
http://www.ina.fr/video/CAB95026628

–>Dans l’atelier de Denis onfleur : video

Une autre oeuvre de Denis Montfleur…

Le Titan au diamant, Denis Monfleur

Le roi David – 2015, lave du Mont Doré, 67 x 41 x 21 cm. Photo et oeuvre Denis Monfleur.