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Les trésors architecturaux de Royan, cité balnéaire la plus cinquante de France

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 5 octobre 2023.

La réouverture – après restauration – du Palais des Congrès de Royan dans son jus des années 50 est l’occasion de revenir sur l’extraordinaire aventure architecturale issue de la reconstruction de la ville après la guerre. L’exposition permanente du Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (C.I.A.P) intégré au Palais présente de façon très éclairante cette évolution archétypique de la cité balnéaire en Charentes : du développement des bains de mer au XIXe siècle, jusqu’à sa réinvention au XXe. Point de départ d’Olivier Olgan d’une découverte pédestre d’un somptueux patrimoine architectural.

« Faire du moderne »

Dans la nuit du 5 janvier 1945, un violent bombardement allié détruit 85% de la ville de Royan. Un ambitieux projet de reconstruction est confié à Claude Ferret (1907-1993). Cet architecte bordelais, chef d’atelier à l’école d’architecture de Bordeaux, cumule les fonctions d’urbaniste et d’architecte en chef. “Une seule condition obligatoire”, guide sa mission, déclare t-il en 1957 à la presse: “faire du moderne”.  . L’exposition permanente du Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (C.I.A.P) dans le Palais des Congrès restauré retrace cette aventure architecturale exemplaire, composite et unique, qui a su s’adapter selon les époques et les styles de vie.

Le CIAP présente l’évolution architecturale de Royan, ville balnéaire exemplaire Photo OOlgan

Le souffle hybride brésilien ‘tropicalisation’ du Corbusier

L’unité stylistique de la cité – que Jacques Lucan qualifie de “ville la plus cinquante de France” trouve sa cohérence sous l’influence déterminante de l’architecture déployée au Brésil par Oscar Niemeyer (1907-2012) et l’école brésilienne, notamment dans la station balnéaire de Pampulha. L’ironie est que l’architecte brésilien est lui-même fasciné par la figure emblématique de Le Corbusier (1887-1965).  Il revendique l’avoir « tropicalisé » pour se débarrasser des pesanteurs du classicisme. La réception de l’architecture brésilienne à Royan, est en fait celle d’un double mouvement d’idée entre l’Europe et les Amériques.

Ombre blanche – La Perrinère – Spirou, Royan 50’s Photo Shoot the land

L’invention d’un “style cinquante” domestique

Villa 50’s de Royan Photo OOlgan

Jusqu’en 1960, des ilots collectifs, des maisons individuelles et des bâtiments publics innovants se multiplient autour de ‘respirations urbaines’.  Les structures héliotropiques et hygiénistes appuyées sur des techniques novatrices comme le voile de béton ou les panneaux préfabriqués de Jean Prouvé sont généralisées pour profiter des bienfaits du climat.

Les pilotis, les balcons filants, les brise-soleil et les claustras de béton se substituent aux marquises métalliques ou aux aisseliers de bois. La façade profonde, ou épaisse renouvelle et enrichit les dispositifs de relations privilégiées entre intérieur et extérieur pour un jeu d’ombres et de lumières qui évolue au fil de la journée suivant la course du soleil. L’influence brésilienne envahit les structures, l’abondance de courbes et la diversité des formes se jouent des volumes dans un alliage de textures, de matériaux et de couleurs.

Il suffit aux amateurs de prendre les différents guides disponibles au CIAP pour se lancer sur les itinéraires – notamment à l’arrière du front de mer – leur permettant de découvrir les multiples joyaux année 50 de la cité.

Vue extérieure de l’église Notre-Dame de Royan Photo OOlgan

L’église Notre-Dame

Véritable phare de la ville, par la radicalité de sa conception, l’église Notre-Dame réalisée en béton armé en 1954-1958 par Guillaume Gillet (1912-1987) aidé de Bernard Laffaille (1900-1955) et René Sarger (1917- 1988) renouvelle les formes, le volume et même la spatialité de l’architecture religieuse. Pour sa conception et son édification, le trio a su donner un souffle et une atmosphère qui font écho, à l’esthétique et à l’esprit de l’architecture gothique avec coursives, déambulatoire et baptistère.

Vue de l’intérieur de la nef de l’église Notre-Dame de Royan Photo OOlgan


Les vitraux de l’église Notre-Dame de Royan Photo OOlgan

La prouesse architecturale

Conçue selon un plan en ellipse de 45m de long sur 30m de large, la grande nef fascine par sa monumentalité insoupçonnable de l’extérieur. L’effet d’optique est créé grâce au faisceau de pylônes en V autoporteur en béton armé, invention de l’ingénieur Bernard Laffaille (1900-1955), et à la luminosité provenant d’ une série de baies hautes et étroites. Les vitraux ont été exécutés par les maîtres-verriers Claude Idoux (Vierge de l’Apocalypse du maitre-autel) et Martel Granel (chemin de croix).

La forme du voile de béton en coquillage du Marché central de Royan, réalisée par Louis Simon et André Morisseau Photo OOlgan

Le marché couvert

Véritable prouesse technique, la voûte en voile mince de béton plissé en forme de coquillage est considérée comme un symbole de la renaissance de la ville. Il a été construit entre 1955 et 1956 Il est né d’une collaboration entre les architectes André Morisseau et Louis Simon, et les ingénieurs René Sarger qui succéda à son ami et confrère Bernard Lafaille après son décès.
L’exploit – visuellement spectaculaire à l’intérieur – tient au fait que la voile de béton monolithe n’est retenue par aucune poutre de raidissement, c’est-à-dire qu’elle repose sur les treize points d’appui qui composent la structure. En repoussant les limites techniques, il s’impose comme une œuvre architecturale remarquable du XXe siècle. Et un lieu de vie central de la Cité.

La spectaculaire voute du Marché central de Royan Photo OOlgan

Le centre protestant

Vue intérieure du centre protestant de Royan Photo OOlgan

Le centre protestant a été dessiné par le cabinet d’architecture comprenant René Barathon, Jean Bauhain et Marc Hébrard. Il a été bâti entre 1953 et 1954 et construit à proximité de l’église Notre-Dame pour former un espace spirituel, il surplombe le cimetière protestant.

A l’intérieur,  une salle rectangulaire de 400 mètres carrés pour une hauteur de 8 mètres sous plafond offre un décor sobre, la lumière entre par des fentes verticales sur la façade sud du bâtiment, les verres qui les composent sont de couleur jaune pour apporter une lumière chaude. Le parvis est un espace symbolique, un jeu d’ombre et de lumière inspiré du courant brésilien.

Le Palais de congrès de Royan retrouve son jus 50’s Photo OOlgan (3)

Le Palais des Congrès

Le Palais des Congrès de Royan a retrouvé toutes ses couleurs « tropicales » Photo OOlgan

Ses auteurs sont Claude Ferret en tant qu’architecte en chef, secondé par Pierre Marmouget, Jacques Bruneau et Adrien Courtois. Construit entre 1956 et 1958, il est l’un des premiers palais polyvalents construit en France. Innovant, d’aspiration brésilienne rappelant le yacht club de Pampulha, il devient un ouvrage de référence.

L’esprit de légèreté voulu par le Mouvement Moderne brésilien est respecté et prolongé, l’édifice semble flotter, un aspect aérien offert par les pilotis qui disparaissaient dans l’ombre du sous-sol. La transparence et la sensation d’immatérialité sont les principes qui définissaient la structure. La rénovation a consisté à retrouver ses formes et couleurs initiales,  dénaturées par de multiples transformations dont une façade miroir qui était en vogue dans les années 1970 et 1980.

Le succès royannais de ce modèle brésilien spécifique s’explique par l’adhésion de la forme à la fonction ; ainsi, ce qui était recevable dans une ville balnéaire ne l’était peut-être pas sur d’autres théâtres d’opérations. La réception de la référence opère car elle rencontre et s’identifie à une intention architecturale : celle de l’idée de balnéaire.
Gilles Ragot, L’invention du balnéaire « cinquante » à Royan

Cette ambition, avec la renaissance du Palais de Royan reprend son souffle avec tous ses éclats fifties. Et constitue un stimulante motivation de redécouvrir Royan, cette fois en tournant le dos à ses plages majestueuses.

#Olivier Olgan

Pour aller plus loin sur le patrimoine 50’s de Royan

le site Royan Atlantique, pour tout savoir sur les activités de la Cité
dont le carnet Visites & Patrimoine 2023

Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (C.I.A.P)

Palais des Congrès, Av. des Congrès, 17200 Royan – animation.patrimoine@mairie-royan.fr
Du lundi au dimanche (sauf le jeudi) : 10h30 – 12h30 / 14h30 – 18h30

L’une des composantes du label « Ville d’art et d’histoire » constitue introduction au territoire, doté de nombreux plans pédagogiques à sa disposition – quartier par quartier – le visiteur peut découvrir à son rythme la richesse de ce patrimoine historique.

Le CIAP présente l’évolution architecturale de Royan, ville balnéaire Photo OOlgan

A lire

Gilles Ragot, directeur de publication, L’invention d’une ville, Royan années 50, Tours, Editions du Patrimoine, coll Cahiers du Patrimoine, 2007.

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