L’été de forçat des dingues de vélo solaire

Ils n’ont plus à économiser l’énergie de leur vélo à assistance électrique (VAE). Ce sont les fans de vélos solaires qui espèrent un été sans ondée ni nuage pour rouler sans limite. Le système le plus abouti est français : La Sun Travel. Elle est fabriquée dans les Bouches-du-Rhône.  

Rouler pendant 12000 kilomètres avec un vélo à assistance électrique (VAE) sans jamais recharger sur le réseau, c’est le défi technologique et sportif qui est imposé, à partir du vendredi 15 juin, à une quarantaine d’équipages qui souhaitent rallier Canton (Chine) depuis Lyon. C’est The Sun Trip, autrement dit la plus longue course au monde organisée avec des bicyclettes électriques. Le challenge qui dépasse l’entendement est rendu envisageable grâce à l’énergie solaire mise à contribution pour recharger la batterie du vélo en temps réel, y compris, donc, en roulant.  « On applique le système du vase communiquant. Pendant que la batterie se vide de son énergie  en apportant sa précieuse assistance au pédalage, elle se remplit grâce à l’énergie captée par le panneau solaire» explique Guillaume Devot, ingénieur, concepteur et constructeur français de La Sun Travel, la machine solaire la plus aboutie.

L’été de forçat des dingues de vélo solaire

En totale  autonomie

Il s’agit d’une remorque mono-roue en acier qui vient se  fixer sur la tige de selle. A vide, elle pèse environ 15 kilos. Elle est équipée  d’un panneau photovoltaïque. En général,  c’est un panneau d’un mètre carré dont on peut doubler la capacité lorsqu’on est à l’arrêt. Cette remorque fournit de l’énergie à un VAE. Ou bien couplée  à un « vélo musculaire » elle est  équipée d’un moteur de roue pour pousser l’équipage. Elle dispose d’une plateforme qui permet de placer les bagages. « Attention, ce n’est pas un engin pour aller chercher le pain  et les commissions au village. C’est un outil pour les  expéditions au long cours qui se font en autonomie dans des contrées  lointaines et isolées sans déploiement de réseau électrique. Pour repartir le lendemain matin avec un stock d’énergie,  il faut donc arriver la veille  au soir avec une batterie chargée » ajoute Guillaume Devot qui connait parfaitement bien les  steppes  du  Kazakhstan qui se trouvent sur la route du  Lyon-Canton 2018 pour les avoir sillonnées lors d’une précédente édition du SunTrip. «Un équipement comme La Sun Travel permet  de faire en moyenne 130 à 150 kilomètres par jour sans jamais manquer d’assistance électrique.

L’été de forçat des dingues de vélo solaire

La Sun Travel, modèle de base. © DR

300 kilomètres par jour de soleil

Il s’agit alors d’un cycliste de bon niveau capable de tenir cette cadence pendant plusieurs semaines. On peut estimer que les  cyclistes solaires les plus affûtés vont pouvoir parcourir, eux, en moyenne 300 kilomètres par jour de soleil. « Ils ont le droit de rouler entre  sept heures  du matin et vingt-et-une  heures. Mais rien n’interdit de pré- positionner sa remorque pour pouvoir recharger dès le lever du soleil à partir de cinq heures.C’est ce qui explique que les champions de cette discipline  préfèrent rester à l’écart des villes, dans des zones où la ligne d’horizon est toujours dégagée et où l’on peut capter le moindre rayonnement. Ce qui n’est pas le cas en ville » ajoute Florian Bailly, organisateur  de The  Sun Trip. En théorie, les plus  véloces doivent boucler la distance en une cinquantaine de jours s’ils sont en mode « Always the Sun »pour reprendre le hit mythique des Stranglers. «On estime que seulement cinq ou six concurrents ou équipages  sont capables d’un tel exploit dont le précédent vainqueur, Bernard Cauquil qui part dans ce Sun Trip en  tandem avec son fils. En 2015, sur les routes de Turquie, (Milan-Antalya-Milan) sur son vélo semi-couché, il avait gravé un record historique : 385 kilomètres parcourus en une seule journée » ajoute Guillaume Devot. Cette performance laisse perplexe les anonymes de ce petit peloton solaire qui viennent chercher une forte dose d’aventure. Avant de voir les grandes tours et de se fondre dans l’infernal trafic routier, de Guangzhou il leur faudra sans doute un été entier. Plus de cent jours en selle. Always the sun !

L’été de forçat des dingues de vélo solaire

Assistance électrique permanente

Le soleil, sur une belle journée sans nuage permet  facilement de doubler l’autonomie d’un  VAE (vélo à assistance électrique) qui est donné, en général, pour 100 kilomètres.  « Avec un système solaire on  roule avec le réservoir toujours plein et on ignore totalement le problème de l’autonomie. Psychologiquement, c’est très  confortable » explique Guillaume Devot qui dirige la société Déclic-Eco à Istres (Bouches-du-Rhône) constructeur de la machine solaire  française. Avec Florian Bailly et Luc Escarguel, ils sont les  trois pionniers  français du vélo solaire et les fondateurs de La Sun Travel. Pour faire simple, un cycliste bien entraîné est capable de générer entre 100 et 150 watts/heure d’origine purement musculaire. La batterie classique d’une assistante électrique  peut fournir entre 400 et  500 watts/heure. C’est exactement  la puissance fournie par un panneau de quatre-vingt centimètres (la largeur du guidon) sur un  mètre quand il est exposé pendant toute une journée soit le rechargement complet de la batterie.  Ce qui permet de « mouliner » du matin au soir avec l’assistance électrique. Les possesseurs de VAE apprécieront. Pour faire passer l’énergie solaire dans la batterie-réservoir du vélo encore faut-il relever la tension électrique qui est de 20 volts à la sortie du panneau pour 36 volts à l’entrée  de la batterie. Cerise sur le panneau, le rendement maximal du panneau solaire se situe autour de 27°. Au-dessus, il y a déperdition d’énergie et le vent de déplacement de l’équipage est là pour assurer une ventilation naturelle.