Culture

Musique : les 10 albums que Calisto Dobson retient de 2022

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 16 janvier 2023

« Écrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture », cette fameuse maxime de Frank Zappa conforte Calisto Dobson à jeter un coup d’œil dans le rétroviseur sur l’année 2022. Ses ‘errances streamantes’ subjectives ont retenu 10 albums plutôt sous les radars, à découvrir dans l’ordre de leur sortie chronologique. Sans avis péremptoires, pas de meilleur ceci ou cela, ajustons une connivence de bon aloi en ces temps où beaucoup ont l’air de se cracher dessus ou cherchent à se faire mousser en trafiquant les algorithmes. Mais assez d’architecture, passons de la musique.

Elvis Costello and The Imposters – The Boy Named If (EMI – Capitol)

(14 janvier 2022) À tout seigneur, tout honneur, Elvis Costello a semble-t-il, depuis la rémission de son cancer, trouvé une seconde jeunesse. Bien qu’il n’ait jamais eu de réelle baisse de régime. Ce 32ème album affiche la santé artistique d’un homme qui a marqué de son empreinte les 45 dernières années de la musique pop. Mélodiste hors pair, celui qui a été comparé à une catalyse entre Lennon et McCartney, nous délivre 13 titres dans une veine qui peut par moment rappeler l’âpreté de son Blood and Chocolate de 1986.  De sa plume alerte, s’épanche  une verve toujours  aussi volubile. À la façon dont on revient d’entre les morts, il adresse au temps qui passe un salut cordial.

Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce – Hymne au Soleil (Heavenly Sweetness)

(11 mars 2022) Membre fondateur du quatuor de jazz post moderne Limousine, Laurent Bardainne s’est distingué au sein de divers projets dont Rigolus avec Thomas de Pourquery et a co-dirigé Poni Hoax avec le regretté Nicolas Ker. Depuis 2019 il est le leader du quartet Tigre d’Eau Douce.
Après Marvin et Love Is Everywhere, le bien nommé Hymne au Soleil, adresse un clin d’œil bienvenu à des influences éthio jazz bien digérées mais pas que. Son sax solaire envoie un chaleureux soutien à la grisaille mélancolique qui nous entoure et ça fait du bien.

Mitch Davis – The Haunt (Arbutus Records)

(29 avril 2022) De la pop estampillée me direz vous. Oui, trois fois oui, avec The Haunt Mitch Davis nous fait profiter de ses multiples casquettes (producteur multi-instrumentiste il est à la manœuvre de différents projets), et nous offre un album aux mélodies parlantes bordées d’enluminures bien senties. Tout en douceur un drapé de cordes de guitare introduit In The Morning le morceau d’ouverture pour s’enhardir jusqu’à déployer des arrangements qui annoncent toute la richesse à venir. Sans prévenir en toute simplicité au fur et à mesure une dizaine de titres emballent l’auditeur.

Cola – Deep In View (Fire Talk Records)

(20 mai 2022) Le beau temps est revenu sur la vague post-punk machin on dirait. Nous avons là un bel exemple de retour sur expérience. Tendu et serré aux entournures, Deep In View s’avère un album digne d’être tiré du maelstrom de la production musicale actuelle. Tout en conservant une ligne mélodique qui peut parfois faire défaut à certains exemples du genre, la fougue de l’interprétation opère son sortilège et enlève les morceaux. Sous ses faux airs des très regrettés Ultimate Painting, Deep In View réserve aux auditeurs attentifs des éclaircies pop que camoufle un esprit indie rock tout droit tiré des 90’s.

Adrián Quesada – Boleros Psicodélicos (ATO Records)

(3 juin 2022) Adrián Quesada évolue sur la carte de la production musicale depuis pratiquement 20 ans. Co-fondateur du projet néo soul Black Pumas, qui a marqué l’année 2019, en 2012 son association avec le compositeur, arrangeur, producteur Adrian Younge avait déjà fait parler d’elle. Il a également été membre de Grupo Fantasma, groupe de Funk Rock Latino. Le bonhomme  a de la bouteille. En juin de cette année il a dégainé ce Boleros Psicodélicos, bourré de sang chaud latin à la sauce psychédélique. Explorer l’esprit de la danse de bal et de théâtre à trois temps née au 18ème siècle en Espagne au travers du prisme kaléidoscopique du psychédélisme peut paraître sur le papier incongru voire fumeux. La réussite est éclatante. Chaque titre porte en lui une suavité doublée d’un charme intemporel. Recommandé pour notre grisaille hivernale. Ne chômant pas, toujours chez ATO Records, le 18 novembre dernier Quesada a remis le couvert avec Jaguar Sound, 12 instrumentaux de musique d’illustration, Library Music pour les connaisseurs. Dans la veine de ce qui se faisait chez KPM Music pendant les glorieuses années soixante, soixante-dix.

The Burning Hell – Garbage Island (BB* Island)

(24 juin 2022) Déjà le neuvième album pour ce groupe de rock indé sous l’emprise du DIY. Enjoué dès l’intro, l’ensemble sonne à la façon d’un étonnant mélange. Le timbre du chanteur a des intonations proche de Courtney Courtney Taylor chanteur leader des Dandy Warhols ce qui est plutôt plaisant. Musicalement une pop enlevée entre The Wave Pictures et quelques pointes de relents Pixies. De titre en titre sur les 12 que contient l’album la visite de l’île aux ordures s’avère salutaire.

Ghost Woman – Ghost Woman (Full Time Hobby)

(1 juillet 2022) Si vous aimez Allah La’s, vous serez immédiatement séduit. Introduit avec le bien nommé Welcome, l’album ne dépareillerait pas non plus dans la discographie du parrain de la relance du rock sous volutes Anton Newcombe, le leader incontesté de Brian Jonestown Massacre. Un peu plus loin, peut-on encore dire sur le disque, Ghost Woman parvient néanmoins à transcender ses influences et sous son étiquette de garage psychédélique, émerge une identité propre. Un ravissant compagnonnage de pop rock fait maison se fait jour.

 S8JFOU – Op.Echo (Parapente Records)

(21 septembre 2022) Amateurs de musique électronique envoûtante portée aux errances spatiales, Op.Echo est pour vous. Habité de volutes dub, ce nouvel album de Suis-je fou tel que le patronyme se prononce, est un bijou de folie justement intersidérale. Dans la solitude monacale de son antre pyrénéenne, armé d’outils numériques rudimentaires, S8JFOU parvient à hypnotiser son audience. Si j’ajoute qu’il met à disposition son disque en libre accès sur le net, vous avez devant vous un artiste rompu au Do It Yourself, adepte de l’esprit de partage des origines du web.

Goat – Oh Death ( Sub Pop Records)

(21 octobre 2022) Goat est un collectif suédois, façon tribu déjantée. Leur psychédélisme tribal fait encore ici des merveilles.  Dès l’entrée en jeu Soon You Die nous somme de faire place à notre capacité de prendre l’existence à bras le corps à la façon d’un jeu expérimental. Leurs insatiables shamaneries, héritières des envolées extatiques de la horde Hawkwind entre funk halluciné et rock débraillé, nous envoûtent. Trop d’écoute pourrait provoquer chez vous l’envie de fonder une communauté hors du temps au fin fond d’une forêt du Nord.

Drugdealer – Hiding In Plain Sight (Mexican Summer)

(28 octobre 2022) La drogue, beaucoup vous diront, c’est mal. Mais quand un musicien prend la peine de prendre pour patronyme celui de Drugdealer, forcément ça donne envie d’y jeter une oreille ou deux. En 2019, Raw Honey son deuxième album avait déjà pris ses marques dans nos voies auditives.

Avec “Se cacher à la vue de tous”, il peaufine son périmètre. Rien de post-machin, juste une finesse d’exécution pour une pop ensoleillée qui ne dépareillerait pas dans la discographie de Steely Dan ou tout autre groupe californien du genre. Laissez Michael Collins (le Drugdealer en question), vous emmener en balade sur la côte ouest, au volant d’une décapotable, le vent dans les cheveux. Un petit air funky par ci, une douceur par là et un soupçon coltranien sur le dernier tiers avec To Live and Drive in LA. Du soleil, de la douceur et toujours cette envie de prendre la route du bord de mer rien que pour le plaisir.

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