Notes sur une dégustation de vins Simonnet-Febvre, dans le « saint des saints » du Prince de Galles

Simonnet-Febvre a organisé, début juillet, une dégustation au Prince de Galles. Voici quelques notes de présentation sur cette maison chablisienne et de dégustation sur le millésime 2016 présenté dans le « saint des saints » du Prince de Galles, sa cave (riche de 18 000 bouteilles). Cédric Maupoint, Chef Sommelier et Directeur de la table étoilée La Scène avait ouvert exceptionnellement ses portes.

Une Maison atypique par la diversité de ses vins

Fondée en 1840, acquise en 2003 par Louis Latour, Simonnet-Febvre est une Maison du nord de la Bourgogne que l’on peut qualifier de traditionnelle et de singulière, voire d’atypique. Son directeur actuel, Jean-Philippe Archambaud, ingénieur agronome et œnologue, a comme maître mot la recherche de la pureté et de l’élégance pour ses vins. Tout ce qui peut rehausser les vins issus des chardonnay mais aussi les plus rares pinot gris issus du terroir chablisien. Les vins se déclinent en 4 niveaux d’appellations : petit chablis, chablis, chablis 1er cru et chablis grand cru, avec notamment des parcelles en 1ers crus Mont de Milieu, Montée de Tonnerre, Fourchaume, Vaillons et pour les grands crus Les Preuses ou encore Blanchot.

Parmi ses particularités… Simonnet-Febvre est la seule maison chablisienne à élaborer, depuis son origine, des vins mousseux selon la méthode traditionnelle, du Crémant de Bourgogne, ainsi que des vins issus d’appellations villages et régionales du Grand Auxerrois souvent méconnues, voir confidentielles comme Bourgogne Chitry, Irancy, Saint-Bris (seule AOC de Bourgogne produisant des vins avec du cépage sauvignon).

S’ajoute à cela une production en IGP des Coteaux de l’Auxois, un vignoble historique de l’Yonne planté en chardonnay, auxerrois et pinot gris qui fut abandonné, même oublié après le phylloxéra (voir infra) et qui retrouve désormais une seconde vie.

Notes sur une dégustation de vins Simonnet-Febvre, dans le « saint des saints » du Prince de Galles

Jean-Philippe Archambaud, directeur de la Maison chablisienne Simonnet-Febvre, dans les caves du Prince de Galles. Photo © Pierre d’Ornano

Renaissance d’un vignoble singulier, l’Auxois

Le vignoble de l’Auxois (nord de la Côte-d’Or) s’étendait en 1830 sur plus de 4500 hectares, et produisait des vins qui, bien avant, avaient été appréciés à la cour de Versailles. Détruit par le phylloxera et ravagé par les deux guerres mondiales il disparut, remplacé par de l’élevage de vaches. La vigne y refit son apparition dans les années 1970 grâce à un groupe de trois amis résidants dans les villages avoisinants de l’Auxois, qui firent un remembrement et replantèrent 10 hectares de vignes en pinots gris. Un groupe céréalier, Dijon céréales, racheta le vignoble pour finalement le céder (à chacun son métier !). L’appellation est en IGP depuis 1979. Le vignoble s’étend aujourd’hui sur 40 hectares, dont 15 ont été rachetés en 2013 par Simonnet-Febvre.

Notes sur une dégustation de vins Simonnet-Febvre, dans le « saint des saints » du Prince de Galles

Vignes Simonnet-Febvre de l’IGP Coteaux de L’Auxois. Photo © Simonnet-Febvre

Notes de dégustation, pour le millésime 2016

En préambule, soulignons, comme le rappelle Jean-Philippe Archambaud, que « si dans l’esprit de la plupart des consommateurs de vins blancs, notamment de chablis, il faut boire ces vins jeunes, sur le fruit, les laisser vieillir apporte une complexité et une profondeur bien plus intéressantes, qui s’ajoute à la fraicheur », caractère distinctif des grands chablis.

Le « Lacrimae Lyrae » 2016, en apéritif

Le Lacrimae Lyrae 2016 – IGP Coteaux de l’Auxois, ou « Larmes de la Lyre », nommé ainsi car les parcelles furent gelées à 90% en 2010 (le rendement atteignit seulement 11 hl/hectare) est positionné sur le haut de gamme des vins régionaux. La bouteille est obturée en capsule à vis. Le nez est fruité et assez opulent. Ce vin blanc frais, minéral, présente du gras en bouche, de la sucrosité avec un certain raffinement et de légères saveurs de fruits confits. Il convient parfaitement pour l’apéritif (à boire bien frais).

Le « Bourgogne Vézelay » 2016, de la gourmandise à un prix raisonnable

Le 2016 est le dernier millésime de ce vin en appellation Bourgogne identifié. Il passera en Village en 2017, avec comme seule mention « Vézelay » sur l’étiquette. Ce vin offre un nez minéral, assez discret. L’attaque en bouche est belle pour ce vif nectar, frais et droit. « Si on est bien dans le nord de la Bourgogne, la bouche ne manque pas de rondeur qui rappelle le sud » souligne Jean-Philippe Archambaud. Long, on a envie d’y revenir pour un vin de Bourgogne bien fait à moins de 10€.

Le Chablis Premier Cru « Montée de Tonnerre » 2016, pour les puristes du Chablis

Penchons-nous sur ce petit (par la taille) climat bourguignon. L’appellation est située dans le prolongement des Grands Crus, sur la rive droite su Serein. Elle est exposée Sud-Ouest. La Montée de Tonnerre longe la voie romaine qui reliait Auxerre à Tonnerre. Le vignoble grimpe vers le plateau en direction de la ville de Tonnerre, d’où son nom.

Vin de garde, que l’on peut facilement conserver 15 ans, ce chablis offre de la complexité, de la minéralité avec des notes florales et du gras en bouche, de la rondeur et de la richesse aromatique. Au dire de la Maison Simonnet-Febvre, c’est « le plus complet des Premiers Crus de Chablis », donc un vin pour puristes… à un prix là aussi raisonnable pour cette qualité.

Le Chablis Grand Cru les « Preuses » 2016

Le nom de ce Grand Cru, les Preuses, vient du mot « pierre », tiré du nom du chemin de « la voie pierreuse » transformé au fil du temps en « la Preuse » qui traversait ce territoire. Le vin est élevé à 100% en cuve inox – Simonnet-Febvre étant une des seules maisons à Chablis à vinifier ainsi un grand cru -, sans bâtonnage, qui aurait comme conséquence de remettre en suspension les lies et de donner plus de corps et de gras au vin tout en favorisant l’émergence d’arômes complexes. Le résultat est un vin très droit, d’une grande pureté, sans artifices ou maquillages. Le terroir est exposé sud-est et bénéficie de l’ensoleillement du matin. La terre peu profonde donne de l’élégance et de la finesse à ce Grand Cru pour l’instant sur le fruit, avec un peu de réduction à ce stade, qui devrait aller vers des arômes de pierre à fusil dans les 5 à 6 prochaines années.

Notes sur une dégustation de vins Simonnet-Febvre, dans le « saint des saints » du Prince de Galles

Les vignobles de la Maison Simonnet-Febvre sont situés sur le département de l’Yonne – région Bourgogne-Franche-Comté.