Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

Une pétition pour une voiture, un plébiscite pour qu’on en commercialise le concept… a-t-on jamais vu cela ? C’est bel et bien ce qui est en train d’arriver à la Peugeot e-Legend apparue l’automne dernier au Mondial de l’Automobile et star d’hiver au salon Rétromobile. A vrai dire, c’était historiquement prévisible et c’est parfaitement explicable.

Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

La e-Legend, « sculpture mobile ». Photo © Pierre d’Ornano

Le Nombre d’or automobile

L’enthousiasme peut être logique comme une équation et résulter d’un nombre agissant comme un code secret. Le « nombre d’or » en l’occurrence, cette règle de composition quadrillée qui explique l’effet de certains chefs d’œuvre picturaux depuis la Renaissance, peut se retrouver dans l’industrie et le design. Et ce n’est pas réservé aux produits de luxe : en automobile par exemple, la Mini, dont on fête les soixante ans de naissance, fut aussi révolutionnaire qu’éternelle.
Avant sa commercialisation en 1959, les dirigeants de British Motor Company furent si déroutés par l’invention de ce génie d’ingénieur qu’était Alec Issigonis, qu’ils demandèrent son avis au grand couturier de la carrosserie automobile, Pinin Farina : « Ne changez rien, elle est parfaite », leur dit le grand Italien, ayant aussitôt compris que cette petite caisse alliant cube et courbes était d’une simplicité biblique. Elle sera copiée par tous les constructeurs, depuis la R jusqu’à la Golf. Il faut dire que Pinin Farina savait ce que c’était que…

Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

Au salon Concept Cars & Design Automobile 2019 – au pied du Dôme des Invalides, Place Vauban Paris. Photo © Pierre d’Ornano

… des lignes qui traversent le temps

C’est à lui que l’on doit ce style tout en angles que l’on retrouve dans les films d’Antonioni où le couple incarné par Monica Vitti et Marcello Mastroianni vit ses hauts et ses bas existentialistes derrière les vitres ensoleillées et géométriques des FIAT 1500 qui donneront le modèle des BMC Austin milieu de gamme et de la Peugeot 403.

Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

Le coupé Peugeot 504, dessiné par Pinin Farina (en arrière plan), ligne épurée inspiratrice du e-Legend. Photo © Groupe PSA

A Peugeot justement Pinin Farina livra ce qui constitue sans doute, avec la Ferrari Testa Rossa ou l’Alfa Roméo Giulietta de 1954, son plus beau fleuron : le coupé Peugeot 504 qui, bien au-delà de sa période de commercialisation, de 1969 à 1983, arrêta les regards même les moins intéressés par les voitures. Or, cette voiture ne présentait aucun trait saillant, rien de spectaculaire, au contraire et le paradoxe n’est qu’apparent : on remarquait l’épure, la ligne de caisse coulait, fluide, d’un seul tenant pour dégager la répartition des volumes entre capot allongé mais point trop par rapport au coffre vers lequel le dessin de cabine s’arquait imperceptiblement en parallèle avec la ligne de caisse à laquelle il ramenait ainsi ; et l’angle d’inclinaison du pare-brise par rapport à celui de la lunette arrière plus incliné obéissait à une équation de coupe mimant l’élan général. Le tout vitré de manière aérienne. Eh bien, pour ses 120 ans d’existence, la marque au Lion vient d’avoir l’intelligence historique, esthétique et mécanique de satisfaire la faim que creusa cette voiture, en nous offrant, pour le XXIème siècle, un concept dont le Directeur Général de Peugeot, Jean-Philippe Imparato, donne la formule de synthèse :

« Un manifeste technologique »

Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

Ambiance de bleu turquoise veiné de bois de paldao pour un intérieur ultra futuriste. Photo © Groupe PSA

Loin de se contenter du néorétro, qui a si bien réussi à BMW quand la marque allemande a racheté et relancé la Mini en 2001, les bureaux d’études de la marque française ont donné dans le rétro-futuriste au point que les mutations technologiques de la marque sont concentrées dans ce chef d’œuvre d’invention autant que de beauté. Beauté, car l’équipe de Nicolas Brissonneau a su magnifier la sensualité athlétique et la légèreté acérée du modèle de légende, reprenant même sa signature de poupe avec trois feux en forme de griffes. Elle a ébloui le public au Mondial qui, tout à ses flancs traités en trois strates, n’a pu voir que le gris métallisé était subtilement teinté de champagne et que, s’il passe en fonction de la lumière extérieure du chrome miroitant au bronze poli, c’est en vertu d’un procédé appliqué au flaconnage des grands parfumeurs. Et si on retrouve la même lunette arrière enchâssée que dans l’ancien coupé, elle est facétisée de sorte que, visible depuis l’extérieur, un écran diffuse un message d’accueil réservé au propriétaire lui indiquant le niveau de la batterie.

Peugeot e-Legend = E comme épure et « Legend » d’ingénieurs

La e-Legend offre quatre modes de conduite, 2 manuels et 2 autonomes. Photo © Groupe PSA

Plongée vers le futur en mode « Space Odyssey »

Le « e » de la e-Legend va pousser fort loin dans le futur la voiture électrique. Au point d’offrir pas moins de quatre modes de conduite : deux manuels (dont le « BOOST » qui promet…), et deux autonomes : – le « SOFT » pour le confort en projetant sur écrans les informations choisies de manière digitale pour réduire au minimum l’affichage devenue pléthorique avec les nouveaux modes de conduite ; – le « SHARP », permettant au conducteur de devenir passager : le volant s’escamote, les sièges s’inclinent et se tournent, et les accoudoirs se déploient pour proposer de multi-services en ce salon ; on pourra s’adonner à des jeux vidéos ou regarder un film, pendant que le conducteur commandera oralement, en dix-sept langues au choix, le tempo de conduite, sa playlist favorite ou les portes électrifiées. Le « mapping » permettra d’envoyer des messages de navigation au conducteur pendant que les autres occupants n’entendront que leur musique, et le « zoning » pourra isoler chacun dans sa bulle sonore sans gêne réciproque. Vous aurez même droit à un diffuseur de fragrances. Est-il nécessaire de préciser, après cela, que l’habitable vous plonge dans une ambiance de bleu turquoise veiné de bois de paldao bien propre à créer cette immersion chaleureuse et spatiale qui inspirerait à Stanley Kubrick une nouvelle « Odyssée de l’espace » version 2025 et non plus 2001. C’est en effet le délai qu’annonce Peugeot pour optimiser cette sobre bombe technologique. On voudrait créer de « l’ultra-désirable » qu’on ne s’y prendrait pas autrement. La pétition en est à 58 000 signatures ; signez, exigez du Lion de Sochaux qu’il nous offre cette sculpture mobile !