Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

Artisan du renouveau horloger de Besançon avec son entreprise Utinam, Philippe Lebru déborde d’inventivité et de créativité. Ses horloges comtoises contemporaines et ses horloges monumentales se retrouvent dans le monde entier.

Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

Philippe Lebru ordonne le temps, à Besançon. Photo © Thierry Joly

Qui aurait imaginé que l’horloge comtoise redeviendrait un objet tendance en ce début de XXIe siècle ?… Née au XVIIe siècle dans la région de Morez, dans le Jura, cette horloge de parquet à poids et balancier a certes jadis connu une grande popularité meublant nombre d’intérieurs de nos aïeux et s’exportant dans le monde entier. Mais, depuis quelques décennies son heure de gloire semblait passée et elle ne séduisait plus guère que les collectionneurs, les antiquaires et les amateurs d’ancien.

Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

L’horloge de la Gare LGV de Besançon, by Philippe Lebru. Photo © Utinam

C’était sans compter avec Philippe Lebru, horloger installé à Besançon depuis 27 ans qui a choisi la devise de la ville, Utinam (Plaise à Dieu), comme nom pour son entreprise et son magasin.
Chaudronnier de formation, venu à l’horlogerie par passion, cet artisan protée aussi talentueux en mécanique horlogère qu’en design a depuis une dizaine d’années remis l’horloge comtoise au goût du jour en perfectionnant son mécanisme et en lui donnant un look résolument moderne, voire futuriste. Avec, il faut le signaler, des composants 100% franc comtois.

Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

Les modèles Hortence, LaLa et Constence, au design et au mécanisme ultra-contemporains et des matériaux comtois. Photo © Utinam

Des horloges d’un style inédit

Finies les cadrans en émail et les imposantes caisses en bois dans lesquelles le mécanisme horloger était enchâssé et dont l’avant vitré laissait voir le mouvement du balancier. Désormais, pignons, barillets, roues et contrepoids s’exposent à la vue de tous et contribuent à l’esthétique futuriste ou pour le moins très contemporaine de l’horloge.
Illustration avec l’Hortence, au corps en inox brossé ou verni rouge, en forme d’aiguille galbée et cambrée de 2,20 m de haut. Sur ce modèle, la tête porte le cadran, simple anneau d’inox poli sur lequel les repères des heures ressemblent à des pétales de fleur. Un design tout en élégance.
Identique mais un peu moins haute, 1,90 m, la Constence est elle aussi proposée en inox mais aussi et surtout en verre acrylique avec inclusion de coquelicots, ce qui lui donne une touche jeune que n’aurait pas désavoué le mouvement hippie, ou de motifs de dentelles lui apportant une note raffinée.

Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

Philippe Lebru, initiateur du renouveau de l’horloge comtoise, et son horloge Pop Up bleue entre sculpture cubiste et robot primitif. Photo © Thierry Joly

Un air de sculpture

Plus sobre, plus épurée, la Lala fait en comparaison presque figure d’horloge classique. Elle aussi haute de 2,20 m, elle conserve un aspect élancé mais son corps est rectangulaire, ajouré d’une mince fente laissant entrevoir le balancier. Les repères des heures du cadran sont, là, de simples traits.
A l’inverse l’originalité est le maître mot pour décrire la dernière création d’Utinam, la Pop Up qui par certains côtés fait plus penser à une œuvre d’art qu’à une horloge. Haute de 2 m, composée d’un corps en composite de résine et de papier kraft, elle détonne par ses formes géométriques et son contrepoids décentré. Lorsqu’elle est déclinée en acier Corten, en inox ou avec un plaquage en bois on a presque l’impression d’être face à une sculpture cubiste ou un robot primitif. Par contre, quant elle se pare de coloris vert pomme, rouge vermillon, jaune vif ou bleu turquoise elle fait plutôt penser au Pop Art des années 60.

A la pointe de l’innovation technologique

Points communs à toutes ces horloges ayant une réserve de marche de 8 jours, elles existent également en versions murales, ne sont produites qu’en quantité limitée et numérotées. Toutes bénéficient par ailleurs des innovations technologiques qui ont fait la renommée de Philippe Lebru. En particulier le mouvement pendulaire à équilibrage automatique qui dispense du fastidieux calage de l’horloge. Une invention distinguée par le Grand Prix du Concours Lépine 2005 et par une Médaille d’Or en horlogerie au Salon de l’Invention de Genève. Quelle plus belle reconnaissance pour un horloger qu’une distinction suisse !!! Et ce n’est pas la seule. A l’occasion de ses 150 ans, la firme suisse IWC Schaffhausen lui a confié la réalisation d’une horloge monumentale actuellement exposée dans l’aéroport de Zurich, la Machine à remonter le Temps.
Il faut dire que Philippe Labru s’est en quelques années forgé une solide réputation d’excellence dans ce domaine avec des horloges spectaculaires qui répondent à l’environnement dans lequel elles sont placées.

Spectaculaires horloges monumentales

La encore grâce à un cocktail de technicité, d’inventivité et de design.
Tout d’abord avec la Senestrorsum, ou Grand Balancier, installée sur la façade du Musée des Beaux Arts de Besançon en 2010, haute de 5 m, remarquable par son cadran placé sur le balancier et ses aiguilles qui tous les quarts d’heure tournent 12 heures à l’envers en 2 minutes puis reprennent le cours du temps. « J’ai voulu montrer l’emballement du temps, le sentiment de lâcher prise ». Puis avec La Matrice qui trône dans la gare TGV Besançon Franche Comté depuis 2012. Une œuvre de 6 t et 6 m de haut aux nombreuses roues dont l’énergie vient d’un rotor de TGV. Et enfin avec l’AoyAmA, ou Montagne Bleue, inaugurée à Tokyo en 2015. Un ensemble de mouvements circulaires et pendulaires en inox et matériaux composites rouges et blancs de 5 m de haut conçu pour résister aux séismes et aux typhons qui porte la citation « Nous sommes les enfants que le temps fait grandir dans le cercle de la vie. »

Philippe Lebru, esthète du temps et maître des horloges

Visuel météorite cmjn 300 dpi 2016 rouge. Photo © Utinam

Montre Météorite

Insatiable créateur, Phlippe Lebru s’est également fait remarquer par ses montres, elles aussi marquées du sceau de l’originalité. Exemple, la « Météorite », sobre et raffinée, ainsi nommée parce que son cadran est constitué d’un fragment de météorite vieux de 4,5 milliards d’années taillé, poli et usiné dont la surface est éclairée par les repères d’heure ayant l’aspect de cristaux de glace. « C’est purement esthétique mais j’aime cette idée d’avoir une poussière d’étoile au poignet ainsi que le rapport au temps et à l’espace », précise Philippe Lebru qui a sorti trois séries limitées à 12 exemplaires issues de météorites différentes tombées en Namibie, en Argentine et au Groenland. Une montre mécanique de 39 mm dotée d’une base de temps suisse, d’une planche additionnelle du mouvement franc comtoise qui permet l’indication de la date et d’un double fuseau horaire. Elle a également reçu le poinçon Vipère, label certifiant qu’il s’agit d’une montre de grande précision, méritant le titre de « chronomètre mécanique », attribué par l’Observatoire de Besançon.

Nouveau concept store

En décembre, c’est une montre réalisé par impression 3D qu’il va lancer. « Nous allons fusionner l’inox par strates successives pour composer la forme du boitier », explique-t-il. Du nouveau également au niveau de sa boutique qui, cela ne s’invente pas, est située juste en face du Musée du Temps de Besançon et où sont vendus toute la gamme Utinam ainsi qu’un choix de montres au concept innovant conçues par d’autres créateurs. Va s’y ajouter un espace de co-working sur le thème du temps pouvant être privatisé qui regroupera horlogers, artistes et designers avec l’idée d’alimenter Utinam en nouvelles créations utilisant la technologie horlogère mais ne mesurant pas forcément le temps.