Photographie : Elliott Erwitt, Une rétrospective (La Sucrerie Lyon)

« Je prends des photos sérieuses, de temps en temps » glisse volontiers Elliott Erwitt vient de nous quitter à 95 ans en novembre 2023. En témoigne cette savoureuse rétrospective après Musée Maillol La Sucrerie Lyon jusqu’au 17 mars 2024. Le photoreporter de la mythique agence Magnum – compagnons de route d’Henri- Cartier Bresson, Robert Doisneau et Martin Parr – a toujours compté « sur une intuition, un peu de chance et un peu de ruse » pour capter l’essentiel de ce qui devant lui, rues, célébrités, ou chiens. Il est pour Patrice Gree, « un touche à tout qui a une touche supplémentaire :  l’humour… un peu à la Sempé ! Un mélange subtil de tendresse avec une pointe de cruauté qui évite le piège du sucré. » N’empêche ce chien, c’est aussi lui.

Elliott Erwitt, New York City, États-Unis, 1974 (Musée Maillol) Photo Magnum Photos

Ce chien… C’est moi !

Ce chien avec son béret multicolore, en laine d’Ecosse, tricoté par maman, coincé entre deux oreilles pointues, ses pattes maigrelettes et son air désespéré…c’est moi !

Extraordinaire travail de la projection : je n’ai pas les oreilles pointues, j’ai des mollets de cyclistes, des cuisses d’haltérophiles, un cou de taureau, un air jovial et m’man ne m’a jamais tricoté de béret en laine d’Écosse. Juste des chaussettes en laine épaisse pour l’hiver ! Alors par quel mystère, petit, je suis tombé en arrêt sur cette image ? Que disait-elle de moi pour que je l’achète, l’encadre et l’affiche religieusement au-dessus de mon lit ? De moi, je l’ignore – bien que j’ai des soupçons : butter le Danois pour posséder tout seul maman – mais de la vie et de ses injustices, elle disait tout !

J’ai projeté une composition mentale et photographique sur les chiens, joué avec leur image grâce à des moyens géométriques et organisé le cadre afin qu’ils deviennent miens.

Pour ma part, je trouve les éléphants trop volumineux,
peu maniables et inaccessibles pour la photo du quotidien.
Elliott Erwitt

Tu sens bien qu’avec ce béret que m’man lui a collé sur la tête pour faire beau dans le monde…elle a brisé sa vie ! Réduit à néant tous ses espoirs ! Que ce putain de béret, il sera enterré avec ! J’ai une immense compassion pour l’affreux cabot ! Il ne fait pas le poids ! Et dans la vie, neuf fois sur dix on ne fait pas le poids ! Au lieu de pousser à la réussite on devrait apprendre aux enfants à perdre…c’est-à-dire à tenir sous l’orage !  On a tous un béret sur la tête, mais la plupart des gens ne le voient pas ! Il n’y a que les psychanalystes qui voient les bérets ! Les psychanalystes sont des chapeliers.

Je prends des photos sérieuses, de temps en temps.
Elliott Erwitt.

Maillol, dessin nu – Erwitt, La 57th Street Gallery, New York, 1963(Musée Maillol) Photo OOlgan

Ce sont des spécialistes du c

Maillol, nymphe – Erwitt, Ferandina Beach, Floride, USA (Musée Maillol) Photo OOlgan

hapeau pas à ta taille ! 

Ce cliché m’a ouvert la porte du monde magique et merveilleux de la photo…et donné envie d’en faire ! Et j’en ai fait… beaucoup ! En une image tu peux dire tellement chose. Bref, j’aime passionnément Elliot Erwitt !  Il faut voir cette très belle expo que lui consacre le Musée Maillol ! Elliot Erwitt est né le 26 juillet 1928. De parents russes, il grandit à Milan avant d’émigrer la veille de la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis.

Elliott Erwitt, Texas, USA (Musée Maillol) Photo OOlgan

Je pense que la chose la plus importante que vous puissiez faire en photographie est d’évoquer l’émotion, de faire pleurer ou rire les gens, ou les deux à la fois.
Elliott Erwitt.

Sa bonne étoile est filante

Le photographe, associé de la mythique Agence Magnun ne cessera de parcourir le monde… La photo, il l’apprend dans un labo où on développe des clichés de stars hollywoodiennes.

C’est dans des bacs, sous des loupiotes rouges, qu’il verra apparaître… son avenir ! Erwitt est un touche-à-tout ! La rue, le studio, les stars, les chiens, la guerre, la paix, l’amour, le quotidien, l’exceptionnel, les enfants, la danse, la politique, les drames, les joies, tout est bon pour saisir le moment unique qui fixera pour l’éternité une émotion. C’est une touche à tout qui a une touche supplémentaire :  l’humour… un peu à la Sempé !
Un mélange subtil de tendresse avec une pointe de cruauté qui évite le piège du sucré.

Erwitt, Pittsburg, Pennsylvanie, 1960 (Musée Maillol) Photo OOlgan

Erwitt a essentiellement travaillé le noir et blanc… mais ses clichés couleurs valent qu’on s’y attarde dans cette magnifique rétrospective. Une photo mythique en particulier te fixe de longues secondes : celle des Misfits ! Clark Gable, Marilyn Monroe, Montgomery Clift, ces trois stars américaines alcooliques, droguées, géniales et dépressives… étoiles sur le point de s’éteindre !

Erwitt, Marilyn Monroe pendant le tournage des Désaxés, Reno, Nevada, 1960 (Musée Maillol) Photo OOlgan

En réalité, dire qu’il y a de l’humanité dans mes photos est le plus grand compliment qu’on m’ait jamais fait.
Elliott Erwitt

Elliott Erwitt dédie ses photos couleurs à ses commandes (Musée Maillol) Photo OOlgan

Une exposition à mettre sur le dessus de la pile !

#Patrice Gree

Anonyme photographiant le mythique clihcé d’Erwitt, 100e anniversaire de la Tour Eiffel, Paris, France, 1989 (Musée Maillol) Photo OOlgan

#Patrice Gree

jusqu’au 17 mars 2024, La Sucrerie Lyon, 49-50 Quai Rambaud, 69002 Lyon – info@expo-elliotterwitt.com – Tél.: +33 4 78 79 23 61