Tenté par une Tesla ? Les taxis vous donnent leur avis

La mythique voiture d’Elon Musk fait couler beaucoup d’encre. Pour en savoir plus, avant de débourser une centaine de milliers d’euros et patienter plusieurs mois pour la conduire, Singular’s a rencontré des chauffeurs de taxis qui l’ont adoptée pour un avis éclairé et sans complaisance sur la voiture électrique « 100% made in California ».

 

Tenté par une Tesla ? Les taxis vous donnent leur avis

La Tesla Model S.

Un an d’attente pour une voiture « green »

Après une année de patience, Manuel a enfin pu s’installer dans son bolide bleu nuit, cousu de cuir jusqu’aux pneumatiques. Aussi silencieuse qu’un poisson rouge, la Tesla Model S de Manuel sillonne la région parisienne dix à douze heures par jour. Manuel n’a pas volé ce luxe. Il est plus souvent au volant que devant sa télé et mérite bien son petit confort. Et ses clients aussi : certains l’appellent même de l’étranger pour réserver ses services. Avant de rouler à l’électrique, notre chauffeur privilégiait les gros moteurs diesel fabriqués Outre-Rhin. Et puis un jour il n’a plus voulu se parfumer chez Motul et a hissé le drapeau de l’écologie : « Après avoir vu un reportage, j’ai immédiatement voulu une voiture électrique. Si je peux participer à ma mesure à la préservation de la planète, je dois le faire. J’ai des enfants et je veux qu’ils profitent du bleu du ciel. » Manuel Andrade s’est informé. L’étude a été rapide : des voitures électriques capables de charger quatre clients et d’offrir une autonomie convenable, encore aujourd’hui, il n’y a que Tesla.

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Intérieur de la Tesla Model S.

Attractive à l’achat…

« J’avais été invité à des essais il y a deux ans » explique Stéphane Arputzo qui charge ses clients du côté d’Aix en Provence. Totalement mordu, Stéphane ne reviendra pour rien au monde à un moteur thermique. « L’absence de bruit, les accélérations fulgurantes, c’est magique ! Les passagers sont d’ailleurs enchantés. Evidemment il faut beaucoup rouler pour que l’affaire soit rentable » reconnait-il. Mais notre cocher des temps modernes effectue plus de trois tours du monde par an.
Stéphane a souscrit un crédit pour acquérir son véhicule. « Ce que j’aurais dû faire de toute manière » argumente-t-il. « Mais soutient Manuel Andrade, l’un de ces aventuriers du nouveau siècle, avec la déduction de la TVA et la prime écologique, elle ne m’est pas revenue tellement plus cher qu’une grosse berline allemande. » En fonction du modèle et de la palette d’options choisies, le prix va de 78 000 à 152 000 euros. Desquels un professionnel peut soustraire 20% de TVA.

… et à l’usage avec le plein à 40 centimes

Et surtout, il se rattrape allègrement sur les coûts de carburant : 12 euros par mois en électricité, contre 1300 euros de carburant avec son précédent véhicule ! L’économie d’énergie paie son crédit et un peu plus. Par contre, il doit structurer sa journée en fonction des batteries. Tesla annonce 500 kilomètres d’autonomie. Sauf que la réalité est plus proche de quatre cents en fonction des parcours et de la météo. Il faut ensuite trouver un chargeur pour remettre les batteries à niveau.

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Tesla Model X SUV. Photo © Tesla

Des infrastructures insuffisantes…

Les super chargeurs déployés par Tesla sont rares, surtout en province. Les 16 000 bornes publiques des rues ou des parkings sont prises d’assaut. Il faudra patienter jusqu’en 2030 pour que le parc de chargeurs constitue une vraie alternative aux pompes à essence. En attendant, une opération de recharge immobilise le taxi entre une heure et trois heures, et le chauffeur doit bien s’organiser pour ne pas perdre trop de courses.

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L’intérieur de la Tesla modèle 3.

et un SAV à perfectionner

La révision annuelle revient à mille euros par an, essentiellement en plaquettes de frein. Dix fois moins qu’une mécanique allemande avec sa panoplie de pièces à changer régulièrement et ses cartes électroniques hors de prix.
En revanche, il ne faut surtout pas avoir de problème ! Manuel a casqué 28 000 euros pour changer un cardan et un bras de rotule après l’ascension d’un terre-plein. Les réparations ont duré six mois et Manuel a dû louer une voiture pour continuer à travailler. « Les rapports avec la marque sont exécrables. Ils me font souvent regretter d’avoir choisi Tesla » martèle Manuel Andrade.
Patience Manuel, la concurrence s’organise et d’ici peu le marché sera saturé d’offres concurrentes.