Vins & spirits

Champagne ! La révolution court de la Montagne de Reims à la Vallée de la Marne et à la Côte des Blancs

Auteur : Mohamed Najim et Etienne Gingembre
Article publié le 9 décembre 2021

[Les pépites de la révolution viticole (7)] Accrochez-vous, la Champagne est elle aussi devenue révolutionnaire constatent Mohamed Najim & Etienne Gingembre, auteurs de Quand le vin sa révolution : bio ou se détournant de la chimie, plus brut, vineux, gastronomique, et élégant, tout en exprimant les terroirs. Parmi les maisons à retenir pour les fêtes : Fallet Prevostat, François Lecompte, Boutillez-Marchand, Fallet-Dart

Si la lame de fond qui bouleverse nos vignobles s’est levée au début des années 1990 à Saint-Emilion, c’était pour traverser la Champagne vers la fin de la décennie. Une poignée de vignerons novateurs ont lancé le mouvement, aussitôt suivis par les « grandes maisons ».
Les grandes lignes de ce bouleversement ? On est bio ou plus soucieux de se détourner de la chimie, on est de plus en plus brut, vineux, gastronomique, élégant, enfin on s’efforce d’exprimer ses terroirs, ses sols, sa géologie, ses lieudits, ses parcelles dans ces merveilleux blancs à bulles.

Des révolutions, la Champagne n’est pas à sa première

Ce sont les Anglais qui ont inventé la prise de mousse révèle Mohamed Najim & Etienne Gingembre pas Dom Pérignon! Photo Wiki

Les champagnes que Louis XIV buvait étaient des rouges. Et puis les Anglais à perruque ont inventé la prise de mousse vers 1650. Et pas du tout le moine bénédictin Dom Pérignon qui, en son abbaye d’Hautvillers, à côté d’Epernay, s’est échiné toute sa vie à empêcher que ses vins ne fassent des bulles. !
Les Anglais, découvrant que les blancs de Champagne moussaient au printemps, quand les températures remontent, se sont amusés à ajouter au vin du sucre de leurs Caraïbes. Ça a moussé derechef.
Sous Napoléon, la veuve Clicquot vendait des champagnes aussi sucrés que des sauternes. Et on a inventé les bruts seulement après le Second Empire. Mais les demi-secs, légèrement sucrés, qui avaient la faveur des amateurs dominaient encore après la Seconde Guerre Mondiale. Nouvelle révolution dans les années 1970, quand on décide de ne plus faire que des bruts festifs, avec les champagnes d’apéritif…

Des champagnes de terroirs

Aujourd’hui, voilà les champagnes de terroirs, qui sont des champagnes pour la table, blancs pour les poissons, rosés pour les viandes blanches. Ceux qui exhalent une terre sur et un cépage. La Côte des Blancs est crayeuse et essentiellement dédiée au chardonnay. La Grande Montagne de Reims, elle aussi en premier et grand cru, est surtout une terre à pinot noir. On y fait donc du « blanc des noir », sauf à Villers-Marmery, autre village de raisins blancs. Enfin, toujours en crus classés, la Vallée de la Marne où pousse le pinot meunier, fait donc aussi un blanc de noir, mais avec des accents plus aromatiques. Nous avons sélectionné quatre domaines waouh à prix très doux qui nous semblent bien représenter ces terroirs d’exception.

Champagne Fallet Prevostat

Thomas Crouzet, journaliste à L’Union de Reims et héritier du champagne Fallet Prevostat à Avize. Photo Etienne Gingembre

On est à Avize, la capitale de la Côte des Blancs, dans un paysage de dunes qui fait penser à un Sahara vert. La maison Fallet Prevostat a une particularité unique dans toute la Champagne : deux médecins veillent attentivement sur sa santé. Tout en vinifiant, aussi, ses vins. Sylvie et Martine, les deux filles de Michel et Marie-Claire, les créateurs du domaine dans les années 1950, ont fait leur médecine… Du coup, elles ont passé depuis quarante ans quatre jours dans leur cabinet, suivis de deux jours au chevet de leurs vignes. La relève ? Elle est assurée par Thomas, un journaliste de « L’Union » de Reims cependant doté de la formation ad hoc, et par sa jeune sœur Emma, ingénieure et œnologue en herbe qui se prépare à son tour du monde des vignobles, avant de revenir jeter un œil dans les vignes familiales.
De jolis champagnes de terroir, tout en grand cru de la Côte des Blancs, à 24 et 26 euros des prix très doux.

Champagne François Lecompte

François Lecompte revendique de faire du vin de Champagne.

La typicité de cette maison, c’est la terre de Rilly, un village de la Grande Montagne qui est juste à l’aplomb de Reims, sur les cartes.
Ici, François Lecompte fait trois cuvées de cépage – blanc de blanc, blanc de meunier et blanc de noir – qui exhalent ses parcelles, les craies, les marnes et les calcaires de Rilly. «Je fais du vin de Champagne » insiste-t-il, comme pour appuyer la tendance aux vins de terroir, apparue dans la Champagne avec la révolution viticole.
Tous millésimés (actuellement le 2013). « On fait aussi des nature, avec zéro sucre, des extra-brut et un brut assez peu dosé (6 grammes de sucre), bien équilibré », nous dit Sylvie Lecompte.
Et puis, ajouterons-nous, une cuvée Céleste, qui justifie son nom. D’autant que ses tarifs (17 à 27 euros) méritent l’absolution…

Champagne Boutillez-Marchand

Marion Sourdet de la maison Boutillez-Marchand, à Villers-Marmery assume la force de son terroir.

Villers-Marmery est le village le plus à l’est de la Grande Montagne, là où le vignoble fait une épingle à cheveux pour descendre vers la vallée de la Marne. Orientée est, c’est une terre à raisin blanc. « C’est un micro-terroir où le chardonnay est plus fruité que dans la Côte des Blancs, avec un goût de terroir poivré apporté par les silex », explique Marion Sourdet qui dirige avec son mari Jean-Michel le domaine de 6,4 hectares en premier cru que lui a transmis son père.
Les parcelles de la maison sont plantées à 97 % en chardonnay, le reste en pinot noir. Marion vinifie deux cuvées, un blanc de blanc aromatique et d’une incroyable fraicheur et un rosé étonnant avec ses 90 % de chardonnay (19,90 et 21,40 euros). Ils font aussi des millésimés, quand l’acidité le permet, ou encore ce merveilleux Ecrin N°1, un blanc de blanc 2016-2018 vinifié en fût de chêne.

Champagne Fallet-Dart

Paul Fallet avec Adrien a pris la relève de Daniel en 2009

Ce domaine de la Vallée de la Marne, au sud-ouest de Château-Thierry, dans l’Aisne, illustre l’émergence des villages situés, comme Charly-sur-Marne, dans des terroirs jadis considérés comme secondaires. Orfèvres de nouvelle génération, Adrien et Paul Fallet ont pris la relève en 2009. Ils savent vinifier le pinot meunier, le cépage qui magnifie les terroirs de la Marne. En particulier cette Grande Sélection, puissante et élégante, qui est leur cuvée phare à 18,30 euros.
Sur ces 18 hectares labourés, surtout travaillés à la main, enherbés, effeuillés, ils produisent aussi des cuvées parcellaires, dont Les Clos du Mont, à des prix qui s’étagent de 16,80 à 40,90 euros.

Où trouver ces Champagnes révolutionnaires

Lire : Quand le vin fait sa révolution, Etienne Gingembre et Mohamed Najim, Ed. du Cerf, 2021, 288 p., 20€, et sa « constellation de vins d’exception, de vins de gourmandise, de vins de saveurs, de vins d’émotion »

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