Culture

Le carnet de lecture d’Emmanuelle Bertrand, 30e Festival de violoncelle de Beauvais

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 10 mai 2022

Directrice artistique depuis 2012 du Festival international de violoncelle de Beauvais, Emmanuelle Bertrand veut faire de la 30 édition du 13 au 22 mai, une fête de la musique en général et de son instrument en particulier– de la musique de chambre (Quatuor Artis) au Flamenco (Karine Gonzales), du concerto (Edgar Moreau, Jérôme Pernoo) au jazz (Duo Brady), sans oublier une version iconoclaste des Suites pour violoncelle de Bach à la loop, par Amandine Robilliard. Une édition à son image, généreuse, rayonnante et proche de son public dans les jardins de la Maladrerie Saint-Lazare.

Emmanuelle Bertrand incarne le violoncelle dans tous ces états Photo Philippe Matsas 2019

Le violoncelle dans tous ces états

Dès son origine – sous l’impulsion de son fondateur Jacques Bernaert, puis de Pieter Wispelwey le Festival International de violoncelle de Beauvais abordaient la valorisation de leur instrument dans sa diversité. Même si ce sont les dimensions solistes (avec la présence des plus grandes stars comme Rostropovitch) et de Concours qui dominaient et ont bâties sa notoriété. « Depuis mon arrivée en 2012, j’ai essayé de diversifier le festival en valorisant le violoncelle dans tous ces états, puisqu’il est présent dans toutes les sortes de musique, du rock au classique et d’en faire un élément de lien avec le public local » nous confie Emmanuelle Bertrand.

Adresser et fédérer les jeunes publics

La fourmillière dans le cadre du Festival 2019 avec Antoine Trouvé Photo de Jean-Paul Lemaire

Avant même de nous présenter les concerts de cette édition anniversaire – dont elle commente quelques rencontres de façon très personnelle dans son (second) carnet de lecture – , la directrice artistique met spontanément l’accent sur son travail à ses yeux essentiel sur les nouvelles générations :  ces jeunes publics que le Festival et son association Pour le Rayonnement du Violoncelle adressent tout le long de l’année. Elle est notamment particulièrement heureuse de l’animation de cette  Fourmilière ; cet immense ensemble qui réunit tous les jeunes violoncellistes de la région et accueillera cette année le 15 mai les classes du Conservatoire de Rueil-Malmaison pour la création de BlancheNOte Grand et Petit, le conte allégorique de Michel Vivaner sur une musique de Marc-Olivier Dupin et de Nouveaux Horizons, commande du festival à Pierre Badol pour 30 violoncelles.

Vous avez dit démocratisation de la culture ?

Antoine Trouvé au Clos du Beauvaisis, Maison de retraite, 2020 Photo Ubique zone

Ce concert n’est que la partie émergée d’un travail d’animation d’ateliers de sensibilisation au violoncelle auprès de jeunes des quartiers prioritaires de la ville, des accueils de loisirs, des collèges, mais également en maisons de retraite et milieu carcéral et de projets portés sur le long terme.
Ce travail de sensibilisation à la pratique musicale d’ensembles de violoncelles, véritable sens du mot démocratisation de la culture revendiquée, soutient selon l’association du Festival « l’intérêt pour la musique produite activement, par soi-même, et ouvre à l’écoute d’œuvres musicales au sein des concerts, en particulier lors du Festival avec d’une politique tarifaire exceptionnelle. »
En prolongement de la priorité de l’ancrage local – des conservatoires à proximité et aux classes, la programmation illustre la soif d’ouverture, d’éclectisme et de rencontres qui nourrit Emmanuelle Bertrand – comme l’illustre son carnet de lecture : tous les genres se côtoient, se croisent, et se projettent.

Pour quelle ligne directrice s’interroge le grincheux ? La réponse fuse : comme un bon repas, il s’agit de cuisiner pour des gens qu’on aime, d’assembler et de cuisiner avec gourmandise les meilleurs ingrédients et de les servir dans la convivialité » D’autant nous souffle-t-elle que les espaces ne manquent pas à Beauvais notamment les jardins de la Maladrerie Saint-Lazare.

La convialité à l’œuvre

Il n’est pas difficile de saisir ce que disent le concert d’ouverture vendredi 13 dédié à Don Quichotte et la danse flamenca avec Karine Gonzales, et des textes de Cervantes, et celui de clôture l’irrésistible bonne humeur de Duel opus 3 duo de Laurent Cirade, violoncelle et Nathalie Miravette, piano qui entremêle avec humour et fantaisie musiques classique, jazz ou rock … deux exemples parmi la quinzaine d’autres qui traduit la profonde conviction et promesse d’Emmanuelle Bertrand : « Une journée au Festival de Beauvais ne s’oublie pas. »

Carnet de lecture d’Emmanuelle Bertrand, pour le 30e Festival international de violoncelle de Beauvais

Titus et Bérénice, grande Sonate pour violoncelle et piano, de Rita Strohl  : Cette œuvre magistrale de 1898 qui sort peu à peu de l’ombre. Rarement la passion et la flamme ont été traduites en musique avec tant de générosité, cette Sonate nous donne la mesure de la personnalité hors norme de cette compositrice française, bretonne, qui vécut de 1865 à 1941. Les vastes dimensions de l’œuvre (presque 40 minutes) repoussent les limites du duo violoncelle-piano, que ce soit en terme virtuosité, tessiture, puissance ou équilibre des deux instruments. D’après Bérénice de Racine, elle nous plonge au cœur d’un drame avec une force qui surpasse celle des mots.
Pascal Amoyel et moi-même le samedi 21 mai lors du récital dédié aux 20 ans de notre duo.
extrait interprété par David Kadouch et Edgar Moreau, ce dernier donnera à Beauvais le 20 mai en concert le Concerto d’Elgar avec l’Orchestre de la Garde Républicaine.

Le Duo Brady : Autre belle découverte, celle du Duo Brady (voir leur carnet) deux magnifiques violoncellistes qui inventent un nouvel univers et nous invitent au voyage.  La voix des violoncelles du Duo Brady se mue en un florilège de sonorités pour raconter l’histoire de Plaines inspirées de lieux forts, réels ou imaginaires, pour le duo. L’écriture de Michèle Pierre et Paul Colomb, épique, à la manière de la musique de chambre, laisse place à des moments intimistes, où l’improvisation mène l’auditeur-rice vers ses propres plaines intérieures.
Ils nous accueilleront dans l’intimité de l’Auditorium Rostropovitch le 22 Mai.

Le Quatuor Artis : C’est un grand évènement dans la programmation du Festival international de violoncelle de Beauvais que d’accueillir le Quatuor Artis, l’un des plus grands quatuors à cordes de la scène internationale. Ils sont Maîtres dans le répertoire des grands classiques et romantiques viennois, et c’est justement leur répertoire de prédilection qu’ils nous offriront le 14 mai, à la Maladrerie Saint-Lazare, écrin idéal pour déguster toutes les subtilités du jeu des chambristes.

Le violoncelle de Neyen et Plicque, collection Musée de la Musique : C’est un très joli livre, magnifiquement documenté, il nous raconte la passionnante histoire de la fabrication du « violoncelle de guerre » de Maurice Maréchal en 1915. L’historien Charles D’Hérouville nous apprend qui sont les deux soldats qui ont conçu l’instrument, Antoine Neyen et Albert Plicque. Comme Maurice Maréchal, ils sont dans mes pensées chaque fois que je pose les mains sur l’instrument. Aujourd’hui, grâce à l’engagement passionné et généreux de Charles d’Hérouville et à son minutieux travail d’enquête, ces deux soldats retrouvent un prénom. À travers l’histoire de cet instrument singulier, ce livre leur offre un tombeau et restitue leurs visages.

L’étrange concert de Pascal Amoyel : Nouvel et passionnant opus conçu par Pascal Amoyel (voir carnet) qui réunit là ses deux passions, musique et mentalisme. L’Etrange concert de Pascal Amoyel révolutionne toujours davantage le format du concert et nous questionne sur l’ineffable mystère qui entoure la musique. Dans ce nouveau spectacle, il convoque la magie pour explorer ce lien invisible, à la fois puissant et fragile, entre la musique et nos émotions les plus intimes… Une invitation à explorer pleinement et de repousser les frontières de cette mystérieuse passerelle sensorielle.

Articles similaires

Le Carnet de lecture de Célia Oneto Bensaid, pianiste

Voir l'article

Le Carnet de lecture de François Jenny, auteur, comédien, et embrasseur

Voir l'article

Le carnet de lecture de Michel Quint, romancier

Voir l'article

Théâtre : Politichien, d’après Mazarin, adapté par François Jenny (Les Déchargeurs)

Voir l'article