Culture

Le carnet de lecture du Duo Brady, Michèle Pierre et Paul Colomb, violoncellistes et compositeurs

Auteur : Olivier Olgan
Article publié le 18 mai 2022

Vous aurez bien du mal à mettre une étiquette sur le duo Brady. Si Michèle Pierre et Paul Colomb ont une solide formation de violoncelle classique, font de jolies incursions dans le jazz, c’est dans l’improvisation et la surprise musicales que ces artistes ont trouvé leur voie. Le duo aussi audacieux qu’attachant clôt dimanche 22 mai le 30e Festival international de violoncelle de Beauvais dirigé par Emmanuelle Bertrand, avant de partir sur les routes avec leur enchanteur programme Plaines.

Du couple au Duo, de l’attraction à l’exaltation

Leurs formations éclectiques (CNSM de Paris en violoncelle, HEMU de Lausanne, école de Jazz havraise JUPO, master classes Vincent Segal, Richard Galliano, cours de musique orientales, classes de jazz à Nantes, etc) démontrent une curiosité exemplaire. Cet impressionnant cursus, en parallèle de leur Duo Brady créé il y a dix ans alors qu’ils étaient encore en formation, souligne que Michèle Pierre et Paul Colomb tous deux nés dans les années 90 se font une idée très extensive de la carrière de musicien.
Cet élan se ressent quand on les découvre dans un concert dans une galerie d’art ou dans une estrade en pleine rue ou dans un auditorium !

Quand la musique est vécu comme un passage

Quand on sait qu’ils tiennent leur nom Brady, du mythique passage parisien dans le 2éme, pour y avoir vécu, puis créé une journée de Festival en été (prochaine édition le 13 aout), on comprend mieux que leur dynamique se nourrit de rencontres, d’influences, de découvertes et de surprises. La métaphore de l’éponge leur convienne merveilleusement tant ils arrivent à assimiler et à exhaler, mais une différence de taille, sans se presser !
Cet esprit d’équipe se retrouve dans le documentaire «Et le violoncelle dans tout ça?», recueil de témoignages de 12 violoncellistes pendant le confinement sur leur rapport à leur instrument.

Oublier repères et étiquettes.

Michèle Pierre garde un piquet dans le répertoire classique – avec le Triple concerto de Beethoven – qu’elle joue en tournée depuis trois ans avec l’ensemble Miroirs Etendus. Elle a créé le Duo Solea avec le guitariste Armen Doneyan), intègre Roberta Roman Trio, rejoint le groupe de Folk américaine Mathilda Tree en 2013

Ce qui ne l’empêche pas de participer avec Paul au projet du le Sacre du Tympan (Victoire du Jazz 2020)

De son coté, Paul Colomb s’inscrit dans le Quintette Daniel Mille, le Trio Elle (Sadra Nkabe) et à déjà signé un disque de compositions.

Michèle Pierre et Paul Colomb (Duo Brady) Photo Eric Garault, 2022

Deux trajectoires créatives qui butinent, (s’)attirent et (s’)unissent

Ces curieux de tout se définissent « plus par une méthode que par un répertoire, c’est dans l’improvisation qu’ils trouvent leur épanouissement. « même dans le jazz, on a beaucoup de mal à se définir. Le jazz d’aujourd’hui a beaucoup de styles, et de personnalités. »
Aussi leurs projets (et leur agenda chargé) les caractérisent : « on a toujours adoré varier les plaisirs. » insistent-ils tous deux d’une même voix. « Je me lasserai si je faisais partie d’un orchestre » ajoute Michèle Pierre en précisant, il y a les projets où nous sommes porteurs (solo, duo) et ceux où l’on ne fait que de participer ! (rires) »
Avec une bonne dose de bienveillance et désormais d’expérience. « Pour le Festival Brady du 13 aout, il n’est plus question d’être programmateur, interprète et régie… Pour cette édition, nous accueillons ! » glisse dans son grand sourire Michèle Pierre.

Du passage à ‘Plaines’,  laissez-vous surprendre

« Ce qu’on aime faire, souffle Paul Colomb ce sont des surprises, comme nous même nous nous faisons entrainer dans nos improvisations. » En témoignent la coécriture de la musique de la pièce de théâtre Encore combien d’étoiles de la compagnie Amarante, spectacle autour du thème de l’exil, ou encore la musique de Colère Noire mise en scène par Gabriel Dufay, sur un texte de Brigitte Fontaine, mêlant « suites de Bach, improvisation, musique électronique et rock déjanté…. » créée à la Maison des Arts de Créteil.

Jouant de toutes les qualités de leurs instruments qu’ils maitrisent dans tous les styles, leur premier disque en duo, « Plaines » signé en 2020 est au cœur de leur tournée d’été entre autres projets (agenda) – magistralement mise en images –  libère tout un univers lyrique tout autant organique que visuel, grâce à des sonorités douces et enveloppantes.

On retrouve cet univers avec la sonate composé par le multi-instrumentiste Mathias Duplessy.

Il faudra guetter aussi le premier disque solo de Michèle, elle a passé commande à deux compositrices : Fiona Monbet et Seongim Kim et a aussi écrit une pièce pour son instrument et sa voix. Axone sortira à l’automne 2022.

Autant de raisons de se laisser inviter par les Brady, peu importe l’étiquette si on a l’ivresse.

Le carnet de lecture du Duo Brady

Michèle Pierre

3 disques : celui que j’écoute en boucle en ce moment, celui qui fut une obsession pendant quelques semaines et celui que j’ai le plus écouté dans ma vie !

  • Disque le plus écouté dans ma vie. Sans aucun doute, il s’agit de Round midnight, un disque-compilation de titres Bossa Nova (« One note samba », « Chega de Saudade », « The girl from Ipanema », pour n’en citer que 3) interprétés par Dizzy Gillespie, entre autres musiciens géniaux. Je l’ai tellement écouté, et je l’écoute encore tellement, que je connais absolument tout par cœur, je chante tous les chorus même les plus inchantables (sous la douche).

  • Mon obsession de l’année 2007. La Folia, de Jordi Savall. J’ai découvert ce disque en travaillant la Folia de Marin Marais pour mon examen de Fin d’études au conservatoire du Havre. Je l’ai écouté un nombre de fois incalculable en l’espace de quelques semaines, en particulier la piste « Folia: « Rodrigo Martinez, 1490 – Improvisations D’Après Le Villancico Du CMP (Anonyme) 5:36, Jordi Savall La Folia », qui me remplit de joie dès que j’entends les premiers sons de percussion.

  • Disque en boucle en ce moment. The god we can touch, d’Aurora. J’ai découvert tout récemment Aurora, chanteuse/autrice/compositrice norvégienne qui propose non seulement une musique vraiment réjouissante, mais carrément un univers total : tout est génial, de ses costumes jusqu’à la réalisation de ses vidéos. Pour découvrir cette femme ensorcelante et puissante, je vous conseille de danser sur « Cure for me » puis de partir à la conquête du monde avec « Blood in the wine ».

Les Trois lumières, de Claire Keegan. Ma toute dernière lecture. Un cadeau d’anniversaire d’une amie avec laquelle je suis partie un mois en Irlande l’année dernière pour la création d’un opéra. Un livre très émouvant, l’écriture est très belle, toute en sensation. Les mots sont choisis pour transmettre immédiatement l’émotion, qu’on comprenne tout de suite de quoi il s’agit, mais d’abord avec le corps. Je recommande ! Je me mets actuellement dans la lecture de nouvelles plus anciennes, « À travers les champs bleus ».

La touche étoile, de Benoite Groult. On reste dans l’Irlande avec ce livre qui conte une très belle histoire d’amour. Sur fond de féminisme, « La touche étoile » est un très beau livre qui m’avait donné très envie de visiter l’Irlande, d’aller écouter un concert dans un bar et boire de la guiness. C’est chose faite depuis !

Il était un piano noir, de Barbara. Je ne connaissais pas très bien Barbara ni ses chansons. J’ai adoré me plonger dans sa vie, dans ses mots si touchants. Quel bonheur de découvrir (un peu tardivement, certes) ces grands textes et cette grande musique ! J’ai adoré la manière qu’elle a, si juste, de parler du métier d’artiste. De ce que ça représente d’être sur scène. De la concentration, du stress, de l’énergie que ça demande.

Jung, un voyage vers soi, de Frédéric Lenoir. J’intègre ce livre à ma sélection, tout simplement parce qu’il est un excellent résumé de la pensée de CG Jung, dont je me suis inspirée en partie pour l’écriture de ma première pièce pour violoncelle seul (et voix !). Le processus d’individuation, l’alchimie, la psychanalyse, sont tout autant de thèmes et de concepts qui ont donné du sens et du corps à mon travail ainsi qu’un petit côté un peu… méditatif !
Pour en savoir plus, il faudra écouter mon disque « Axone » quand il sortira !

Paul Colomb

Les Espaces Acoustiques, de Gérard Grisey. C’est une de mes œuvres préférées, à découvrir en concert, et à faire découvrir aux gens qui pensent ne pas aimer la musique contemporaine. Intense, avec une plage de dynamique énorme, ces Espaces Acoustiques traversent des paysages sonores hypnotiques et sublimes.

Singularity, de Jon Hopkins. Une musique électronique ciselée, émouvante et implacable. Un mix puissant et subtil, et une narration qui prend le temps de se développer. J’y retourne régulièrement, c’est vraiment inspirant.

Crave, de Léonie Pernet. J’adore son univers. Synthés, électronique, voix parfois chuchotées, parfois forcées, on oscille entre la transe, le métal, la pop électro. Cet album est plein de surprises, il est original, et vraiment pas formaté.

Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmush. Le mythe des vampires revisité, dans une ambiance sublime, mystique et rock, avec une bonne dose d’humour. Cette séance a été pour moi une grande expérience de cinéma.

Under the Skin, de Jonathan Glazer. Je trouve que ce film a une atmosphère incroyable, un regard sur l’humain intransigeant, le tout dans une ambiance curieuse et inquiétante. Il y a vraiment un côté expérimental que j’adore. Et la BO vaut vraiment le détour.

Portrait de la Jeune Fille en Feu, de Céline Sciamma. J’adore le regard de Céline Sciamma. On vit une histoire intense. On vibre tout au long de ce film, dont les dialogues et l’époque, éloignés de notre réalité, nous parlent instantanément.

Beloved, de Toni Morrison. Ce livre m’a retourné. C’est dur, parfois dérangeant, mais d’une humanité rare, qui touche au cœur.

Mémoire de Fille, d’Annie Ernaux. Je suis vraiment entré dans l’intimité des souvenirs d’Annie Ernaux. On est proche d’elle dans ce livre, qui est à la fois cruel, tendre et universel.

Pour suivre Emmanuelle Bertrand

A écouter :

  • Duo Brady plays Duplessy, Sonate pour un couple, Absilone, 2021
  • Plaines, Le Ponton des Arts, 2020
  • Duo Solea, Maurice Ravel : Pièce en forme de Habanera, Manuel de Falla : Siete canciones españolas. Première danse espagnole extraite de La Vida breve, Enrique Granados : deux danses extraites des Danzas españolas, Radamès Gnattali : Sonate pour violoncelle et guitare, Gabriel Fauré : Pavane, Joaquin Nin : Seguida española, Piotr Iliytch Tchaikovski : Valse sentimentale (violoncelle et guitare)
  • Tribute to Charlie Haden, 2017
  • Bleue, Paul Colomb, Cd

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