Culture

Avec...Well? (1991) le groupe de San Francisco Swell rentre dans le Panthéon du Rock

Auteur : Calisto Dobson
Article publié le 10 mars 2021

[And so Rock ?] 30 ans après sa sortie en 1991, …Well?, le second album de Swell reste – non pas un monument, ce serait une insulte – plutôt un mausolée dédié aux cendres de nos mélancolies sur lequel nous pouvons toujours nous épancher. Le groupe de San Francisco animé par David Freel ne cherchait pas le succès. La postérité a confirmé cette posture, malgré la trilogie (Swell , …Well?, et 41, chez pSychosPecific Records) qui le rend mythique auprès des initiés.

Bonsoir dit une voix, que l’on accorderait à un homme plutôt âgé:

J’espère que vous aimerez ça comme j’ai eu, comme j’ai aimé l’enregistrer pour vous. Et j’aime beaucoup enregistrer. En vendant ça, j’espère que j’aurais de bonnes critiques et une bonne exposition et que je pourrais obtenir un boulot et un statut, heu excusez moi, un contrat d’enregistrement.”

Voilà pour l’intro. Se pointe le premier morceau “At Long Las”, ... s’ensuivront une douzaine du même acabit.

Une lassitude, une espèce de remords de vivre s’échappe de ces sons révertébrés. Une fuite synthétique dans un ton de basse brumeuse enrobe la guitare acoustique contrebalancée d’une distorsion électrique. Le tout rythmé par une batterie sèche sur l’écho d’une espèce de crécelle sourde en bois. Un genre de musique de western crépusculaire qui raconte le désarroi et le courage d’y faire face.

“Everything” le deuxième effort, prend son appui sur un orgue de barbarie perdu dans les limbes du temps. Puis ce qui reviendra comme une bouée, cette guitare acoustique sempiternellement soutenue par sa sœur électrique. La voix baritonne presque en vain. Nous y sommes. L’éclairage blafard fuse entre les “fêlires” de nos existences. “Tout est vert ce soir”.

Down” entérine le propos, “je dois mettre fin aux jours laids, faire briller le soleil”, c’est entendu ça semble une rumeur, un propos liminaire sans suite.

Le reste du même acabit nous entraîne dans la ronde d’un “spleendide” soleil noir. Jusqu’à “Suicide Machine” qui dit à peu près tout ce que nous savons déjà et que l’on nous rabâche, nous sommes foutus si nous ne relevons pas la tête. Qui se termine par “De quoi as tu exactement besoin pour te sentir bien?”

En toute fin, le vieux monsieur revient pour conclure: “j’espère que vous avez tous aimé la cassette, merci beaucoup et passez une bonne soirée”, s’ensuit 12 minutes d’une pluie aoutienne.

Swell à l’orée des nineties, la dernière décennie rock?

Un bon groupe reste d’abord une identité. Ce son particulier reste encore aujourd’hui 20 ans après toujours aussi envoûtant. Ce que nous appelons le style ne s’invente pas, il s’incarne. Souvent il s’agit de la volonté d’une seule personne, puis de l’alchimie qui peut ou pas se créer autour d’elle.

L’essence de la nudité de l’espace

La nature du son du groupe est à l’os, décharné et pourtant enveloppant. Cette étiquette si floue et si reconnaissable “l’indie Rock” reste celle qui définit le mieux son genre. Sorti des brumes californienne de San Francisco, Swell est au départ un duo composé de David Freel, (chant, guitare) et Sean Kirkpatrick, (batterie), s’y ajoute rapidement le bassiste Mark Signorelli, vite remplacé par Monte Vallier. D’autres changements s’opéreront toujours autour de Freel.

Leur premier essai “Swell”, qui peut se traduire par formidable ou encore sensationnel, paraît au printemps 1990. Il impose d’emblée la marque de ce qui drainera la décennie. De vagues relents de psychédélisme folk qui jalonnent des influences allant de l’éternel Velvet Underground, pour la démarche originelle, au punk et post punk pour l’esprit, jusqu’au Krautrock pour l’inventivité.

Swell, c’est tout cela à la fois et rien de tout ça en même temps, ce qui en ressort reste unique. Plane l’esprit de ces westerns, finalement plus proche des films de Monte Hellman (Road to nowhere)  ou  de Robert Altman (John McCabe) , que de ceux de Sergio Leone. Sombre, envoûtant, crépusculaire, habité, tous ces adjectifs collent à la musique de …Well?  ce second album dépositaire d’une intention non formulée qui a posé les bases de ces 90’s.

Post Scriptum : il va s’en dire “Swell” et sa conclusion “41” sont recommandés.

Quelques traces de Swell

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